ABOURE EHIVE: DES US ET COUTUMES POUR RÉGULER LA VIE SOCIO-ÉCONOMIQUE A BONOUA
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ABOURE EHIVE: DES US ET COUTUMES POUR RÉGULER LA VIE SOCIO-ÉCONOMIQUE A BONOUA

jeudi, 15 mai 2014 10:16
DES US ET COUTUMES POUR RÉGULER LA VIE SOCIO-ÉCONOMIQUE A BONOUA DES US ET COUTUMES POUR RÉGULER LA VIE SOCIO-ÉCONOMIQUE A BONOUA Crédits: DR

Depuis février 2009, le peule Abouré Ehivè de Bonoua, à l’initiative de la génération aux affaires, les « Noudjou », s’est doté d’un document pour régir la conduite et les relations entre communautés vivant sur le sol de Bonoua.

ABOURE EHIVE : DES US ET COUTUMES POUR RÉGULER LA VIE SOCIO-ÉCONOMIQUE A BONOUA

Intitulé « Us et coutumes en pays Ehivè », il a été officiellement présenté et adopté à la place Amangoua  de la ville. Ce fut en présence du roi, des autorités politiques et de nombreux cadres de la localité.

Aux dires de ses rédacteurs, avec à leur tête, il est censé « favoriser et faciliter les relations sociales et intercommunautaires ».Les initiateurs s’empressent de préciser que de telles dispositions ont de tout temps existé dans le pays Abouré –Ehivè.

Ces lois traditionnelles étant devenues caduques en certaines  dispositions, il s’est avéré nécessaire de les réadapter dans la forme et dans le fond, explique M. Akoi Félix, le porte-parole des M’mans, les gestionnaires de la vie socio-économique, en ce moment à Bonoua. Divisé en chapitres et subdivisé en sections, le document fait le tour des questions majeures qui rythment la vie socioculturelle et économique des populations.

Il s’agit des questions liées à l’héritage, à l’organisation des funérailles, au mariage, au divorce, à l’adultère au fétichisme, aux partis politiques, aux religions, aux étrangers, à l’environnement et au foncier urbain.

Le non-respect des dispositions édictées dans ledit document expose le fautif à des sanctions, précisent les rédacteurs dans leur introduction. Et celles-ci sont essentiellement d’ordre économique et/ou social.

Interpelé sur certains aspects qui pourraient prêter à confusion voire faire le lit à la discrimination et à la défiance des lois de la république, le porte-parole des M’mans se veut on ne peut plus clair.

De xénophobie ou de discrimination ethnique, il n’en est point. D’ailleurs, spécifie-t-il, « nous parlons en général de non Abouré et non d’étranger ». Ce qui est une réalité dans la configuration du peuplement actuel de la ville. 

« Ces frères que nous avons accueillis sur notre sol ne connaissent pas nos us et coutumes, il est donc nécessaire et même impératif pour nous, de les leur présenter et expliquer afin qu’ils puissent au mieux réussir leur intégration ».

Quant à ceux qui ont présenté le document sur les us et coutumes comme une charte  ou une constitution des Abouré, M. Akoi Félix, crie à la désinformation, au mauvais procès ou tout simplement à la méconnaissance du vécu de ce peuple.

Bonoua, affirme-t-il « n’est qu’une petite localité dans la grande Côte-d’Ivoire qui est soumise autant que les autres localités du pays aux lois de la république. Elle ne saurait en aucun cas, édicter ses propres lois.

A preuve, après la présentation du document sur les us et coutumes, le peuple continue de vivre selon les lois de la république et y est soumis. Il invite les détracteurs dudit document à le parcourir plus sereinement pour se rendre compte qu’en certaines de ses dispositions, « il est plus dur avec les autochtones qu’avec les non Abouré ».

On aura noté toutefois, l’absence des autorités administratives lors de la présentation du document, pourtant dument invitées. Interrogée sur ce refus poli, l’une d’entre elles, en son temps a brandi l’argument de n’avoir pas été associée au début, à l’élaboration du document.

Pour cette raison, elle ne saurait assister à la cérémonie de son adoption, synonyme de sa caution. Toutefois, avait précisé l’autorité « si dans leur application les textes créaient des troubles à l’ordre public, je me dois de réagir pour y mettre fin ».

L’ORGANISATION DES FUNERAILLES REVUE ET CORRIGEE

Depuis quelques années, les cérémonies funéraires à Bonoua dans leur organisation ont subi des modifications notables. Cela pour tenir compte d’un certain nombre de changements et mettre fin à des pratiques qui impactaient négativement vie socio-économique des populations.

