• Accueil
  • Focus
  • Débats & Opinions
  • Plaidoyer pour la création d’une Chambre des Guides Religieux et des Leaders Spirituels de Côte d’Ivoire à Yamoussoukro

Plaidoyer pour la création d’une Chambre des Guides Religieux et des Leaders Spirituels de Côte d’Ivoire à Yamoussoukro

vendredi, 04 octobre 2019 11:50
Le Professeur Amoa Urbain Le Professeur Amoa Urbain

La gestion de la Cité passe nécessairement par le respect de forces majeures. Nombre d’études des organisations socio-politiques permettent d’affirmer que le spirituel précède le réel et en ponctue les cycles et les évènements.

Ces types de force qui, dans la pratique de la race humaine finissent presque toujours par se soumettre à la force politique sont :


  • les forces spirituelles (les religions dont les religions endogènes) ;
  • les forces militaires (les forces armées) ;
  • les forces civiles (le peuple et les organisations de la société civile) ;
  • les forces politiques (les partis et leaders politiques).


L’expérience des peuples laisse apparaître que là où, au-delà du religieux, le spirituel n’a pu conquérir l’âme des gouvernants parce qu’alors se sera manifestée une logique de manque de repères, ces gouvernants auront fait subir au peuple la colère des dieux et bien évidemment l’abandon du gouvernail par ceux-ci avec de sévères manifestations de forces cosmiques ou mystiques dont les mouvements populaires ou la fuite des gouvernants. Et là, interviennent parfois sans succès immédiat, les forces spirituelles sous les menaces et expressions violentes des forces militaires ou forces armées. Et là aussi, sous la dictée des forces politiques ou plus spécifiquement la force politique dominante ou au pouvoir, s’installe un autoritarisme faisant fi de toute logique de bonne gouvernance. Le ras-le-bol aussi puis la déchéance et une longue descente aux enfers quel que soit l’espace où l’on se cache aux quatre points cardinaux de ce nouveau monde devenu un village.

Faut-il alors ne retenir qu’un Etat de droit se définit essentiellement comme un Etat où seuls les principes et actes juridiques structurent, animent ou rythment la vie des peuples ? Et si l’on ne devait se limiter qu’à cette lecture des codes juridiques, encore eût-il fallu qu’on les observât scrupuleusement, pourrait-on omettre d’admettre que la puissance juridique que portent, supportent et défendent les juridictions anciennes et modernes s’éloignent fondamentalement de ce que je pourrais ici appeler ci « puissance existentielle normative ? ». Bien évidemment, ce disant, je rappelle ce courant littéraire appelé « existentialisme » dont l’un des principes consiste à postuler que ‘’j’existe et je donne un sens à ma vie’’, tout en pensant implicitement que ‘’si j’existe’’ pour dire « si je vis ‘’, c’est qu’une force existe elle-même qui me fait exister et qu’en conséquence, je dois exister pour faire exister ou plus encore pour mieux faire exister ce qui existe en œuvrant sans cesse à son bien-être et à son « être bien », l’être bien ici, pouvant être compris comme « être bien - en soi ». C’est sans doute, ici, que prennent naissance les puissances éthiques et esthétiques des grands commandements  des livres saints. C’est sans doute aussi, ici, que prend naissance la norme (approche normative). Et s’il est vrai que la norme est un ensemble de règles et de prescriptions susceptibles de favoriser et de faciliter la naissance et la vie de « l’être bien » ou de « l’être – heureux », alors il paraît, de toute évidence que si l ’ « être – bien » se soustrait et est soustrait de toute vie jouissant d’un « bien-être », c’est sans doute que le veilleur des conditions de bien-être, de préférence pour tous , s’est lui-même soustrait des valeurs de l’ « Etre-bien » pour tous, et alors les forces spirituelles et cosmiques manifestent leur colère qui, elle-même pourrait actionner les forces militaires non plus dans une dynamique de maintien de la paix mais plutôt sous la poussée de la violence, une violence ne pouvant alors s’exercer que sur les forces les plus faibles parce que quelquefois, elles-mêmes, un peu trop naïves, afin de percer le mystère des avatars et du sacré de l’univers visible symbolisé par les forces politiques et de l’univers invisible de l’expression de la mystique des forces cosmiques.

