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Formation à l'étranger: Quand des étudiants ivoiriens broient du noir à Accra

dimanche, 04 mai 2014 17:13

Beaucoup d’étudiants ivoiriens qui envisagent de continuer leurs études aux Etats-unis d’Amérique ou  en Angleterre transitent par le Ghana. Histoire de maîtriser la langue de Shakespeare. Afin de passer haut les mains les examens de toefel exigés dans ces grandes universités. Seulement, la vie dans le pays de Kwamé N’krumah n’est pas toujours aisée pour la plupart.

La grande majorité des étudiants qui arrive à Accra n’a pas de bourse. En plus des frais d’écolages et les effets scolaires qu’ils payent, ils doivent faire face à la dure réalité de la vie quotidienne à Accra.

«Les Ivoiriens font en général une mauvaise lecture du coût de la vie dans la capitale Ghanéenne. Pour certains parents restés à Abidjan, comme le FCFA est plus lourd que le Cédis, il suffit d’avoir un peu d’argent et on peut aller à l’école et se payer un séjour décent dans ce pays  », souligne amère Elvis Konan, un étudiant en marketing.

Ainsi plusieurs élèves qui ont à peine terminé la classe de terminale se retrouvent souvent seul à Accra. Car, une fois la scolarité assurée, souvent en totalité, se pose à eux la première difficulté: le logement. Comme toutes les capitales africaines, Accra est confrontée à un déficit de logements. Alors l’épineux problème est: comment se trouver un logis à moindre coût ?

Difficile de se loger

Deux solutions s’offrent aux étudiants. Rester dans un des nombreux «hostels»(auberges ou foyers des étudiants ) construits généralement  par les propriétaires des grandes écoles privées internationales ou bien  se trouver une chambre dans l’un des quartiers populaires ou bidonvilles.

Dans les « hostels » les étudiants non pas d’intimité. C’est comme à l’internat au lycée. Certains dorment à 4 sur des lits superposés dans une chambre et partagent les mêmes toilettes. « L’avantage c’est que le loyer est perçu par mois, même s’il varie entre 20 et 25.000 Fcfa par mois. », explique Sylvie Gnahoré, une locataire d’un « hostel » du quartier Tesano. Selon elle, il y a une dizaine « d’hostels » à Accra.

Ceux qui veulent vivre seul doivent payer le loyer sur un an au moins en avance. 

« La propriétaire de la maison que j’habite a exigé que je m’acquitte de mon loyer sur une période de deux ans en avance, avant qu’elle ne me cède une chambre dans une cour commune», révèle Patricia Adjama Attoua.

Elle habite une petite chambre dans le quartier Caprice, qui contient à peine les bagages de cette jeune étudiante. Son père a dû débourser la coquette somme de 288 000 Fcfa pour louer ce studio.

Les plus futés se mettent à trois ou à quatre pour une maison de plusieurs pièces ou chacun à une chambre.  

Les autres, pour se trouver des chambres à des coûts acceptables, se dirigent vers les quartiers populaires comme « New Town », « Tesano », « Accra » etc.

D’autres habitent  dans les périphériques de la ville. Pour ne citer que « Kasoa » et « Weidja ».  Ainsi que dans les bidonvilles à l’image du quartier « Nima ». 

«Les logis sont abordables dans les banlieues comparativement autres endroits de la capitale Ghanéenne. Mais le problème, c’est qu’il faut dépenser beaucoup dans les frais de transport pour aller à l’école et dans le centre-ville. Tant bien même le coût du transport est abordable comparativement à Abidjan », révèle Landry Koudou.

En effet, comme dans la plupart des capitales de la sous-région, le transport urbain est géré à Accra par une entreprise publique la « Métro Mass Transit », à l’image de la Sotra d’Abidjan. Le ticket est à un prix unique de 1000 Cedis, sur toutes les destinations. Ce qui donne en franc Cfa environ 65f

Le transport privé existe aussi. Ce sont en général des minis cars (Gbakas) et les taxis villes (woro woro). Ils sont communément appelés la bas  «Totro».

Ceux-ci desservent les différents quartiers de la capitale, Kasoa, Weidja, Tesano, Caprice, Ohossou, Accra, Nima, Air port etc.

A côté, de ces véhicules, il y a les taxis que les clients  empruntent en course. Qui ont pour nom «dropping». Le prix de la distance à parcourir se discute à la tête du client. Á Accra vous ne trouverez pas de taxi compteur.

La nourriture, le casse-tête chinois

Le second problème des étudiants à Accra est la nourriture. L’alimentation ghanéenne est facile à trouver. Cependant,  les produits alimentaires les plus populaires sont généralement très étrangers au ivoiriens. Les mets ghanéens sont en général composés de : « Banku », il est fait de la  pâte de maïs fermentée.

Le « Fufu », lui, est fait à base de manioc écrasée et de la banane plantain ou a l’écrasée d'igname. Il est servi avec de la sauce  arachide.

Le «Garden Eggs » (Oeufs de Jardin), ce sont des légumes à la taille de citron de couleur blanche ou jaune.

La soupe d’arachide (Ground-nut soup). C’est un mélange de beurre d'arachide et du potage de tomate, contenant du poulet ou la viande et servi avec l'igname, le riz, la banane plantain, le fufu, kenkey, ou des rouleaux de pain.

Le  Kenkey , c’est la pâte de maïs fermentée enveloppée dans des feuilles de maïs séchées et cuit à la vapeur.

« Même si nous avons les mêmes produits alimentaires, la façon de préparer diffère totalement. De sorte que nous avons du mal à manger les plats typiquement Ghanéens vendus dans les restaurants populaires. Alors que ce sont ces mets qui ont des prix abordables », souligne Patricia Adjama Attoua.

Dans ce cas, les étudiants ont le choix entre préparer chez eux ou manger dans un restaurant moderne. Mais cela revient un peu cher pour la bourse de ces étudiants. Ainsi donc, pour minimiser les dépenses, certains se mettent ensemble avec des compatriotes pour solliciter les services d’une servante, surtout ceux qui louent les villas. Elle fait le ménage et prépare la nourriture. « L’année dernière nous étions une dizaine sur le palier d’un immeuble à New town. Chacun donnait 330.000 Cedis soit  20.000 Fcfa par mois pour la popote et le salaire de la servante », explique  Landry Koudou.

Ceux qui sont très attachés à la cuisine ivoirienne confient leur destin à certaines restauratrices ghanéennes qui ont séjourné une fois en Côte d’Ivoire. Á côté des plats quelles vendent, elles préparent sur commande des mets typiquement Ivoiriens destinés à ces étudiants. C’est le cas Roméo N’da et ses amis, qui chacun donne 412500 Cedis soit 25.000Fcfa par mois aux restauratrices.

La difficile maîtrise du Cédi

L’autre difficulté est la difficile maîtrise de la monnaie ghanéenne, le Cedis. Celui qui vient à d’Abidjan à tendance à se dire que puisque le Cedis est faible par rapport au Fcfa, le coût de la vie l’est aussi. Ce qui n’est pas toujours vrai. «Vous pouvez avoir 50.000Fcfa lorsque vous faites les changes vous êtes autour de 825.000 Cedis.

La circulation de l’argent est tellement facile que vous pouvez dépenser cette somme en moins de 2 semaines.», déclare un habitué des lieux. Un avis partagé par les étudiants qui affirment qu’ils ont du mal à gérer leur argent. De sorte qu’ils en sont toujours à cours.

Théodore Kouadio

Envoyé spécial à Accra

 

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