Orpaillage clandestin : Il faut de la fermeté

Orpaillage clandestin : Il faut de la fermeté

dimanche, 20 août 2017 23:16

L’or est un métal précieux, inoxydable et inaltérable. De tout temps il est utilisé comme monnaie de référence, de réserve, symbole de richesse. Chez les Akans, en Côte d’Ivoire et tout particulièrement chez les Baoulé, c’est un signe de richesse et de noblesse, un objet de parure, de legs permettant au chef de famille d’asseoir son autorité.

Il n’est ni vendu, ni cédé, il peut servir de gage. L’or est très prisé chez les Baoulés, le peuplement de la région du Bélier actuel est dû en partie par la ruée vers l’or au XVIIe et XVIIIe siècle par ce peuple. C’est une partie de notre histoire.

Aujourd’hui des gisements en exploitation industrielle existent à Sanwi-Asupiri, Anuiri, Hiré, Kokumbo, Bonikro, Yaouré, Korhogo et Ity. Que constate-t-on ?

Notre difficulté à contrôler les mouvements migratoires suscite une frénésie de certaines populations vers les zones aurifères officielles ou non créant du souci aux habitants de ces zones à cause de l’orpaillage clandestin. Occupation illicite des terres, destruction des plantations, peuplement anarchique de ces zones, destruction des massifs forestiers, des savanes arborées, rejet par les autochtones d’une population envahissante, insalubrité, insécurité ; bref, création d’un environnement insupportable.

Le paysan se dit que si l’étranger creuse et s’enrichit, pourquoi pas lui ; il délaisse houes et machettes au profit des seaux, pelles et des brouettes. Dans la région de Djékanou, on met en métayage sa plantation de cacaoyer et de caféier pour un hypothétique gain, on se fait gruger où après le passage du puisatier, plus de pieds de cacao ; le clandestin au péril de sa vie et des autres, creuse, fouille espérant trouver le trésor caché qu’il pourra découvrir grâce à la magie d’un marabout ou autres ensorceleurs.

Ce qui est navrant c’est la cupidité de certains cadres et hommes politiques avides de gains faciles qui permettent que les vergers fassent place aux gros trous béants. La plupart des clandestins sont des sous-traitants ou des ouvriers agricoles qu’on fait venir des pays voisins ; mal nourris et mal logés, la nuit tombée, ceux-ci viennent opérer.

Comme titrait le reportage de Fraternité Matin, « On va au champ pour extraire de l’or ». Et c’est bien vrai que « l’orpaillage clandestin a pris une telle proportion que l’on est souvent amené à croire que l’exploitation de l’or est à la limite illégale et interdite. Et pourtant, il existe une activité bien régulière et rémunératrice. »

Peut-on dire que cette activité est vraiment pourvoyeuse de revenus quand on évalue les dégâts environnementaux et économiques que cause l’orpaillage clandestin ? Voilà comment vient la famine : on va extraire de l’or à la place de l’igname ou du manioc pour un gain incertain où l’orpailleur clandestin, dans 99% des forages, ne trouve aucune pépite.

Les terres arables rejetées laissent place au granit et à l’argile.

Il serait bon que le ministère des Mines et celui de la Sécurité ne baissent pas la garde pour ce qui concerne le déguerpissement des sites non reconnus pour l’orpaillage. Si ces gens ont quitté leur région ou leur pays natal pour opérer ainsi, ils ne partiront pas au premier coup de sifflet, une surveillance et un contrôle permanents empêcheront l’installation durable et définitive des clandestins. Et pourquoi ne pas les recenser, organiser, encadrer afin qu’ils se regroupent en coopérative ?

Prenons garde à ce qu’après le laxisme dans la gestion du patrimoine forestier, on en arrive au pillage de notre sous-sol. On voit ce que l’exploitation clandestine des minerais au Mali, en République démocratique du Congo, en Guinée, etc., a fait comme dégâts dans ces pays. Les clandestins sont parfois liés aux narcotrafiquants et autres organisations criminelles.

N’GORAN BROU

(*) CADRE COMPTABLE

ET FINANCIER A LA RETRAITE

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