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PRATIQUES CULTURELLES : CES HABITUDES QUI NUISENT A l’HYGIENE ENVIRONNEMENTALE

samedi, 29 mars 2014 07:22
PRATIQUES CULTURELLES : CES HABITUDES QUI NUISENT A l’HYGIENE ENVIRONNEMENTALE Crédits: Arsène Kanga

Le constat sur le terrain révèle que la mauvaise gestion de l’environnement urbain au plan local, est le résultat de pratiques courantes liées aux modes de vie hérités de la culture. La moindre touffe d’herbes sur les voies peu fréquentées devient le site idéal de déversement de tous les résidus ménagers. Parce que de nombreux ménages n’ont pas encore intégré à  leurs habitudes  l’usage de la poubelle.

Devant le peu de souci affiché pour la salubrité et l’hygiène environnementale de la part de certains citoyens, le fétiche se  présente parfois comme le seul moyen efficace de lutte. Plantés sur ces monticules d’ordures, ils ont l’avantage de décourager toute velléité de déversement. Et ça marche aussi bien sinon plus que les messages de sensibilisation lancés sur les ondes de la radio locale.

Les caniveaux aménagés pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie et de ruissellement accueillent un peu partout, toutes sortes de déchets solides ou liquides qui finissent par les obstruer. Par temps de pluie, les riverains dans certains quartiers, ont la manie d’y déverser les ordures. Les eaux de pluie, pensent-ils, se chargeront de les charrier ailleurs.

Devant l’entêtement des populations à déverser les ordures là où il ne faut pas dans la ville, la génération aux affaires à Bonoua, « les Noudjou » ont mis sur pied une brigade de salubrité publique. Un comité de répression dont les actions et amendes ont quelque peu atténué les ardeurs de ces « pisseurs » des caniveaux et des déversseurs d’ordures dans toutes les ruelles.

Le foisonnement en pleine ville, de petits champs et potagers comme pour justifier la vocation agricole de la localité, est une autre pratique courante qui met à mal l’environnement. De petits champs de manioc, de bananiers ou d’aubergines qui sont un décor ordinaire dans le périmètre communal.

Des nids de bestioles et insectes nuisibles à l’homme. En outre, dans une société ou l’usage du gaz butane n’est pas totalement entré dans les habitudes, la cuisson des aliments au feu de bois ou au charbon, reste une pratique encore en vigueur dans de nombreux foyers.

D’où la présence de tas de fagots et de sacs de charbon le long de certaines artères ou à l’arrière des habitations. En lieu et place des puits perdus, ce sont à certains endroits de la ville, les ruelles qui accueillent les eaux usées issues de la vaisselle ou de la lessive. Il y a aussi ces vieux véhicules sur cales devant les concessions.

Ces tacots sont là, exposés sur des briques, de vieux mortiers ou de vieilles jantes.  Vestiges d’une prospérité longtemps évanouie mais qui, en aucun cas ne doit être oubliée. Tout doit être conservé même lorsque l’objet tant aimé est plus nuisible que nécessaire.

Et que dire de ces constructions anarchiques qui empiètent par endroits sur le domaine public ?

La municipalité a beau interpeler les initiateurs, inscrire en rouge sur les murs « Mairie, A.D. (à démolir), rien ne les arrête. Parce que les bricoleurs et les adeptes du désordre environnemental veulent imposer leur loi.

L’atteinte de la côte d’alerte en matière de gestion de l’environnement urbain a motivé récemment la prise de décisions hardies de la part du nouveau maire. Au nombre de ces innovations majeures : une nouvelle politique de collecte des ordures ménagères, la lutte contre les stationnements anarchiques sur la voie publique et d’autres travaux d’aménagement dans divers domaines.

A Bonoua, comme ailleurs, les pratiques liées aux traditions en usage qui menacent l’environnement urbain sont un défi de tous les instants. Une difficile équation à plusieurs inconnues à laquelle se trouvent confrontés autorités municipales, coutumières et techniciens d’urbanisme.

 

L’INFORMEL UNE SOURCE DE DESORDRE

 

Ils sont légion, ces opérateurs économiques : commerçants, marchands et artisans moyens et petits qui brassent beaucoup d’argent aux abords des artères de la commune. Ils sont cependant prompts à brandir à tout monde le drapeau de leur pauvreté ou de leur misère.

Des fois pour échapper à l’imposition des agents des impôts, ces « enquiquineurs » ou faire toutes les misères aux collecteurs de taxes municipales qu’ils qualifient « d’embêtants ».

