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Golfe de Guinée : Une journée en mer sur un bâtiment de guerre français

lundi, 18 septembre 2017 12:15
Golfe de Guinée : Une journée en mer sur un bâtiment de guerre français Golfe de Guinée : Une journée en mer sur un bâtiment de guerre français Crédits: DR

Assis sur un petit banc sur le quai de l’annexe de la marine nationale à Abidjan-Plateau, Hervé (ce n’est pas son vrai nom), un journaliste d’un quotidien ivoirien, n’oubliera pas de si tôt sa « balade » en haute mer ce mercredi 13 septembre 2017.

Ce jour-là, il n’a fait que vomir tout le temps qu’a duré le déplacement en mer (aller-retour) sur le bâtiment de guerre français, Dixmude qui mouillait au-delà des eaux territoriales ivoiriennes.

Et pourtant, 8 heures plutôt, lui et une vingtaine de journalistes ivoiriens et étrangers étaient très enthousiastes à l’idée de suivre en direct une manœuvre militaire entre marins français et ivoiriens. Mais surtout,…visité le Dixmude. Un Bateau de Projection et de Commandement (BPC) de la Marine française de type Mistral de 20 000 tonnes, mesurant 200 mètres de long pour 30 mètres de large.

« Quel est le bateau qui va nous conduire sur le grand navire de guerre français ? », s’interroge le journaliste Hervé. Avant de s’impatienter: « c’est à quelle heure partirons-nous finalement ? ». A peine a-t-il fini de parler que trois Zodiacs avec à leur bord une équipe de trois militaires chacun font leur entrée au quai de la marine annexe.

Le Zodiac est un bateau semi-rigide ou pneumatique avec un moteur composé d'une coque rigide et de flotteurs ou tubes gonflés. Ce type de bateau a la particularité d'avoir une flottabilité, une stabilité, un poids et une capacité de charge en poids et passagers supérieurs à un bateau rigide de mêmes dimensions.

La joie se lisait sur le visage des journalistes. La chargée de communication de l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire, Julie Languille qui était sur les lieux depuis 8h30, échange avec un conseiller militaire français de la Marine nationale. 5 min plus tard, ordre est donné de nous embarquer par groupe de six personnes sur les Zodiacs.

Il est 10h19. Tout le monde a porté un gilet de sauvetage et bien positionné sur les sièges dans le Zodiac. « Cramponnez-vous ! Ça bouge un peu là-bas », prévient un militaire français, d’origine malgache.

 

Direction, haute mer !

 

C’est ainsi que trois Zodiacs français et un patrouilleur ivoirien, le Cavally, s’ébranlent sur la lagune, direction la haute mer en passant par le canal de Vridi.

Très heureux, les journalistes échangent les plaisanteries avec les militaires français. Cela fait maintenant 15 minutes que ce beau monde est sur l’eau. C’est à ce moment qu’un journaliste lance au pilote. « Vous dites que ça bouge sur l’eau. Mais on ne sent pas cela ? ». Les trois marins se sont regardés et ont éclaté de rire. « Ne soyez pas pressés », lancent-ils en chœur.

Ces propos, les occupants des Zodiacs vont les apprendre à leurs dépens d’ici peu. En tous cas, personnes n’a expliqué aux journalistes qu’ils étaient maintenant en haute mer. Les vagues montaient parfois jusqu’à un mètre de hauteur et retombaient avec le petit bateau. Tout le monde, du moins, une partie des occupants des Zodiacs avait perdu la parole.

L’on avait la sensation d'être dans un ascenseur en chute libre. Le patrouilleur tanguait sur l’eau. En tout cas, cela bougeait de partout. Ceux-mêmes qui se disaient adeptes de l’adrénaline en ont eu pour leur frais. « C’est plus que des nids de poule. Nous avons tous du mal à tenir sur nos sièges », indique un journaliste de Fratmat.info.

Et pourtant, selon les pilotes des Zodiacs, ils ne vont pas à la vitesse normale pour éviter des bains d’eau de mer aux hôtes du jour.

Après 1h01 minute de navigation, tout ce monde est parvenu au Dixmude. Il était 11h19 minutes.

La montée des Zodiacs au Dixmude, n’a pas du tout été une partie de plaisir avec les vagues qui ne permettaient pas aux embarcations de se stabiliser sur le plan d’eau.

L’aide précieuse des marins a permis de franchir cette étape. « Moi j’ai raté ma marche. Ce sont les marins qui ont tout fait pour que je ne me retrouve pas à la mer », explique un journaliste.

Une fois à bord, les journalistes ont été accueillis par le lieutenant Leplan, l’officier de communication et le sous-lieutenant Elizabeth.

