L’employabilité en question : la capacité des demandeurs d’emplois à faire valoir leurs compétences sur le marché du travail
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L’employabilité en question : la capacité des demandeurs d’emplois à faire valoir leurs compétences sur le marché du travail

dimanche, 29 avril 2018 22:17
L’employabilité en question : la capacité des demandeurs d’emplois à faire valoir leurs compétences sur le marché du travail Crédits: DR

Aujourd’hui, la difficulté à trouver un emploi est devenue un défi majeur pour les jeunes. Selon l’Organisation internationale du travail (Oit), les jeunes courent trois fois plus de risque de faire l’expérience du chômage et du sous-emploi. A ce propos, l’Oit ajoute que près de 73 millions de jeunes sont à la recherche d’un travail tandis que 73,4 millions d’entre eux, soit 12,6%, devraient se retrouver sans travail en 2013, soit une hausse de 3,5 millions entre 2007 et 2013.

Il est évident que le problème du chômage touche tous les jeunes du monde, et que les statistiques sur le nombre de jeunes qui ne travaillent pas abondent. Toutefois, il est un aspect, et non des moindres, de ce phénomène que l’on aborde le moins, leur capacité à faire valoir leurs compétences sur le marché du travail, c’est-à-dire leur employabilité. Qu’est-ce que l’employabilité ?

Selon l’Oit, l'employabilité est définie comme « l'aptitude …à trouver et conserver un emploi, à progresser au travail et à s'adapter au changement tout au long de la vie professionnelle ». Rapportée au chômage des jeunes diplômés, quelles sont les implications de cette définition pour les jeunes diplômés ? La question est pertinente, en ce sens que vu le taux de chômage particulièrement élevé des jeunes diplômés, ceux qu’il est désormais convenu d’appeler les « diplômés chômeurs », l’idée  qu’il ne suffit plus  d’avoir un diplôme pour obtenir un emploi est devenue un lieu commun.

Une des raisons généralement évoquées qui rendent la transition entre l’école et la formation difficile, en effet, c’est l’absence de mécanismes et d’outils d’anticipation en besoins de compétences pour ajuster l’offre de formation à la demande d’emploi.

En fait, l’employabilité se mesure au comportement du marché du travail. Un marché de l’emploi devenu de plus en plus concurrentiel exige plus de compétences (techniques et non techniques) et d’expériences professionnelles, en vue de se préparer à ce que Boltanski et Chiappelo ont si bien qualifié, « cette adaptabilité et cette polyvalence qui rendent [l'individu] employable, c'est-à-dire, dans l'univers de l'entreprise, à même de s'insérer dans un nouveau projet ».

Au regard de ce qui précède, si être employable, c’est avoir à la fois les compétences et les qualités nécessaires pour être compétitif sur le marché de l’emploi, alors, naturellement une autre interrogation s’impose : le contenu de la formation  enseigné aux futurs diplômés est-il suffisamment pertinent pour leur permettre de faire face à cette « grandeur spécifique de la cité des projets » selon l’expression de Boltanski et Chiappelo?.

Néanmoins, l’employabilité est un concept plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord, car si l’on se contente des diverses définitions qui ne prennent en considération que les contraintes liées à la demande d’emploi, celles qui concernent l’offre d’emploi, généralement associées aux conditions générales de l’économie et des imperfections de l’embauche, sont souvent occultées.

Il apparaît, alors, que l’employabilité possède dix composantes essentielles qui sont les aptitudes à communiquer efficacement, le travail d’équipe, la capacité à manier et interpréter des données chiffrées, l’organisation et la gestion efficace du temps, y compris l’identification et l’établissement de priorités, la capacité à résoudre des problèmes pratiques, la flexibilité et l’adaptabilité, la planification de l’action, la conscience de soi, la confiance en soi et l’esprit d’initiative.

A ces dix composantes, il faut ajouter deux dimensions: la dimension interne et la dimension externe. Les éléments constitutifs de la dimension interne du concept sont, d’une part, les préalables généraux à la recherche et l’obtention d’un emploi, comme la rédaction efficace d’un curriculum vitae, d’une lettre de motivation et la préparation à l’entretien d’embauche. D’autre part, les préalables spécifiques, comme les habiletés de recherche d’emploi et l’adaptation à l’environnement du travail. Quant à sa dimension externe, elle porte sur les conditions macroéconomiques, susceptibles de jouer sur les conditions d’embauche des diplômés, et les discriminations diverses qui constituent autant de freins à l’emploi.

En somme, l’employabilité est un concept qu’il faut appréhender sous une double facette, celle liée au contenu des curricula, qui peut ne pas être adapté au sens large, et les circonstances économiques ambiantes ainsi que le traitement moins favorable exercé à l’encontre de certains demandeurs d’emploi.

 OUSSOU KOUAME REMI

PhD et MA

ENSEIGNANT-CHERCHEUR A L'UNIVERSITE ALASSANE OUATTARA DE BOUAKE

DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE

 

 

  1. OIT, Rapport de la Commission de mise en valeur des ressources humaines, 88e session, Genève, 30 mai-15 juin 2000.

[2] Francesca Rosso, Etude sur l’emploi et l’employabilité au Maroc, Fondation européenne pour la formation, juillet 2012.

[3] Luc BOLTANSKI et Eve CHIAPELLO, Le nouvel esprit du capitalisme. Gallimard, 1999.

[4] Luc BOLTANSKI et Eve CHIAPPELO, ibid. p. 1.

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