Violences liées aux élections, les principales causes et solutions proposées

vendredi, 04 octobre 2019 11:00
Violences liées aux élections, les principales causes et solutions proposées Crédits: DR

En conformité avec le protocole additionnel de la CEDEAO sur la Démocratie et la bonne gouvernance (2001), toutes les accessions au pouvoir d’Etat dans la région CEDEAO se font par des élections démocratiques et selon les lois et textes des pays.

La Commission de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a, à travers sa Division d’Assistance Electorale (DAE) déployé de nombreux efforts pour s’assurer de l’inclusivité et de la crédibilité des processus électoraux dans la région. Les échéances électorales se tiennent désormais régulièrement et pour la plupart pacifiquement et librement. Néanmoins, divers actes de violences enregistrés ont dans certains cas jeté le doute sur la crédibilité des élections.

Ainsi, notre région a connu des moments de tristesses à la suite d’élections qui ont malheureusement été des occasions de troubles et de grandes violences. C’est notamment, le cas des élections de 2005 au Togo, de 2007 au Nigéria, de 2010 en Guinée et de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces pays-là et qui ont connu des fortunes diverses. Nous avons fraichement en mémoire les incidents qui ont marqué le processus électoral au Bénin en Avril 2019. Cette violence, connue aussi bien des populations, des acteurs politiques, des dirigeants que de la communauté internationale, prend ses racines dans divers paramètres historiques, politiques, et socio-économiques. Cerner ces paramètres, permettrait de mieux agir en amont et prévenir.

La violence électorale est une variante de la violence politique. Ainsi observée, la violence électorale peut avoir lieu pendant n’importe quelle étape du cycle électoral, et les élections, comme le démontre l’expérience de la région ouest africaine, ne sont pas la cause première de la violence. Les scrutins électoraux sont perçus comme un accélérateur du déclenchement de la violence, en particulier lorsqu’ils ne sont pas tenus de façon crédible et inclusive.

Il vous souviendra que la région organisera dans la période 2020-2021, une dizaine d’élection présidentielle notamment, au Togo, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Ghana, au Niger, au Benin, au Cabo Verde, et en Gambie. Le moment est donc propice pour trouver les voies et moyens en vue de prévenir et réduire les violences liées aux élections.

Origine et causes des violences

Entre autres causes majeurs et origine des violences électorales, l’expérience de la région a démontré qu’elles trouvent leurs sources dans :

- la propagation des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, mais surtout dans les lois électorales ambigües et qui prêtent à diverses interprétations ;

- les messages et propos incendiaires des leaders politiques et dans les discours de haines véhiculés lors des campagnes électorales par les leaders des partis politiques ;

- l’abus de pouvoir ; 

- le manque de confiance aux organes de gestion des élections ;

- les frustrations des populations qui ont été lésées au cours des processus d’enregistrement des électeurs ;

- le fichier électoral non consensuel et contesté ;

- le rejet sans justification légale de certaines candidatures de partis politiques ou indépendantes ;

- la monopolisation des media et autres biens d’état pour raison de campagnes ;

- le manque de consensus sur le mode de transmission des résultats ;

- le non-respect des délais légaux ou erreurs pendant la proclamation des résultats électoraux ;

Quelques solutions pour y remédier

Certes, il n’existe pas de théorie exacte, ni de potion miraculeuse, mais les efforts de responsabilisation de tous les acteurs doivent être engagés afin de réduire au maximum les violences liés aux élections. Ainsi, une sensibilisation et une éducation civique accrue et continue des citoyens par les organisations de la société civile, les Chefs traditionnels et religieux, s’imposent. Les organes et structures en charge des élections doivent effectivement communiquer sur toutes les étapes du processus et tenir les acteurs et les populations au même niveau d’information en initiant des campagnes d’information avec les radios communautaires et même en langues vernaculaires et nationales des populations cibles.

Par ailleurs, les Etats membres doivent s’efforcer à mettre tous les moyens nécessaires en œuvre, afin que les futures échéances électorales soient transparentes, inclusives et équitables. Si entre autres, le fichier électoral est consensuel et que les membres de l’administration électorale font l’unanimité des acteurs, évidemment les résultats des élections seront acceptés et moins il y aura de contestation.

Barou Luther Y. Youkou
Chargé de Programme, Operations
Direction Affaires Politiques
Commission CEDEAO.