Très vite, tout le monde comprend qu’il est dans un « camp militaire ». En effet, des consignes de sécurité sont données. Comment se comporter sur le navire ?  Qu’est-ce qu’il faut filmer ou pas ?. De toutes les façons, les déplacements des journalistes dans le navire sont bien encadrés. Certains se font très gentiment rappeler à l’ordre quand il le faut. Exemple: ceux qui obstruaient le passage et qui pouvaient perturber le bon déroulement de l’exercice militaire. Le lieutenant LePlan intervenait de façon gentille. Mais ferme pour que tout se passe bien. "Ici on ne badine pas avec la discipline !"

Ce mercredi 13 septembre, les visiteurs ont eu droit à une rencontre avec le commandant du Dixmude à la « salle de briefing Aviation » du navire. Il s’agit du capitaine de Vaisseau, Jean Porcher, que les marins ont surnommé «  le Pacha ». (Sous l'empire ottoman et dans les premières années de la République turque, Pacha signifiait général. Dans la marine, on disait - du moins à certaines époques – amiral pacha). Avant de se faire appeler "Atatürk", Mustapha Kemal était "Kemal Pacha".)

Cela dit, le Pacha a présenté son Bâtiment de projection et de commandement. L’on apprend que le Dixmude a été admis au service actif en 2012. Il est un navire de combat polyvalent capable de se positionner au large dans le but de projeter des forces à terre, troupes et matériels, tout en ayant la faculté de commander des opérations interarmées et interalliées d’envergure en mer ou à terre, et de les soutenir.

Basé à Toulon, le navire est armé par un équipage de 211 marins, son pont d'envol, d'une surface de 5200 m2, compte six spots d'appontage et est relié à un hangar par deux ascenseurs.

En tout, 16 hélicoptères lourds peuvent être embarqués. En outre, le navire dispose d'un radier pouvant accueillir 4 chalands de débarquement et de deux engins de débarquement amphibie rapide (EDA-R) dérivés du L-CAT de CNIM. « Grâce à ses logements et ses ponts garages, le Dixmude peut accueillir 450 hommes de troupe et 70 véhicules, dont 13 chars Leclerc », révèle le commandant.

 

Dixmude, une bataille de la 1ère guerre mondiale…

 

L’on saura par ailleurs l’origine du nom que porte le bâtiment de guerre. Dixmude est le nom d’une ville de Belgique et, surtout, d'une bataille de la première guerre mondiale, au cours de laquelle les marins français ont payé un très lourd tribut.

En octobre 1914, lors de la bataille du front de l'Yser, cette place est défendue héroïquement par les fusiliers-marins de l'amiral Ronarc'h qui se battent aux côtés de l'armée belge et de tirailleurs sénégalais.

La brigade des fusiliers-marins, constituée de très jeunes hommes (17 ans à peine pour certains), était constituée d'inscrits maritimes bretons et des novices des écoles de la Marine de Lorient.

Après une lutte acharnée contre des forces allemandes très supérieures, Dixmude tomba, mais la résistance contribua à enrayer l'avancée des armées du Kaiser qui avaient pour objectif Calais et Dunkerque.

Après les échanges avec le ‘’Pacha’’, les hôtes du jour ont eu droit à un déjeuner bien arrosé au carré des officiers. C’était aussi un moment pour les journalistes qui ont souffert du mal de mer de reprendre les esprits.

Une jeune journaliste d’une agence de presse privée ne dira pas le contraire. Elle qui a pratiquement passé sa visite à l’infirmerie du bateau.

Selon la capitaine-médecin, le navire dispose de 69 lits d’hospitalisation (extension possible à 100), 2 salles d’opération et une salle de radiologie. « Les cas les plus traités dans le navire sont des fractures », précisera-t-elle.

Cet hôpital est l’équivalent d’un centre hospitalier d’une ville de 25 000 habitants, indique-t-elle.

Ces quelques heures passées sur le Dixmude n’a pas permis de découvrir tous les recoins de ce bateau de 12 étages. Cependant, la bonne ambiance et l'équipage aux petits soins ont  fait oublier les petits désagréments.

En effet, certains visiteurs ont connu le mal de mer ou naupathie. Cela s’est caractérisé par des nausées, des vomissements, des vertiges, lourdeurs de tête, sensations de froid (frissons) ou de chaud, pâleur, transpiration excessive, bâillements, somnolence, apathie, bourdonnement dans les oreilles, etc.

C’est autour de 17h Gmt, après la fin des exercices « incendies », que les journalistes et autres marins ivoiriens ont pris congé du Dixmude avec à l’esprit d’avoir effectué une visite et non des moindres dans l’un des fleurons de la marine française.

 

Théodore Kouadio

 

 

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