JÉRUSALEM, LE RUBICON À NE POINT FRANCHIR ?

JÉRUSALEM, LE RUBICON À NE POINT FRANCHIR ?

lundi, 31 juillet 2017 15:24
JÉRUSALEM, LE RUBICON À NE POINT FRANCHIR ? JÉRUSALEM, LE RUBICON À NE POINT FRANCHIR ? Crédits: DR

Le 14 juillet, deux policiers israéliens sont tués par trois Arabes israéliens dans la vieille ville de Jérusalem, avant d’être pourchassés et abattus sur l’Esplanade des mosquées.

Pour le gouvernement israélien (GI), les armes utilisées avaient été cachées sur l’esplanade. Du coup, il prend la décision inédite de fermer pendant deux jours, l’accès à l’Esplanade des mosquées, le troisième lieu saint de l’islam.

Cette décision suscite la colère des Palestiniens et de la Jordanie, gardienne des lieux saints de Jérusalem. Volte-face du côté israélien, le 15 juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu décide de faire installer des détecteurs de métaux aux entrées de ce site et en annonce la réouverture pour le lendemain. Le 16 juillet, l’Esplanade des mosquées rouvre au public, mais les fidèles musulmans refusent d’y entrer en raison de ces nouvelles mesures de sécurité. En signe de protestation, des centaines de personnes effectuent leurs prières à l’extérieur du site.

À la suite de ces tensions et face à la détermination de la rue, le Président palestinien Mahmoud Abbas annonce dès le vendredi 21 juillet le gel des contacts avec Israël. Il déclare : «ils (les Israéliens) seront les grands perdants, car nous jouons un rôle important pour assurer notre sécurité et la leur. Si Israël souhaite la reprise de la coordination sécuritaire, il doit revenir sur ses décisions». Au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe accuse Israël de «jouer avec le feu» et dénonce «l’aventurisme» de son gouvernement qui veut provoquer une grave crise avec le monde arabe et musulman ».

Pour sa part, le Président turc Recep Tayyip Erdogan proclame le dimanche 23 juillet que «personne ne pouvait attendre du monde musulman qu’il ne réagisse pas face aux restrictions imposées au Noble sanctuaire (l’Esplanade des Mosquées), et aux offenses faites à l’honneur des musulmans». Pendant que le pape François déclarait à Rome : «je suis avec une vive inquiétude les graves tensions», en appelant en même temps à la «modération et au dialogue». Au bout de deux semaines de violences qui ont fait plus d’une dizaine de morts, Israël décide de démonter les portiques et les caméras installés. Pourquoi, la question autour de Jérusalem cristallise tant de passion ? