• Accueil
  • Focus
  • Enquête
  • Chine/Province de Guizhou: Entrer à Meitan, c’est mettre les pieds dans un paradis… celui du thé

Chine/Province de Guizhou: Entrer à Meitan, c’est mettre les pieds dans un paradis… celui du thé

lundi, 21 octobre 2019 16:07
Des touristes africains s'essaient à la cueillette du thé. Des touristes africains s'essaient à la cueillette du thé. Crédits: DR

L’industrie du thé en Chine a un sanctuaire. C’est Meitan, une localité de la province de Guizhou (sud-ouest du pays).

Entrer dans un restaurant et manger du Riz au thé. Voir de gigantesques sculptures en forme de théière. Admirer des immeubles en forme de théière. Entrer dans la plus grande théière au monde, s’y promener et y déguster du thé… Voici-ci d’incroyables choses que les visiteurs de la Chine peuvent vivre. Et c’est dans le District de Meitan, village situé dans la province de Guizhol (sud-ouest de la Chine).

Si la Chine est l’Empire du milieu (Choung Kwo), la localité de Meitan, est l’empire du thé. Dans cette zone où la population est proche de la terre, le thé c’est la vie, et la vie c’est le thé. Tout est rythmé par l’industrie très florissante de cette spéculation.

Le 27 août 2019, la petite colonie de la vingtaine de journalistes de 7 pays d’Afrique francophone, s’en est rendu compte. Après un séjour de douze jours dans le cadre du séminaire de formation, les hommes de média ont fait irruption dans cette atmosphère champêtre, mais sophistiquée. Il est 15h30 ce jour-là. Le soleil brille. Mais le temps est doux. Après avoir parcouru une dizaine de kilomètres depuis Meitan, abord d’un autobus, sur une autoroute impeccable, les journalistes débarquent en plein milieu d’un champ de thé à proximité des villages de Yongxing et Fuxing. Tout est vert. Les visiteurs sont tout de suite émerveillés par le vaste tapis de plants qui s’étire à perte de vue au nord, au sud, à l’est, et à l’ouest. Il s’agit de la plus grande plantation de thé en Chine. Superficie : 10 200 hectares.

Un ascenseur au champ !

S’ils sont surpris de l’étendue de la plantation, les visiteurs sont intrigués par une tour qui se dresse au centre du champ. Cette espèce d’immeuble constitué de terrasses superposées sur quatre niveaux. Il faut emprunter un grand escalier de 20 mètres environs pour atteindre la base de la bâtisse où un ascenseur… oui, un ascenseur en plein champ, attend pour transporter les hôtes.

Du haut des terrasses, c’est une vue panoramique de toute la ferme qui s’offre aux visiteurs. Assis confortablement sur une de ces terrasses de ce qui est appelé « la tour de contrôle », ils pourront aussi déguster le thé noir et le thé vert et tout apprendre sur cette vielle ferme de 80 ans grâce à ses premiers responsables.

Créée en 1939 par le gouvernement, elle est la première exploitation expérimentale de la culture du thé en Chine. Elle a été transmise au département de l’Agriculture de la province de Guizhou, dans les années 1950. Puis, en 2010, elle a été transférée au gouvernement de Meitan. Aujourd’hui, la plantation rapporte plus de 1,6 milliard de dollars au village par an.

Villas et berlines de luxe pour les paysans.

Pas très loin de là, il y a les exploitations du manoir Lanxin. Ici c’est une entreprise qui travaille en étroite collaboration avec les agriculteurs. Des périmètres sont mis à la disposition de ces derniers. Ils travaillent sous la supervision de l’entreprise et lui revendent les récoltes.

Dans cette matinée d’août, quelques-uns sont à la tâche. Coiffés de grands chapeaux en forme conique pour se protéger du soleil, ils prélèvent avec calme et soin les bourgeons qu’ils déposent délicatement dans des paniers portés en bandoulière.

A Meitan, le thé fait vraiment vivre son homme. Les responsables d’exploitation, soutenus par le directeur adjoint du département Communication de ce district, Zhang Gui Kun, insistent sur cette réalité. Ils rappellent que Meitan était une zone pauvre. Et que c’est l’industrie du thé qui a transformé le niveau de vie des habitants.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le confort dans lequel les agriculteurs vivent : Berlines de luxe, maisons de haut standing, etc. L’un des exemples types de cette transformation est sans conteste le groupe de villages de Tianjiagou. C’est un projet pilote de « villages de thé » lancé dans l’est du comté de Meitan en vue d’accroître le niveau de vie des paysans.

De superbes villas blanches sont construites au bas des collines dans le strict respect de la végétation – non seulement la forêt est ménagée, mais aussi, il y a beaucoup d’efforts de planting d’arbres. Chaque ménage de 4 personnes a droit à une maison de 7 pièces avec toutes les commodités (eau, électricité, téléphone, internet). Le revenu par habitant est en moyenne de 16 000 dollars par an. Le programme concerne 5 188 foyers pour 21 223 personnes.

