Pipi au lit, anorexie mentale : Des maux qui crient le mal-être des enfants

Pipi au lit, anorexie mentale : Des maux qui crient le mal-être des enfants

jeudi, 08 septembre 2016 15:58
Pipi au lit, anorexie mentale : des maux qui crient le mal-être des enfants Pipi au lit, anorexie mentale : des maux qui crient le mal-être des enfants Crédits: Archives ( DR)

Depuis plus de quarante ans, le centre de guidance infantile accueille des patients de 0 à 16 ans. Ces derniers,  du fait de leur  souffrance psychologique, présentent certaines pathologies.

« Pour exprimer sa souffrance, l’enfant  n’utilise pas des MOTS mais des MAUX », indique Dr Moké Botthy Lambert, médecin-chef du centre de guidance infantile logé au sein de l’Institut national de la santé publique (Insp) à Adjamé. Des maux qu’il convient de vite prendre en charge pour permettre à l’enfant de s’épanouir et  de trouver sa place dans la société.  Un pari sur l’avenir qu’une équipe pluridisciplinaire (pédopsychiatre, sages-femmes spécialisées en psychiatrie, rééducateurs en langage, rééducateurs psychomoteurs, travailleurs sociaux…) s’efforce chaque jour de gagner. Ce jeudi 12 mai est un jour de consultations comme un autre au centre. N’eût été le préau qui sert de salle d’attente aux parents, on se croirait dans la cour de récréation d’une école maternelle avec sa balançoire et autres toboggans… Dans cette structure spécialisée, règnent la même insouciance, la même envie de jouer. Ils s’appellent Nathan, Christ, Alassane, Doriane,  Adjo….des enfants comme tous les autres ? Non pas tout à fait. Ils sont atteints de troubles psychopathologiques ou psychomoteurs. Le cœur et la raison ont du mal à dire les mots qui pourraient les décrire. Tous vivent leur différence dans une sorte d’innocence. Laissant la pression et l’angoisse aux parents. Sur les bancs, certaines jeunes mamans ont choisi de dissimuler sous des couvertures ou des pagnes le visage de leur enfant. D’autres ont pris la situation avec philosophie et semblent faire face avec courage. Ont-elles d’ailleurs le choix ?

Avec ces enfants, il n’y a pas d’évidence. Tout se gagne  souvent au prix des efforts  conjugués des parents et du personnel soignant. Un travail de longue haleine, la prise en charge dure  d’un mois à 6 ans. «  C’est un tout que nous prenons en charge », souligne le médecin-chef. Les mères sont en première ligne de  ce combat. En effet, sous le préau ce jour-là, sur la trentaine de parents présents, on remarque à peine cinq papas au milieu des femmes.  « Mon épouse a  un bébé. Elle ne peut pas venir ici avec les deux enfants », explique l’un des braves papas. Les mamans, elles, sont dans leur rôle traditionnel. Leur présence auprès de cet enfant qui ne va pas bien est pour ainsi dire naturelle. « Un enfant est un enfant. Aujourd’hui, il me comprend. A la maison, je peux lui demander d’aller chercher quelque chose et il le fait », confie la maman de Christ, heureuse des progrès accomplis par son fils. La mère du petit Alassane est tout aussi fière de son fils âgé de 4 ans qui a pu intégrer la petite section d’une école préscolaire. « Ce n’est pas facile mais on va faire comment ?», nous dit-elle sans perdre son sourire.

Chaque année, ce sont 2500 à 3500 enfants  de 0 à 16 ans présentant des troubles psychopathologiques qui sont pris en charge par le centre de guidance infantile. « Ils nous sont adressés par des structures sanitaires, des établissements scolaires. Il y a aussi  des parents qui  viennent d’eux-mêmes parce qu’ils connaissent l’existence du centre ou sur conseil d’un proche », relève Dr Moké Botthy Lambert.

