Un accident : C’est toujours la volonté de Dieu !

dimanche, 27 août 2017 20:36
Un accident : C’est toujours la volonté de Dieu ! Un accident : C’est toujours la volonté de Dieu ! Crédits: DR

À chaque fois qu’un drame survient chez nous, on s’en émeut, on s’indigne et on passe la bande rayée : «plus jamais ça ! ».

Ceux qui ont toujours la foi s’en remettent au ciel. Les plus fervents diront que c’est la volonté de Dieu et les plus inspirés chanteront même que tout ce que Dieu fait est bon. Amen !

Sauf que deux jours après, ce qu’on avait déploré revient au galop avec parfois plus de dommages, plus de dégâts, plus de morts. Mais ne vous inquiétez pas, c’est encore la volonté de Dieu. L’homme n’a rien à voir là-dedans. Nous ne sommes que des marionnettes manipulées par un joueur plus fort que nous. C’est Dieu qui est fort ! C’est Dieu qui fait tout, en bien et en mal. C’est lui le coupable ! Il est l’artisan de nos bonheurs et l’auteur de nos malheurs. Nous n’avons rien d’autre à faire.

Nous devons juste croiser les bras et accepter les choses telles qu’elles nous arrivent. Les victimes ne sont que de malheureux pions d’un puzzle inextricable. Ce ne sont que de pauvres sacrifices du hasard. Elles n’avaient autre choix que de mourir. C’était leur destin ! Patati, patata !

Entre nous, quand un camion poids lourd sans frein percute et écrase des citoyens aux feux tricolores, est-ce la faute du chauffard ou de Dieu ? Quand un gros camion circule aux heures de pointe à une vitesse de rallye en se permettant de faire des dépassements, est-il mû par Dieu ou par son imprudence personnelle ?

Quand un cycliste brûle le feu rouge et se fait écraser au tournant, est-ce sa faute ou la volonté de Dieu ? Et cet automobiliste qui parlote au téléphone et au volant jusqu’à commettre l’irréparable, est-il responsable ou est-ce Dieu le coupable? Il y a trop de questions existentielles qui taquinent peut-être le ciel. Il y a trop d’interrogations qui mettent à nu notre mentalité de fataliste récidiviste.

Alors, à quoi ça sert de crier que plus rien ne sera comme avant ?

À quoi bon se battre encore si le destin nous attend au prochain feu ? À quoi ça sert de prendre des mesures, puisque rien n’est sûr ? « De 2011 à 2015, le Burkina Faso a enregistré; 86 815 accidents de circulation dont 4986 tués et 73 906 blessés ». Non, la route ne tue pas ; ce sont des hommes qui tuent d’autres hommes par négligence, par insouciance. La route n’a rien à voir avec nos inconsciences collectives et nos ignorances profondes.

Quand un gros camion qui devait circuler à une heure précise de la journée se pavane sur nos chaussées à une vitesse effarante, à qui la faute ? Quand un gros bolide écrase des usagers à un feu tricolore, parce que sans frein, est-ce un accident ou un attentat ? À tous ceux qui remettent tout dans les mains de Dieu, pensez de temps en temps à votre propre sécurité.

Parce que si Dieu lui-même s’hasardait dans nos rues, il n’en sortirait pas indemne. À Ouagadougou, on peut bien rouler à droite et passer l’arme à gauche. Il ne suffit pas d’aller lentement pour arriver à temps. Il ne suffit même plus de respecter les feux tricolores pour être un bon citoyen vivant.

À Ouagadougou, il n’y a simplement pas de règle, parce que ceux qui doivent faire respecter les règles n’existent que de nom. À Ouagadougou, en circulation, tout peut vous arriver à tout moment et personne ne dira rien, ne fera rien. Quand le malheur frappera, ils se bousculeront sur les lieux du drame, les yeux barricadés de verres noirs, la mine serrée à la vis, la gorge nouée ; ils présenteront les condoléances de la nation ; tu peux même avoir droit à un drapeau neuf sur ton corps ; ils déploreront le malheur qui t’a emporté ; certains joueront au crocodile en versant de fines larmes de charme ; l’autorité tapera même du poing sur la table, mais le poing sera toujours mal formé. En fait, le poing n’est en réalité; qu’une boule d’argile sans consistance.

En attendant la volonté de Dieu au prochain feu, retiens que la volonté politique a disparu de la circulation. Elle s’est faite écraser depuis que le pouvoir vagabonde dans la rue. Que la volonté de Dieu soit faite, mais de grâce, pas à un feu !.

PAR CLEMENT ZONGO

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