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Anniversaire du groupe Fraternité Matin/Venance Konan : « 55 ans, une date assez symbolique pour mieux aborder l’avenir »

jeudi, 31 octobre 2019 16:39
Anniversaire du groupe Fraternité Matin/Venance Konan : « 55 ans, une date assez symbolique pour mieux aborder l’avenir » Crédits: Bosson Honoré

Le 9 décembre 2019, Fraternité Matin aura 55 ans. Le premier numéro du quotidien gouvernemental est sorti le 9 décembre 1964. Les dirigeants de l’entreprise de presse préparent une grande célébration dont le directeur général, Venance Konan, dévoile quelques points.

Quelles sont les grandes lignes des festivités marquant les 55 ans de Fraternité Matin que vous vous préparez à organiser ?

Les hommes fêtent généralement leur anniversaire chaque année. Pour une entreprise comme Fraternité Matin, on ne peut pas ne pas le faire. 55 ans, c’est une date assez symbolique qui mérite qu’on fasse une pause pour mieux scruter et aborder l’avenir ; pas pour se célébrer, mais pour entrer en communion avec nos lecteurs et aussi les travailleurs. Il est prévu la décoration des travailleurs, des journées portes ouvertes pour que le grand public vienne voir ce que nous faisons. On sait qu’on fait un journal, mais il y a aussi l’imprimerie qui est l’une des meilleures du pays, une maison d’édition. C’est aussi un moment de réjouissance, des animations et un concert pour boucler. Il est également prévu, pour le volet réflexion, un forum sur la zone de libre-échange économique entre les replis identitaires qu’on constate ici et là et le panafricanisme prôné par beaucoup d’Africains. Quelle est la place de cette zone de libre-échange économique continentale qui a été lancée en grande pompe il y a quelques mois, à Niamey ? De grands intellectuels africains vont venir plancher sur la question. Et nous pensons que c’est notre façon de contribuer au débat sur notre continent. Ces travaux feront l’objet d’un livre qui sera distribué à tous nos dirigeants et même aux universitaires.

55 ans, quand on regarde dans le rétroviseur, qu’est-ce qu’on peut retenir de ce parcours ?

Fraternité Matin a été, jusqu’en 1987, le seul quotidien de Côte d’Ivoire. C’était une période particulière. Nous étions dans le parti unique. A partir de 1987, il y a eu un deuxième quotidien Ivoir’soir. Mais avant Ivoir’soir, il y avait d’autres journaux tels que Ivoire Dimanche et Fraternité Hebdo. Puis, à partir de 1990, est survenu le printemps de la presse où le marché s’est libéralisé. Fraternité Matin a subi une concurrence très rude. Nous sommes en 2019, cela fait donc 29 ans, et Fraternité Matin est là, toujours leader. Même si on nous a rogné des parts de marché, nous restons toujours leader et je pense que les travailleurs de Fraternité Matin peuvent être fiers d’eux. Parce qu’on a pu résister à toutes formes de concurrence. Aujourd’hui, nous sommes à un tournant dans l’histoire de la presse où la presse papier est en recul partout dans le monde. Les journaux ivoiriens le subissent. Nous sommes à un carrefour où il faut basculer vers le numérique qui est l’avenir. Nous aussi nous sommes en train de négocier ce basculement. C’est pourquoi tout le monde peut lire Fraternité Matin sur le numérique et ça marche très bien. On attend que cela nous rapporte de l’argent. Nous sommes en train d’y travailler. Il y a quelques problèmes techniques à régler, parce que c’est plus lourd qu’on ne le croyait. Pour être lu dans le monde entier, cela nécessite beaucoup d’investissements. Mais nous avons un site qui est très apprécié et qui fait de très bonnes audiences. Et nous en sommes très fiers. Nous avons un site très apprécié, qui fait de très bonnes audiences et nous en sommes très fier. Nous avons notre maison d’édition et d’autres productions, par exemple Emergence Economique dont nous sommes aussi fier. Il y a également Femme d’Afrique, un très vieux magazine créé en 1987, qui s’est arrêté à un certain moment, mais qu’on a repris. Nous sommes en train de lui donner un second souffle. Il y a eu malheureusement d’autres journaux comme Ivoire Dimanche, Ivoir’Soir, qui n’ont pas pu résister à la conccurrence.  On n’avait pas compris que sortir un journal les après-midi n’était plus justifié, vu que les lecteurs avaient tout ce qu’ils voulaient déjà dans les journaux qui paraissaient les matins, c’est-à-dire des faits divers, le sport, la musique. Aujourd’hui, nous refléchissons à de nouveaux titres, en commençant par Emergence Economique. On en a beaucoup d’autres en projet mais, nous mettons pour le moment l’accent sur le numérique. Cet anniversaire marque un arrêt, en attendant de rebondir avec les projets que nous avons en tête.

Vous bénéficiez de l’appui de partenaires…

Nous avons beaucoup de partenaires qui ont manifesté leur intérêt et qui nous accompagnent. Nous allons, à partir de la semaine prochaine, publier chaque jour la liste de ceux qui nous accompagnent. Nous le leur devons. Ils ont été les premiers à croire en notre projet, nous allons leur rendre cet hommage. La liste est ouverte. Les festivités commencent le 9 décembre. Tous ceux qui veulent nous accompagner seront toujours les bienvenues.

