L’homme noir est-il naturellement indiscipliné ?

vendredi, 14 février 2014 09:20

Ce phénomène est beaucoup plus observé dans les zones urbaines. En zone rurale, de manière générale, l’organisation de la société est telle que pratiquement toutes les familles se connaissent.

L’homme noir est-il naturellement indiscipliné ?

Quand on a eu la chance de voyager un peu partout dans le monde, et notamment dans les pays dits développés, on ne peut s’empêcher de constater avec tristesse que les lieux où le désordre et l’indiscipline sont les plus criants, sont habités majoritairement par des hommes et des femmes de peau noire. Les tenants des thèses « négrophobes » en déduiraient que l’indiscipline et le chaos sont foncièrement inscrits dans les gênes du Noir, quel que soit le pays ou le continent où il réside.

Le respect de l’autorité dans les zones rurales

Ce phénomène est beaucoup plus observé dans les zones urbaines. En zone rurale, de manière générale, l’organisation de la société est telle que pratiquement toutes les familles se connaissent. Il existe aussi un véritable respect envers les diverses autorités coutumières et administratives. Ce respect de l’autorité est en grande partie dû à la proximité des populations avec leurs chefs.

Le chef du village ou de la gendarmerie, les chefs religieux, le sous-préfet, ou le maire peuvent interpeller ou convoquer directement un indiscipliné ou semeur de troubles dont ils connaissent la famille. Même s’il existe du désordre dans nos zones rurales à cause de notre indiscipline naturelle, il reste relativement gérable. Tout le monde se connaît, se parle facilement et est moins soumis à la pression permanente des zones urbaines.

La proximité avec ces différentes autorités engendre de fait des limites morales et comportementales qui régulent et organisent les rapports humains et dans la société. Les interdits moraux, religieux, éducatifs et juridiques semblent plus intégrés, respectés et mis en application, comparativement aux grandes villes.


En ville, tout semble permis avec des limites extensibles

Dans les grandes ou moyennes villes africaines, l’organisation de la société, à l’occidentale, favorise divers phénomènes qui contribuent au désordre et à l’indiscipline. D’abord, la surpopulation crée un effet d’étouffement, de cafouillage et de non organisation de manière générale. Ensuite, elle produit des pauvres, des exclus et des inadaptés sociaux. Le phénomène le plus marquant dans l’indiscipline et le désordre observés est inévitablement l’absence ou la perte des repères moraux, religieux, civiques ou juridiques qui semblent encore structurer le psychisme et le comportement des individus en zone rurale. En ville, tout semble permis avec des limites extensibles.

L’autorité semble tellement lointaine et inaccessible qu’elle devient virtuelle. On fait ce qu’on veut parce qu’il n’y a pas de repère ou identifiant moral pour poser des limites de manière à structurer les faits et gestes dans la société. L’autre phénomène majeur qui contribue fortement à créer et amplifier l’indiscipline et le désordre dans la ville, c’est la généralisation de la corruption à tous les niveaux de la société. Sachant que nombre d’autoritéscensées mettre des limites au désordre et à l’indiscipline sont souvent corrompues, on voit très mal comment elles peuvent imposer le respect aux indisciplinés et faire appliquer la loi. A Abidjan par exemple, lorsque les autorités éloignentde manière spectaculaire les vendeurs ambulants des rues, détruisent les bars, maquis et autres boutiques hors-la-loi, cela fait rire tout le monde, y compris les déguerpis eux-mêmes. Comme ils le disent, « On se connaît. Dans quelques temps, on reviendra faire nos affaires ici même et puis il n’y aura rien ».


Les agents de l’État corrompus

Dans ces villes africaines tentaculaires à l’urbanisation anarchique et à l’organisation désordonnée, il y a très peu de proximité avec les autorités qui peuvent peut-être être des repères. Les agents de l’Etat qui sont en contact avec les populations sont tellement corrompus qu’ils en deviennent eux-mêmes des menaces pour la société. Tout ceci enferme l’homme noir dans une dynamique systémique engendrée par les lacunes, incompétences ou corruption des acteurs référents de la société.

Comment se construire dans un environnement sans autorité référentielle ? Sans organisation structurée ? Sans mise en application et respect des lois, pourtant existantes ? Partout dans le monde, où les Noirs vivent dans la pauvreté, livrés à eux-mêmes, sans la protection et l’encadrement d’autorités de référence, ils se construisent dans le désordre, l’indiscipline et dans la défiance à la loi. La loi devient une notion complètement étrangère à leur système de pensée et de vie. Dans le Bronx, à Château Rouge, Matonge, Kingston, Pretoria, Lagos ou Abidjan, on retrouve les mêmes comportements chez nos frères noirs, prisonniers de leur indiscipline et de leur opposition aux normes de la société. A qui la faute ?

Par MACAIRE DAGRY

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