Ces commerçants, bien que prospères, préfèrent rester dans leurs bicoques, leurs baraques du coin de la rue pour mieux exercer leur incivisme fiscal. Mais aussi rendre la tâche plus difficile aux agents municipaux en refusant de déguerpir des lieux pour des locaux plus modernes.

Donner un aspect plus attrayant selon eux, attirera les regards de tout le monde. Si c’est joli « on pensera qu’on est trop riche », se justifie Drissa Balo, vendeur d’ouvrages scolaires.

Et ces bicoques continuent d’enlaidir l’environnement urbain. Outre le culte de la pauvreté savamment entretenu par ces commerçants de la ville, il y a aussi la culture tout aussi ancrée dans les mœurs, de la débrouille et de l’informel. L’installation des marchands le long des artères souvent dans des conditions hors normes et dans des baraquements de fortune est un autre défi.

L’argument de la pauvreté brandi depuis des générations par les concernés, semble avoir de tout temps avoir ému les maires qui se sont succédé à la tête de la commune. On s’installe comme on peut, là où il y a le moindre espace squattable. Souvent sur les caniveaux et avaloirs ou autres infrastructures d’assainissement urbain. La dictature des commerçants de l’informel et de la débrouillardise a réussi à contraindre par endroits les piétons à disputer la chaussée aux véhicules. Parce que les aménagements pour piétons sont colonisés par ces derniers.

Des dizaines de mètres entiers de voie occupés par des réparateurs de motos ou des vulcanisateurs qui déversent régulièrement sur le bitume, gasoil, essence ou huile de moteur. Et chaque jour, chaque mois, chaque année, c’est l’architecture générale de la ville qui subit ainsi une modification.

Malheureusement pas toujours dans le sens de son embellissement et certainement loin du goût de l’autorité municipale. De leur côté, les acteurs de l’informel ne se reprochent pas grand-chose. Car, disent-ils à l’unisson « nous payons les taxes ».Et puis, interrogent-ils « est-ce que le marché actuel peut accueillir en son sein tous les marchands que nous sommes ? ».

Les impératifs du gain et de la rentabilisation de leurs affaires ont aussi fait disparaitre chez ces commerçantes toutes consciences écocitoyenne. Pour rentabiliser au mieux les espaces ou procéder à des extensions, les marchands selon la nécessité, ont abattu à certains endroits de la ville les arbres qui bordaient les artères principales.

Des plantes dont certains ignorent de bonne foi, les bienfaits au niveau du maintien de l’écosystème urbain et du recyclage de l’air dans la ville. En lieu et place, ils ont  érigé des magasins. Sur le chapitre, le nouveau maire a pris un engagement lors de son investiture. Celui de procéder, a-t-il promis, à court terme à « un reboisement minimum avec aménagement des parcs et réserves de la commune ».

Une initiative qui devrait contribuer à remettre les choses à l’endroit. Si celle-ci est accompagnée d’une décision de relocalisation des commerçants de l’informel qui portent un coup dur à l’environnement, les choses présenteraient un bien meilleur visage. A la fois pour les résidents et les visiteurs qui en tireraient d’énormes profits au niveau du cadre de vie. Avantages qui découleraient d’une vie dans un environnement

Écologiquement viable et vivable parce que urbanistiquement bien planifié et mieux organisé.

 

FUNÉRAILLES ET VEILLÉES DANS LES RUES

Les cérémonies funéraires en Afrique épousent des variantes locales qui, dans la majorité des cas, ont un impact négatif sur l’environnement urbain. Et la cité de l’ananas n’échappe pas à la norme en la matière quant au dernier hommage rendu au disparu. Avec son corollaire de manifestations multiformes de solidarité.

Après la levée de corps et son cortège de processions dans les rues, il faut, la nuit tombée, sacrifier à la séance de veillée funèbre. Selon qu’il aura consacré ou pas un pan de son existence terrestre à Dieu en ayant adopté une des religions révélées, le défunt aura droit à une veillé religieuse et/ou traditionnelle. Et pour la réussir, toute une logistique est nécessaire. Mais surtout de l’espace. On sort alors des cours familiales, on dresse une, deux voire trois bâches dans la rue la plus proche. On y installe des chaises et surtout une sono et la cérémonie peut démarrer.

Depuis quelques moments, grâce aux dispositions prises par les « Noudjou », la génération au pouvoir, le temps consacré à ces cérémonies a été considérablement réduit.

N’empêche, pendant deux ou trois jours, les usagers de ces voies publiques : automobilistes, motocyclistes, cyclistes et piétons seront contraints à des détours ou devront négocier avec force adresse le petit espace aménagé à côté des bâches pour leur circulation.

