Hévéaculture: Les producteurs broient du noir dans le Sud-Comoé

lundi, 08 février 2016 11:24
Hévéaculture : Les producteurs broient du noir dans le Sud-Comoé Hévéaculture : Les producteurs broient du noir dans le Sud-Comoé Crédits: DR

Après la période faste de la montée des cours du caoutchouc naturel qui a consacré une prospérité saisonnière aux producteurs de latex dans la localité de Bonoua et dans la région du Sud-Comoé, ces derniers sont confrontés en ce moment à d’énormes difficultés.

La baisse drastique des prix a entraîné celle de leurs revenus quasi mensuels qui leur avaient permis de vivre dans une certaine aisance. Sur place, dans cet environnement dominé il ya peu par ces hévéaculteurs, tous ont déchanté. Dans les foyers, familles et cercles d’amitié des producteurs de la sève blanche, c’est la tristesse, le regret pour certains et surtout les condamnations pour nombre d’entre eux.

Côté investissement entrepris pendant la période faste, de nombreux chantiers ouverts au moment de l’âge d’or sont purement et simplement arrêtés. A l’image de M. Sylvestre Adjobi, producteur naguère prospère de la zone d’Akroaba, il y a peu, soutient-il, avec ses treize hectares de plantation toutes en production, ils étaient loin de se plaindre, pour faire humble.

Tous se demandent à quand la reprise ou à tout le moins, le recadrage des choses afin qu’ils puissent jouir à nouveau pleinement du fruit de leurs nombreuses années d’efforts physiques et de sacrifices financiers. Comme lui, M. Edano Bernard, confie, un brin de tristesse dans la voix qu’il a dû suspendre il y a neuf mois maintenant, les travaux de construction de la résidence familiale qu’il était en train de bâtir dans le nouveau quartier de Begnery extension 1. Et la raison unique et essentielle de l’arrêt des travaux de construction, explique-t-il, « c’est la baisse insoutenable des prix » qui a causé le manque de moyens financiers conséquents pour poursuivre les travaux.

Puisque, révèle-t-il avec abattement, « je ne perçois même plus la moitié de mes gains mensuels d’il y a cinq à six ans ». Avec ce revenu qu’il qualifie de squelettique, il dit se consacrer à l’essentiel qui, pour lui est d’assurer le quotidien et de payer ceux de ses employés qui ont accepté de rester avec lui pour l’entretien des plantations. Car, devant la raréfaction des moyens financiers et les nombreuses négociations de report de paye qu’il avait avec eux, quelques uns parmi ces derniers ont préféré aller voir ailleurs.

Perdus pour la plupart dans un enchevêtrement  des causes mal expliquées et mal perçues de la situation à eux brandies par les structures et certains responsables, M. Edano, à l’exemple de ses pairs producteurs de latex en appelle à l’arbitrage, voire à l’intervention de l’Etat dans le sens du relèvement des prix. Car, soutiennent-ils, « tantôt on nous dit que ce sont les usiniers qui sont étouffés par les taxes, d’autres fois on indexe les structures intermédiaires qui font plus de retenues qu’il n’en faut quand on ne nous brandit l’argument  massu de la spéculation sur le marché international.

Dans ce flou, selon eux, aggravé par les arrêts et réouvertures sporadiques des ponts bascule au niveau des usines, une nouvelle race de pisteurs et d’acheteurs véreux bord champ a vu le jour et « sévit » toujours au détriment du planteur, déplorent-ils. En tout cas, sur place, dans l’ex cité de l’ananas qui s’était muée il y a peu en cité de l’hévéa, la mauvaise passe vécue par les hévéaculteurs est durement ressentie par tous: acteurs sociaux, travailleurs des différents secteurs d’activités et opérateurs économiques.

Dela fermeture des nombreux chantiers de construction ouverts à la mise sous veilleuse des petites affaires initiées çà et là dans la ville ou dans les villages, la chute régulière du prix du kilogramme de caoutchouc dicte sa loi et impose ici et à présent de nouvelles conduites aux planteurs du bois de latex.


ARSENE KANGA
CORRESPONDANT REGIONAL

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