Ainsi, le temps de veuvage, les dons, le temps de conservation des corps, leur exposition, la levée de deuil ont été revus. Il y a de cela des décennies, les funérailles pouvaient durer deux à trois mois. C’est à dire que le veuf ou la veuve restait inactif ou inactive, loin de son champ, de son commerce ou de toute activité ménagère le temps que durait ce rite.

Ou disons-le, avait pour seule activité pendant ce temps, l’accueil des parents, amis et connaissances qui défilaient à longueur de journée dans la cour pour présenter leurs condoléances.

Ce respect de la tradition en matière de funérailles, eut des conséquences négatives sur la vie des populations. Des champs ont été abandonnés à la broussaille, des affaires ont périclité et bien de choses encore.

On a aussi assisté en ce temps-là, à la mise en scène de ces orgueilleux pour qui les funérailles étaient l’occasion de faire étalage de leur réussite sociale ou de leur fortune. Cela par des dons ou des obsèques moralement loin de l’acceptable.

Alors même qu’ils ne participaient à aucun moment à la vie socio-économique de la communauté. A côté de ces adeptes du « m’as-tu vu », il y a aussi ceux qui ont choisi de vivre volontairement en dehors de l’organisation socio communautaire mise en place. Eux qui ont choisi de n’appartenir à aucune classe d’âge. A ceux-là, un traitement spécial est désormais réservé à leur décès.

Bref, en vue de corriger un certain nombre de faiblesses liées à l’organisation des funérailles dans le teroir, de nouvelles pratiques ont désormais cours. Car comme l’indique fort à propos M Akoi Félix, « dans notre société Abouré Ehivè, celui qui veut bénéficier des égards et du respect à sa mort, doit prendre des dispositions de son vivant ».

Et puis, dans l’absolu, ne vaut-il pas mieux de célébrer la vie plutôt que la mort ? Il existe donc à Bonoua, ce que l’on pourrait appeler l’assurance décès communautaire. Une prise en charge funérailles pour laquelle de son vivant l’homme ou la femme Abouré cotise annuellement.

Une somme de 3000F pour l’homme et 2000F pour la femme. Avec pour bénéfice, dès que survient le décès, le versement d’une prime de 150 000F pour l’homme et 120 000F pour la femme.

A Bonoua, tous ou presque tous se soumettent scrupuleusement au paiement de ladite cotisation communautaire. Au nombre des innovations, on note le temps de conservation des corps, l’organisation des obsèques. L’exposition du corps ou sa manipulation ont été revues et corrigées. De trois mois par le passé, les funérailles ne durent qu’au plus quatre jours à présent .L’assistance financière pour un Abouré à la personne éplorée au cours des funérailles ne doit pas dépasser la somme de 500F.

En dehors de certaines autorités politiques, telles le maire, le député ou le président du conseil général d’alors. Quiconque outrepasse ces dispositions en présence des gardiens de la tradition (les M’mans), est soumis à une forte amende. Quant à ceux qui de leur vivant se sont illustrés par leur insociabilité, en n’appartenant à aucune génération ou classe d’âge, ils sont traités selon le statut réservé aux mauvais éléments de la société.

C’est-à-dire qu’ils ne bénéficient d’aucun égard dû aux « morts sociables ». Une fois mis en terre, le lendemain, les choses sont expédiées pour leur rendre la pareille de leur négligence et insouciance de leur vivant. Des changements et adaptations pour tenir compte de la modernité mais aussi des nouvelles contraintes sociales qui y sont rattachées, renseignent des sages.

GENERATIONS ET CLASSES D’AGE

« Ici à Bonoua, c’est par la mobilisation communautaire à travers les générations et classe d’âge que nous avons mis en place la quasi-totalité des infrastructures de base ».Les populations autochtones le rappellent à profusion et à maintes occasions. C’est de cette façon que l’ensemble des écoles primaires publiques de la ville, le lycée municipal, l’ancien collège d’enseignement général aujourd’hui lycée moderne, la sous-préfecture, la résidence du sous-préfet, la mairie pour ce qui est des ouvrages les plus connus, ont été construits.

Tout cela a été possible, rappelle M. Akoi, grâce à l’entente et à la cohésion que sous-tend l’organisation traditionnelle des Abouré Ehivè, bâti autour des générations et classes d’âge. Pour l’ensemble de ces œuvres, une fois que la décision est arrêtée par la communauté, la génération au pouvoir est chargée de la mise en œuvre du projet sur le terrain.

Ainsi on levait des cotisations au sein de ces groupements sociaux et l’argent collecté était effectivement affecté à la réalisation de l’ouvrage. Et au porte-parole des M’mans de confirmer et d’appuyer qu’aucun membre desdites classes d’âge ne peut y échapper.

