• Accueil
  • Focus
  • Interview
  • Centre suisse de recherches scientifiques: ''Nous pouvons développer une stratégie nationale d’élimination de la rage'', assure Prof. Bonfoh

Centre suisse de recherches scientifiques: ''Nous pouvons développer une stratégie nationale d’élimination de la rage'', assure Prof. Bonfoh

mardi, 22 mai 2018 13:48
Le directeur du Centre Suisse de Recherches Scientifiques (CSRS), Prof. Bassirou  Bonfoh Le directeur du Centre Suisse de Recherches Scientifiques (CSRS), Prof. Bassirou Bonfoh Crédits: DR.

La rage est une maladie qui tue presqu’à 100%. Pourtant, selon les résultats du projet pilote «Stop rage Gavi» en Côte d’Ivoire, il est désormais possible d’éradiquer cette maladie dans le pays. Un plan stratégique national se prépare à Grand-Bassam pour maîtriser cette tueuse silencieuse qui tue plus les enfants. C'est à compter de ce mardi 22 mai et cela jusqu’au 25 du même mois. Le directeur du Centre suisse de recherches scientifiques dans un entretien, revient sur les avancées réalisées.

M. le  directeur du CSRS, quel est l’intérêt de ces résultats portant sur « Impact de la rage et de la vaccination en Afrique centrale et occidentale » dans le cadre de la lutte contre la rage en Côte d’Ivoire ?

A l’issue des deux ans du projet pilote, on peut estimer à un premier niveau aujourd’hui la population canine (des chiens) de la Côte d’Ivoire. Elle est estimée à deux millions (2 000 000) de chiens. Nous avons observé qu’au sein de cette population, il n’y avait que 9% qui sont vaccinés. Alors que pour arriver à éliminer la rage, il faut arriver à vacciner près de 70% de chiens. Ce qui veut dire que nous avons aujourd’hui des objectifs précis pour développer une stratégie de lutte et d’élimination de la rage en Côte d’Ivoire. Le deuxième niveau des résultats concerne le protocole de prise en charge des patients mordus par les chiens. Avant ce protocole était très complexe et long, pénible et cher. Avec les essais du nouveau protocole qui dure une semaine, avec une injection qui est moins pénible et qui réduit les coûts de près de la moitié, on peut arriver à avoir près de la totalité de la population des mordus qui peut aller jusqu’à la fin du traitement. Troisième résultat obtenu, malgré le fait que la rage soit mortelle, il y a une grande partie de la population qui l'ignore. Et c’est ce travail de sensibilisation qu'on doit faire pour une meilleure prise de conscience des facteurs de la rage et éviter la maladie.

Quelle est la prochaine étape après ces résultats ?

Nous avons eu ces résultats, nous avons informé au plus haut niveau l’Organisation mondiale de la santé (Oms). L’institution a déjà développé une stratégie pour la prise en charge des personnes mordues. En ce moment, il s’agit de développer une stratégie nationale de contrôle général de la rage. Grâce à l’appui des organisations internationales (Fao, Oms…) et les partenaires locaux, nous allons tenir un atelier pour utiliser les résultats obtenus. L’objectif est de développer une stratégie nationale de lutte contre la rage. Parce qu’il faut savoir que la Côte d’Ivoire est aujourd’hui au stade 1 de la lutte contre cette maladie. Ce sont les informations de base sur le problème de santé. Le stade 2 concerne l’élaboration de la stratégie nationale et le stade 3, l’évaluation du coût pour aller à la vaccination. Donc aujourd’hui, nous voulons que la Côte d’Ivoire passe du stade 1 au stade 2. Nous allons ainsi organiser à cet effet un atelier à Grand-Bassam du 22 au 25 mai 2018 pour élaborer un plan intégré de lutte contre la rage au pays.

Les résultats obtenus proposent un traitement contre la rage qui semble plus avantageux pour la population mordue. Pouvez-vous apporter des précisions à ce sujet ?

Le nouveau protocole est de la Croix-Rouge de la Thaïlande. Il n’était pas officialisé par l’Oms. Et c’est ce nouveau traitement que nous avons essayé dans le projet pilote de lutte contre la rage à San Pedro et à Bouaké. L’expérience a révélé que ce sont les mêmes résultats obtenus, en un temps moins long que ceux obtenus par les protocoles utilisés en ce moment (plus long). Maintenant l’usage de ce nouveau traitement est validé par l’Oms qui l’autorise également. Il faut que chaque pays membre de l’Oms puisse l’adopter dans sa stratégie nationale. C’est pour cela que nous interpellons les autorités sanitaires pour que l’adoption se fasse très rapidement pour soulager la population et diminuer le nombre des perdus de vue.

Qu’entendez-vous par « des personnes perdues de vue » et à combien s’élève leur effectif ?

Les perdus de vue sont ceux qui commencent le traitement pour éviter d’être contaminés par la rage après morsure ou griffure d’un mammifère à sang chaud (Chien), mais qui ne le finissent pas pour des raisons rattachées au coût du vaccin ou à la complexité du traitement selon les protocoles choisis ''protocole Essen'' (5 doses) et ''protocole Zagreb'' (4 doses). Selon les choix, il faut multiplier chaque séance de vaccination par 8000 Fcfa (soit 40.000 Fcfa) à débourser par le patient pour la dose de 5, et 32.000 Fcfa pour la dose de 4. Ainsi, nous couvrons  par le passé, 37% des mordus qui finissaient le traitement. Et avec le protocole de la Croix-Rouge thaïlandaise, nous sommes à plus de 70% de couverture. Ce qui veut dire que nous avons pu renverser la tendance. En plus de cela, nous nous sommes rendus compte que le protocole de la Croix-Rouge thaïlandaise était moins cher. Car la cherté du traitement était une des raisons qui décourageaient des personnes exposées. Elles dénonçaient cela. Le coût  du nouveau traitement est pratiquement réduit de moitié et cela permet une adhésion complète.De même, ce remède n’est pas douloureux par rapport aux autres protocoles qui sont en injection intra musculaire. Cette injection intra dermique n’est pas douloureuse.
.

Interview réalisée par
Isabelle Somian

Read 338 times Last modified on jeudi, 24 mai 2018 12:10