Daoukro: Quand des mineurs s'approprient la Saint-Valentin

dimanche, 17 février 2019 11:10
Daoukro: Quand des mineurs s'approprient la Saint-Valentin Crédits: DR

Un phénomène nouveau en rapport avec la célébration de la fête des amoureux se développe dans la région de l’Iffou. Ils ont entre 10 (souvent moins) et 15 ans. le 14 février 2019, jour de la Saint-Valentin, ils ont pris d’assaut les magasins de vente de cadeaux.

Un phénomène inhabituel qui a attiré l’attention de nombre de personnes. Toute chose qui a donné un cachet spécial à cette fête à Daoukro.  Faisant de la fête des amoureux, dans cette localité, une foire d’adolescents, au détriment des adultes qui avaient du mal à se frayer un chemin dans les boutiques. "C’est mon grand frère qui m’a envoyé payer ce cadeau pour sa Valentine", nous lance K. H., élève de 14 ans.

A la question de savoir si elle connaît les goûts de son frère, elle rétorque que ce dernier lui a donné des instructions précises. Des propos qui seront contredits par une de ses camarades de passage qui l’a félicitée pour le cadeau qu’elle fera à son copain. Ce sera la même chose chez plusieurs adolescentes qui n’ont pas voulu avouer qu’elles ont un petit ami.

Notamment B. E., également élève et à peine âgée de 12 ans. Elle a indiqué que le présent qu’elle venait d'acheter est pour elle-même. Mais sa sœur, B. H., révélera qu’elle a honte que l’on sache qu’elle entretient des relations amoureuses à son jeune âge. Ainsi donc, plusieurs adolescentes rencontrées nous ont fait croire qu’elles faisaient ces achats pour un frère ou une sœur, voire pour une connaissance. D’autres, par contre, ne cachent pas le fait d’avoir un amoureux à leur jeune âge.

C’est le cas de N. V., élève de 15 ans : "Je viens d’acheter ce cadeau pour mon Valentin". Toutefois, elle souligne que ses parents ne sont pas au courant de cette relation. Elle craint d’être frappée, s’ils l’apprennent. Les garçons de la tranche d’âge indiquée plus haut, pour la plupart, se servent de leurs sœurs pour acheter le cadeau de leurs copines. C’est le cas de Traoré Hamed qui a envoyé sa petite sœur de 5 ans lui acheter une fleur. Lorsque nous avons interpellé la gamine, elle s’est empressée de dire que c’est pour son grand frère qui s’est caché.  Ce qui est certain, à visage découvert ou sous le couvert de l'anonymat, les adolescents ont sorti le grand jeu pendant cette fête de Saint-Valentin.

Un effet de mode?                                                                                                                             

A la vue des adolescents qui ont pris d’assaut les magasins pour se procurer des cadeaux, l’on se demande si c'est un effet de mode ou s’ils ont vraiment une vie amoureuse. Une chose est sûre : ils sont nombreux à affirmer qu’ils agissent ainsi par amour. "Ce cadeau, je l’ai acheté par amour pour mon copain. Ce n’est pas un effet de mode. C’est une fête d’amoureux, donc il faut obéir à ce principe", souligne D. C., élève de 14 ans.

Certains ont, certes, une vie amoureuse, mais ils sont très discrets. Cependant, cette fête les expose car ils sont obligés de faire comme leurs amis. "En fait, je ne voulais pas m'intéresser à cette fête avec son lot de cadeaux. Mais comme toutes mes camarades en parlent et sont prêtes à faire un geste pour leurs copains, je vais m'y mettre. Sinon, je vis ma vie amoureuse discrètement, comme je suis encore très petite", nous a signifié M. L., 11 ans.

Ainsi, plus qu’un effet de mode, les adolescents ont voulu marquer d’une pierre blanche cette fête des amoureux.   

D’où tirent-ils leurs ressources financières ?                                                                                       

Une chose est de vouloir faire plaisir à son partenaire en lui offrant un présent, une autre est de pouvoir le faire. Alors, question : d’où provient l’argent qui permet à ces enfants, élèves pour la plupart, donc vivant encore sous le couvert parental, d’acheter des cadeaux ?    N. V. répond: " A l’approche de la fête, j'économise l’argent que me donne mon copain pour lui faire ce petit plaisir ".

S. G., âgée de 13 ans, ne dit pas autre chose. En ce qui la concerne, elle met de côté une partie de l’argent que son père lui envoie pour subvenir à ses besoins. C’est comme cela qu’elle réussit à offrir un cadeau à son partenaire. Au niveau des garçons qui ne peuvent compter sur l’argent d’un éventuel copain, c’est vers les parents qu’ils se tournent pour obtenir des billets de banque, mais avec malice.

"Comme je suis élève, à l’approche de cette fête, j'invente une dépense urgente et importante à faire à l’école. Cela pousse mes parents à me donner un peu d'argent et le tour est joué", clame D. C. Les déscolarisés, eux, utilisent l’argent que leur rapportent leurs petites activités pour satisfaire leurs copines. Pendant que les garçons achètent de la lingerie, en général, les filles, par contre, s’intéressent aux objets de décoration ou aux vêtements.

Une gérante de boutique a confirmé que depuis le début de cette journée du 14 février, ce sont les adolescents qui fréquentent son commerce. Comme quoi, à Daoukro, la Saint-Valentin est l’affaire des enfants de 10 à 15 ans.

L’amour prend la place des études

Depuis près de trois semaines, les élèves des établissements secondaires de Daoukro ne vont pas à l’école à cause de la grève des enseignants. Beaucoup d’entre eux ont, par conséquent, rejoint leurs parents. La ville qui semblait s’être vidée des élèves était animée le jour de la Saint-Valentin.

Explication : nombre d’entre eux sont revenus pour célébrer la fête des amoureux. Alors qu’ils traînent les pieds lorsqu’on leur dit d'aller à l’école. L’an passé, des élèves à Bouaké avaient anticipé les congés de Toussaint pour avoir l’occasion de préparer  la Saint-Valentin.

Cette année, grève oblige, ils ont eu tout le temps de le faire. Au lieu de se préoccuper de leurs études en mettant à profit cette période creuse, c’est la Saint-Valentin qui les intéresse. Avec ce déferlement de gamins dans les boutiques, c’est comme si l’amour était une nouvelle matière enseignée à l’école. Et il semble malheureusement plus important que l’école.

Edgard Yéboué

 

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