Or, de siècle en siècle, les forces politiques se sont donné les moyens de se mettre en place et d’agir sur les forces civiles et ce, de façon déguisée par des appareils appelés institutions de la République. Au fil du temps, la quête de la perfection a permis aux gouvernants d’admettre que gouverner, c’est accepter que d’autres institutions soient créées afin de faciliter la gestion des biens et des personnes ou de manipuler des appareils et des mécanismes en principe destinés à contribuer efficacement au maintien de la paix et à la création de richesses, par un jeu savant de mise en œuvre des projets et programmes de développement humain. Or dans l’humain, en toute circonstance, se mettent en branle trois dimensions : le bestial de l’humain (et non l’animal de l’humain) qui conduit à privilégier la violence qui réside en soi, l’humain de l’humain dont le champ de prédilection  est l’amour et l’expression de l’amour de soi pour soi-même et pour l’autre ; enfin le divin de l’humain qui postulerait que la personne humaine cultive en soi des valeurs et des richesses supérieures à celles de l’être humain ordinaire, le poussant ainsi à s’élever de façon constante et permanente à la puissance divine. Dès lors, cet être humain ‘’strictement’’ soumis à la norme des livres saints ne peut tendre que vers un idéal de vie et de bien-être pour soi, pour la communauté et pour la société dite civile. 

Ce voyage au cœur du pays des idées m’aura permis de comprendre et d’apprécier le caractère inachevé des études et réflexions qui auront contribué à enrichir l’univers des institutions de la République avec la création de la Chambre des Rois et Chefs traditionnels. J’y ai cru et j’y crois encore même si mon rêve pour la création de cette Chambre est loin d’être la réalité servie au peuple de Côte d’Ivoire. A chacun sa mission et c’est pourquoi au cœur de mille discours encore cacophoniques, reflets d’une arrogance de camouflage d’incompétences réelles, de méconnaissance des valeurs de l’âme du pays ou de mensonges étouffés, il me paraît utile d’interroger à nouveau nos consciences sur l’intérêt d’enrichir notre constitution d’une autre institution d’arbitrage ou de régulation, elle’ même originellement appelée à se soumettre, par sa diversité et sa puissance spirituelle au respect des règles de la laïcité de l’Etat. Ce pourrait être, à l’instar de la Chambre des Rois et des Chefs traditionnels, un Temple ou un Sanctuaire de dialogue inter-religieux appelé « Chambre des Guides et leaders religieux ». Des travaux en cours au sein de l’Université Charles – Louis de …Montesquieu sur la « Chaire Afrique – Diaspora pour la diplomatie coutumière africaine, le dialogue inter-religieux et la Paix » permettront de fournir, encore une fois, et ce à partir des résultats et fruits des travaux des guides et savants religieux eux-mêmes, un contenu qui pourrait, en ces temps de violences multiformes, prévenir d’éventuels conflits en gestation dans les cœurs, dans les esprits et sur les langues depuis quelques années, et plus encore, depuis quelques mois. Puissent nos gouvernants toujours se souvenir que nul n’a définitivement le monopole de la violence : d’où cette invite à une sollicitation institutionnelle avec la création d’une ‘’Chambre des Guides Spirituels et des Leaders religieux’’ en guise d’institution de prévention des conflits.

Puisse chaque citoyen s’interroger sur l’idée de la création cette Chambre des Guides Spirituels et des leaders religieux, comme espace d’apaisement, de maintien et de consolidation de la paix pour un développement, une production et un partage des richesses toujours plus humain car si le spirituel précède le réel, il faut savoir offrir aux forces spirituelles les moyens officiels d’Etat pour leur permettre en toute liberté, et de façon collégiale et concertée (du principe d’une quête permanente du consensus) de participer encore plus à une quête soignée d’un bien-être en partage pour les peuples.

Puisse chaque citoyen contribuer, avec hauteur, dignité et humilité à enrichir cet autre débat sur la puissance des organes et des mécanismes de régulation et de consolidation de l’équilibre et du partage des richesses d’une Nation qui, en toute circonstance, doit s’obliger à demeurer une, disciplinée, riche et indivisible pour un bien-être en partage !

Puisse le Temple (ou le sanctuaire) des Guides religieux et des leaders spirituels, être un cadre officiel permanant de dialogue inter-religieux  et de lutte contre tout excès dans la gestion de la vie des peuples et de la Nation. Puisse- t-il être un haut lieu de célébration de la théorie des cinq vérités que sont la vérité divine, la vérité historique, la vérité scientifique, la vérité intérieure et la vérité consensuelle, quelle que soit la force des canons et des baïonnettes des pouvoirs politiques dominants ou au pouvoir.

Puisse ce plaidoyer n’être reçu que comme une invite à la réflexion sur les piliers de consolidation de la vie d’une Côte d’Ivoire, ce pays où, de plus en plus, les jeunes cherchent et cherchent encore et partout des repères de qualité, de bonne qualité, pour eux-mêmes et pour demain à travers les tenants du pouvoir  et les citoyen(nes). 

Fait à Abidjan, le 03 octobre 2019

Urbain AMOA

Université Charles-Louis de … Montesquieu