Le thème du colloque est « Entre repli identitaire et panafricanisme, quelle place pour la zone de libre-échange continentale africaine ? ». Pourquoi le choix d’un tel sujet ?

La zone de libre-échange économique vient d’être lancée, en juin dernier, à Niamey. Tout le monde se demande ce que c’est. Les économistes peuvent nous l’expliquer, mais pendant qu’on parle de zone de libre-échange continentale, on assiste à certains endroits à des replis identitaires. A peine a-t-on lancé cette zone de libre-échange que le Nigeria a fermé ses frontières avec ses voisins. Comment peut-on faire une zone de libre-échange pendant que l’une des plus grosses économies du continent se ferme à ses voisins ? Voici un problème. Pendant qu’on parle de zone de libre-échange économique, il y a dans la partie sahélienne des Djihadistes qui veulent un Etat islamique. La Casamance veut son indépendance. Le Soudan s’est scindé en deux, la partie sud est tombée dans la guerre aussitôt. En Côte d’Ivoire, on a parlé de l’Ivoirité il y a quelques années. Ça nous a conduits peu ou proue à la guerre. Ce thème revient encore. Peut-on parler de zone de libre-échange économique quand on développe des idées comme l’Ivoirité, qui consiste plus ou moins à écarter les étrangers ou ceux considérés comme tels ? En Afrique du Sud, il y a eu la chasse aux étrangers, la xénophobie est meurtrière là-bas. Voici le tableau de ce continent qui veut créer une zone de libre-échange continentale. Comment peut-on créer une zone de libre-échange quand il y a ces foyers à gauche et à droite. Dans le même temps, il y a des rêveurs et nous en faisons partie, qui croient qu’il faut aller vers le panafricanisme, un vrai panafricanisme. Cheick Tidiane Gadjo, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, qui est un des panafricanistes, sera présent à ce colloque pour partager sa vision. On va confronter ces idées et sortir des réflexions. Le fruit de ces réflexions sera à la disposition des décideurs.

Après 55 ans, quels sont les défis majeurs que Fraternité Matin entend relever ? Qu’attendez-vous des partenaires, et aussi des lecteurs ?

L’année dernière, nous sommes passés par un Plan social assez douloureux qui nous a amené à nous séparer d’un certain nombre de collaborateurs dont beaucoup étaient très méritants. Mais compte tenu de la situation économique et financière de l’entreprise, nous étions dans l’obligation de réduire les charges. C’était très douloureux aussi bien pour nous que pour ceux qui sont partis. Il s’agit maintenant de faire en sorte que l’entreprise rebondisse. Cet anniversaire marque un peu le début de ce rebondissement. On marque cette pause, on se refait, on fait un bilan et puis on repart. Que les partenaires continuent de nous faire confiance. Aux lecteurs, on demande de faire le bon choix. Il y a une quinzaine de journaux et nous nous targuons d’être le meilleur. Nous l’assumons. Nous sommes fier du travail de nos journalistes. Maintenant, c’est à nous de le faire savoir aux lecteurs. Nous avons le défi du numérique. Mais il faut qu’on le réussisse et nous allons créer de nouveaux journaux. Voici les défis qui attendent le directeur général ainsi que l’ensemble des travailleurs.

Un appel à l’endroit de ces travailleurs ?

C’est leur fête, celle de leur entreprise. Nous attendons qu’ils s’y impliquent totalement. Nous avons de très braves travailleurs qui seront décorés. Il y a certains qui sont partis mais que nous allons décorer. Ils ont mérité de l’entreprise. Ceux qui sont là, nous attendons d’eux qu’ils se remobilisent, parce que les défis qui nous attendent sont encore plus exaltants.

… Aux partenaires ?

Certains partenaires se sont déjà manifestés et d’autres ont promis de le faire. Par exemple, le colloque sur la zone de libre-échange économique est organisé en partenariat avec le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Car ce genre de débat fait partie de ses missions. D’éminents membres du Cesec seront parmi les panélistes. Nous organiserons également un dîner-gala au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire pour récompenser nos meilleurs annonceurs. Ceux-là mêmes qui nous accompagnent depuis des années. Nous tenons à les honorer à travers ce dîner-gala. Tous ceux qui vont nous accompagner tout au long de cet évènement seront à l’honneur aussi.

Outre ce forum, on parle aussi d’un concert, qu’en est-il exactement ?

Nous organiserons un grand concert au stade de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. C’est un clin d’œil que nous faisons à la jeunesse, parce qu’elle aussi aime Fraternité Matin. Nous allons leur offrir ce qu’il y a de meilleur en matière de musique en Côte d’Ivoire et de l’extérieur. Nous en profiterons pour rendre hommage aux artistes disparus. Ce concert sera gratuit.

Interview réalisée par
FRANCIS KOUAME
ISABELLE SOMIAN
EDOUARD KOUDOU