Si l’on compte au bas mot, un millier de personnes par classe d’âge, on comprend aisément la force financière qu’une telle organisation représente. Puisqu’il convient de noter qu’au sein de la société Abouré Ehivè, existent trois générations, subdivisées en quatre classes d’âge.

Les générations, celles qui de façon cyclique (chaque 20 à 25 ans) exercent le pouvoir sont : les M’Ploussoué, les N’Nowé et les Noudjou. Au sein de chacune de ces générations cohabitent les classes d’âge : Attiblé, Bohule, Tchagba et Djamian.

C’est de cette manière, qu’à travers le temps, les générations, les unes après les autres ont laissé leur empreinte dans la vie socioculturelle et économique de Bonoua, par l’initiative, la réalisation et le suivi de certains projets d’envergure.

On notera par exemple, le complexe hôtelier N’Nowé, avec ses restaurants à la rue « Paris village » au quartier Koumasi, le Parc M’Ploussoué sous la houlette de feu J.B. Améthier au quartier Begnini…

Récemment, la discipline et la mobilisation communautaire des fils et filles du quartier Bronoukro a permis la construction de l’hôtel « Blanon » du nom originel de ce quartier-centre.

Au quartier Begnini, un autre projet de réalisation d’un complexe hôtelier  a été mis en veilleuse, le temps d’un réarmement moral et financier, informe le chef de ce quartier, M. Akoi Félix.

Si les choses ont marché jusqu’à une certaine époque comme sur des rails, il faut reconnaitre que l’élan solidaire d’antan semble avoir pris du plomb dans l’aile. Une cohésion quelque mise à mal par des considérations d’ordre politique, reconnaissent des fils de la localité.

La crise socio politique qui elle aussi a quelque peu érodé le pouvoir financier des uns et des autres expliquerait à un certain niveau, la tiédeur des réactions dans la mise en œuvre des projets communautaires. N’empêche, l’objectif d’entraide communautaire pour la réalisation des projets socio-économiques, reste le souci le mieux partagé par les fils et filles du terroir Abouré Ehivè.

LE METIER DE « POUSSE- POUSSE »

A Bonoua, le métier de charretier, communément appelé « pousse-pousse » ou « wotro », est depuis l’année 2001, l’affaire exclusive es jeunes de la localité. Jusqu’à cette date, il était comme partout ailleurs dans le pays, exercé majoritairement par les ressortissants maliens ou nigériens. Un incident entre un jeune natif de la ville et un de ces « pousseurs » malien fut à la base de la décision des jeunes de la localité de s’investir dans le secteur.

Tout a basculé un soir du mois de février 2001, suite à la bastonnade subie par le jeune Wognin, porteur au marché de Bonoua, de la part de jeunes maliens Wognin qui selon ses amis, serait décédé des suites des coups reçus.

Après l’expédition punitive organisée contre les coupables, interdiction leur fut faite d’exercer l’activité de « pousse pusse » dans la ville. En dépit des efforts déployés par les autorités administratives, municipales et coutumières en vue d’une solution consensuelle, les jeunes campèrent sur leur position.

A savoir que désormais, l’activité serait l’affaire des seuls fils du village. Depuis lors, de nombreux jeunes déscolarisés, à l’image de Kouamelan Albert, le président de l’association des charretiers, secteur du marché.

Lui et son vice-président, Wognin John vivent aujourd’hui exclusivement de la charrette. Le vice-président qui depuis une dizaine d’années exerce le métier, y tire l’essentiel de ses ressources financières pour s’occuper de sa femme et de ses huit enfants. Ceux exerçant dans le secteur de la gare routière, reconnaissent qu’avant, « les choses allaient bien ».

Avec des recettes qui oscillaient entre 5000F et 7000F par jour, nombreux sont ceux parmi eux qui ont réussi non seulement à se prendre en charge mais à se réaliser. Car comme l’atteste John, plusieurs d’entre ces pousseurs ont passé le permis, sont chauffeurs à leur propre compte ou conduisent des minicars ou des kia.

Mais aujourd’hui, les choses vont moins bien. Malgré tout, les charretiers réussissent à s’en tirer avec des gains journaliers de 2000F ou 3000F.

Parvenir à une meilleure organisation en vue de faire des investissements rentables pour le groupe est le souci premier de l’actuel bureau exécutif de l’association des charretiers du marché.

Les  « pousseurs » comptent par conséquent, se doter de textes fiables pour sortir de l’amateurisme et de l’informel dans lequel ils évoluent en ce moment. Une fois qu’ils y parviendront, ils comptent acheter des chaises et bâches pour la location et s’assurer une plus grande autonomie. Ils ont depuis, refermé le chapitre de la contestation et des représailles qui ont ouvert la voie  en ce mois de février 2001 à une profession jusque-là minimisée ou même dédaignée.

Arsène Kanga

Correspondant régional

 

 

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