Village de thé écologique

Les expériences de ce type sont de plus en plus nombreuses. Tout est fait pour accroître les gains des agriculteurs. D’où la tendance à la multiplication des périmètres privés de thé pour ceux-ci. Et pourtant, les comités de village, soutenus par les autorités locales, n’arrêtent pas les opérations immobilières à leur profit.

Au village Hetaoba, situé à 10 km au nord-ouest de Meitan, de nombreux bâtiments résidentiels ont été construits pour près d’un millier de ménages. Ici, le travail est régulé par une soixantaine d’entreprises. La particularité de Hetaoba, c’est la culture du thé écologique, dit-on. Surface couverte : 800 hectares.

Remarque importante. Partout dans le District de Méitan, les autorités locales soutenues par le gouvernement provincial de Guizhou mettent un point d’honneur à associer l’industrie du thé au tourisme. De sorte que grâce au thé, les populations vivent aussi du tourisme.

ALAKAGNI HALA


Un étonnant tourisme à la saveur de thé

L’une des forces de la province de Guizhou dont dépend Meitan, c’est son industrie touristique. Elle représente 12% de son Pib. En 2018, la province a réalisé un chiffre d’affaires de près de 134 milliards de dollars.

Le rédacteur en chef adjoint de la plateforme internet, COG.CN, spécialisée dans le commerce électronique dans ladite province, fait remarquer que « le tourisme a flambé ces deux dernières années. Et le nombre de visiteurs ne cesse de croître », indiquait. Si cette force touristique repose sur de nombreux atouts naturels de la province, il convient de noter que l’industrie du thé tient une part importante. Et encore une fois, c’est le champion du thé, Méitan, qui tient cette particularité assez originale. Là-bas, l’industrie du thé a créé une autre industrie, celle du thé.

A Meitan, tout est fait pour attirer les touristes dans les champs et les unités de traitement. De petits circuits simples, efficaces et attractifs ont été aménagés. Les visiteurs sont invités assister à la cueillette du thé, à s’y essayer, à découvrir le traitement du thé, de le déguster gratuitement et d’en acheter dans un local luxueux en pleine campagne.

Le village des riches

Un bel exemple : le village « Tribu multicolore ». Situé à 10 Km du siège du comté de Meitan, c’est un village du nom de Jinhua qui a été transformé en village touristique. Situé au bas des collines couvertes de forêts, le village compte exactement 310 habitants.

Tribu multicolore tient son nom des couleurs chatoyantes de ses maisons et du fait que chaque habitant possède plusieurs cordes à son arc. D’ailleurs, « il n’y a pas de pauvre dans le village », révèle l’un des hauts responsables du Centre d’éducation et de formation du Groupe de publication internationale de Chine, Lin Fanlin. Tous exercent plusieurs activités. On est agriculteur dans le thé, peintre, musicien, danseur, artisan, barman, restaurateur, etc. Tout le monde concoure aux spectacles offerts aux 200 mille touristes qui y déferlent chaque année.

Du village, ils peuvent emprunter une passerelle en bois de 2 mètres de large, aménagée à travers la forêt pour atteindre le sommet de la colline la plus proche. Là-bas, il y a un salon VIP ultra moderne. C’est une bâtisse multifonctionnelle de deux niveaux ouverte le 18 avril 2015. Le premier niveau est un luxueux salon au standard d’un hôtel 5 étoiles… en pleine campagne ! Il accueille les séances de dégustation, les expositions et vente de thé, les conférences et autres rencontres.

Quant au deuxième niveau, c’est une vaste terrasse qui sert de mirador pour une vue panoramique des champs de thé, des villages environnants et de la nature faite de collines et de couvert forestier abondant.

Le chef du village, Chen Ting Ming, explique que cette bâtisse est typique à ce village. Et qu’elle a été réalisée pour attirer davantage de touristes dans la zone. « Auparavant pauvre, cette localité s’enrichit de plus en plus grâce au thé. La province de Guizhou en est fière », précise-t-il.

L’âme du thé est ici

Les touristes du thé qui souhaitent connaître l’histoire de cette culture en Chine et plus spécifiquement à Meitan, peuvent se rendre dans les deux musées dédiés. Le premier est une ancienne usine de fabrique de thé. Elle a été construite à l’époque de la guerre du Japon contre la Chine (fin des années 1930). L’âme du thé est ici. Deux gros bâtiments principaux construits en briques et en bois abritent les vieux engins de labour et de levage et toutes les machines des chaînes de traitement du thé. Entre ces pièces de musée soigneusement conservées et des photos fixées au mur, la jeune guide, Léonie – certainement un pseudonyme – retrace toutes les étapes du développement du thé dans la zone et ailleurs.