 Et le spectre de ces maux est large, allant de la débilité aux  troubles sphinctériens (pipi  ou caca au lit après 3 ans) en passant par des problèmes psychomoteurs.

Des parents viennent en consultation pour des troubles  et un retard du langage. L’enfant ne parle pas ou s’exprime avec des  sons qu’on ne comprend pas. Les motifs de consultation portent aussi sur des troubles psychomoteurs (le cou qui ne tient pas, la position assise, debout ou qui n’est pas acquise). A ces motifs, il faut ajouter des troubles du comportement. L’enfant est instable, court dans tous les sens, touche et casse tout. Il  est un danger pour lui-même mais aussi pour les autres. « J’ai peur chaque fois que je dois sortir avec mon fils », nous confirme la mère d’un petit garçon de 3 ans. Selon cette dernière, seuls les temps de sommeil lui offrent des moments de répit. Certains enfants développent  une agressivité physique et verbale qui contribue à les isoler.  Ces  enfants, du fait de leur instabilité, vont connaître une scolarité difficile à cause du déficit attentionnel. Et il y a aussi des  enfants déjà propres qui recommencent à  faire pipi ou caca  au lit. Ce sont autant de maux que l’équipe pluridisciplinaire   va lire et décoder afin de proposer une prise en charge. Pour les spécialistes, à travers ces maux, les enfants expriment leur inconfort dans leur milieu ou environnement. Il s’agira, avant toute chose, d’en déterminer la cause. Le jeune patient est accueilli par un travailleur social ou par un  médecin qui, à partir du maître- symptôme, va faire un bilan pour rechercher et comprendre les causes de son mal-être. Et ensuite,  l’itinéraire thérapeutique se dessinera.

 Face à des troubles sphinctériens, les médecins vont d’abord  s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un problème neurologique ou urologique. Cet état régressif ne doit  pas être banalisé car il peut être  lié à un évènement marquant (arrivée d’un bébé dans la famille, premier jour de classe difficile, difficultés relationnelles entre les parents)  qui a déstabilisé et déstructuré l’enfant.

Le centre de guidance pour la prise en charge médico-psycho-sociale, éducative et rééducative de l’enfant et de l’adolescent dispose de nombreuses compétences.

Selon Dr Moké Botthy Lambert,  70% des cas ont donné des résultats probants. Tout en sous-entendant que l’impatience est la base des 30% d’échecs.

« Dans les cas d’épilepsie par exemple, le traitement dure deux ans et demi. Malheureusement, au bout de la première année,  lorsque les crises  cessent, certains parents arrêtent le traitement, préférant aller explorer d’autres voies  où  des individus leur promettent une guérison plus rapide et définitive. En général, les crises reviennent plus importantes et plus intenses »,  déplore le spécialiste. Appelant les parents de ces jeunes patients à cultiver la patience

Dans cette structure, la prise en charge comprend également des activités d’éveil pour lesquelles les éducateurs souhaitent avoir plus de livres de contes, de feutres et crayons de couleur, de la pâte à modeler, etc. Si, à en croire les travailleurs, les responsables font de gros efforts pour mettre à leur disposition les moyens nécessaires, des besoins existent néanmoins et les satisfaire améliorerait leurs conditions de travail. En effet, le centre aimerait être doté de tests de personnalité, de mémoire et d’intelligence.

« Ces outils de diagnostic et d’évaluation élaborés et internationalement reconnus coûtent cher », indique Dr Moké.  Faute d’équipements,    les patients sont référés au privé. « Pour la batterie de tests, les parents doivent débourser des sommes importantes », souligne le médecin-chef qui, tout en remerciant les organisations qui leur viennent en aide, lance un appel à toutes les bonnes volontés qui peuvent apporter un soutien à cette structure. Afin de sortir ces enfants de leurs MAUX et leur donner des MOTS pour dire la vie.

SETHOU BANHORO

 

 

 

Lu 2237 fois Dernière modification le dimanche, 03 septembre 2017 06:09