Quand il a appartenu à une classe d’âge, comme c’est souvent le cas, ou a été un chef de génération, le défunt sera aussi honoré par ses camarades de « catégorie » à travers une danse traditionnelle sacrée. Ici aussi, la mobilisation de ses pairs en pareille circonstance impose la fermeture de la rue concernée.

En tout cas, le temps que s’estompent les sons de tam-tams, grelots, cors et castagnettes. Ils feront place, la nuit venue, à ces nuisances sonores causées par la propagation de 22h au petit matin, de décibels à plein les baffles et haut-parleurs. Et comme à ces occasions, l’alcool coule à flot, les compatissants à la douleur de la famille éplorée en ingurgitent des quantités pour mieux veiller.

Une fois sous son effet, crient, chantent et se bagarrent parfois. Le voisinage doit en silence souffrir le calvaire de ces nuisances sonores nocturnes. Quitte à gérer le lendemain, les conséquences logiques nées d’une nuit d’insomnie et de bruits. A savoir : céphalées, mauvaise humeur, fatigue et stress.

En Afrique, au village, s’en plaindre est mal vu. On risque d’être taxé de noir qui veut jouer les blancs ou encore d’homme sans cœur, insensible à la douleur de ses semblables.

De peur d’être ainsi catalogué et de subir une sorte de mise en quarantaine dans le quartier, tout le monde regarde, subit sans oser s’en plaindre ouvertement. Il en va de même de ces gargotes et petits baraquements de quartiers qui distribuent à prix modiques l’alcool traditionnel: le koutoukou.

Ici aussi les bruits, les éclats de voix entre usagers de ces lieux et la musique qu’on y joue à fond la caisse tard dans la nuit, sont une autre source de nuisance. Autant de dysfonctionnements dans l’utilisation de l’espace urbain par les populations qui méritent d’être corrigés et réglementés par l’autorité municipale.

Dans un souci d’harmonie et de préservation du bien-être des populations. Pour l’avènement d’un « Bonoua, ville nouvelle » comme le promet le nouveau magistrat de la commune.

 

CULTURE DE L’AMIABLE SUR LA GESTION DE L’ENVIRONNEMENT

 

Ils détiennent des terrains urbains depuis plus de dix ans voire quinze ans pour certains. Pendant tout ce temps, ils n’ont entrepris aucune action de mise en valeur de ces lots. Des lopins de terre en pleine ville ou dans la périphérie qui, faute d’entretien, sont devenus des nids de reptiles dangereux pour les riverains du voisinage.

Mais il y a quelques années lorsque la commission de retrait des terrains, face à la forte demande de lots, a décidé de les leur retirer pour de nouvelles attributions, cela a soulevé une protestation de la part de nombre d’entre eux.

Les plus humbles avaient engagé des négociations de demande de pardon au maire pour une prorogation du délai. Mais bien plus insidieusement et plus subtilement, des doyens du « village », des parents proches ou lointains, des chefs de cours ont commencé un lobbying pour dissuader l’ancien locataire de la mairie.

Le premier magistrat était lui, guidé par le souci du bien-être de ses administrés et la satisfaction des besoins en logement de ces derniers. Mais aussi par le respect pur et simple des textes relatifs au délai de mise en valeur des terrains urbains.

Les autres quant à eux, avaient une autre lecture et ne faisaient aucune analyse. Dans ces entreprises de dissuasion, de plaidoyer ou de demande de faveurs particulières, les uns et les autres rivalisent de stratégies pour émouvoir à la compassion, l’autorité municipale. C’est souvent qu’on sollicite un parent proche de ce dernier ou un de ses amis pour exercer cette sorte de pression.

Cela, reconnait un membre de l’ancienne équipe municipale, est parfois très difficile à gérer mais c’est notre devoir de trouver des solutions à chaque cas. Et à l’ex agent de reconnaitre, « très souvent nous reconsidérons notre position quand cela n’a pas un impact négatif sur la commune. Nous sommes en situation de gestion des hommes et il est important de tenir compte de certains paramètres et types de rapports».

Toutefois, poursuit-il, il y a des cas vraiment flagrants d’occupation anormale pour lesquelles l’autorité municipale est obligée d’agir avec rigueur au risque de perdre totalement le contrôle de la gestion et son autorité.

Autant d’interventions et parfois de prises de liberté, susceptibles de rendre inefficaces à bien des égards, l’action de l’équipe municipale en matière de gestion environnementale.

 

ARSENE KANGA

CORRESPONDANT REGIONAL

                                                     

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