Pour augmenter ses connaissances sur l’histoire du thé chinois, pourquoi ne pas se rendre au deuxième musée situé en pleine ville de Meitan ? C’est à la Cité du thé, un grand centre commercial spécialement dédié à la vente au détail et à la dégustation gratuite. Le musée logé dans un vaste compartiment. On apprend beaucoup ici sur les aspects culturels du thé depuis la Chine antique. Les récipients anciens, la poésie, les tenues traditionnelles anciennes des agriculteurs, les grandes figures historiques, etc.

La plus grande théière au monde

Impossible de faire le pèlerinage de Meitan sans entrer dans la plus grande théière au monde. Elle mesure 73,8 mètres de haut et 28 360 m2 de volume. C’est un immeuble de 10 étages en forme de théière couplé avec une tasse tout aussi grande. Cette merveille architecturale a été réalisée en 1999.

Pour y accéder, il faut une petite dose de courage. La gigantesque théière a été construite au sommet de l’une des collines les plus hautes de Meitan, en bordure de la rivière Meijiang. Pour accéder atteindre sa base, il faut emprunter deux ascenseurs transparents, l’un après l’autre.

A la descente du premier ascenseur, il faut parcourir une passerelle horizontale, au planché de verre totalement transparent, sur une distance d’environ 15 mètres pour emprunter le second. C’est là la frayeur. A 50 mètres de haut, beaucoup n’osent pas regarder en bas. Le flanc vertigineux de la colline en dessous, les arbres, les rigoles de la rivière… Ça fait peur.

A la base de la théière, c’est une grande terrasse d’où on a une très grande vue de Meitan, ses collines couvertes de végétation, de champs de thé et son parc d’immeubles d’habitation. A l’intérieur de la théière, se trouve encore un musée qui permet, entre autres, de parcourir l’histoire du thé à travers sa relation avec les différentes dynasties qui ont régné sur ce vaste pays. Et puis, il y a le beau spectacle de service de thé que l’une des nombreuses minorités ethniques de la province de Guizhou présente au deuxième étage.

A HALA


Qu’elle fait rêver, la campagne !

La province de Guizhou est présentée comme l’un des meilleurs exemples de lutte gagnante contre la pauvreté en Chine. De très gros efforts sont faits pour relever le niveau de vie de la population. Ça se voit en traversant la campagne. De Meitan à Guiyang (capitale de la province), c’est édifiant !

L’autoroute de 200 Km environ qui relie les deux localités est impeccable. Le relief très accidenté a été dompté par les innombrables routes qui se croisent et s’entrecroisent entre collines et montagnes. Ce qui donne lieu à de nombreux échangeurs, tunnels et ponts construits de manière audacieuse.

En voyant tout ça, on comprend les propos de l’ancien ambassadeur de la Chine au Gabon, Sun Jiwen, qui disait, quelques jours avant, qu’il n’y a aucun obstacle pour les ingénieurs chinois qui puisse empêcher la construction d’une infrastructure routière. Il en veut pour preuve la réalisation par la Chine d’une autoroute de 83 Km au Gabon en plein marécage. Alors qu’un pays occidental avait trouvé cela impossible.

Entre le comté de Meitan et Guiyang, la toile routière est un régal pour les yeux des touristes. Tous les hameaux sont connectés par des voies bitumées. Pas le moindre mètre de piste en terre. C’est impressionnant. D’ailleurs, l’objectif quasiment atteint par les autorités provinciales n’est-il pas de relier tous les villages par des autoroutes ?

L’autre visage de la campagne, c’est le boom immobilier qui a cours. Guizhou, bon exemple de la lutte contre la pauvreté, n’échappe pas à la règle. Les habitants de la campagne, à l’instar de leurs compatriotes des villes, voient leurs modestes maisons remplacées par des milliers de tours de logements sociaux construits pour eux. La moindre bourgade est marquée par de vastes parcs d’immeubles d’habitation à perte de vue. Un détail qui suscite curiosité et admiration du nouveau venu. « Ici, le partage des richesses de l’État est une réalité absolue », est-on tenté de dire.

Malgré l’irruption des villes dans leur environnement, les gens de la campagne ne sont pas pour autant perturbés dans leur travail d’agriculteur. A moins d’un kilomètre, parfois même moins que ça, leurs champs de maïs, blé, riz, agrumes et autres sont là. Tout est organisé de sorte à ce que les chantiers immobiliers ne tuent pas l’agriculture dans les campagnes. Des pistes en béton sont même aménagées depuis les habitations jusqu’à l’intérieur des surfaces cultivées pour faciliter la circulation des engins (motos, tracteurs et véhicules).

La campagne de Guizhou, c’est aussi l’impressionnante couverture végétale de son relief accidenté. On remarque tout de même un effort de renforcement des forets par un planting d’arbres. Oui, ce journaliste du New York times qui, après avoir visité la province de Guizhou, a déclaré que c’est « un endroit qui mérite d’être visité toute la vie », a raison. Guizhou, c’est formidable !

A H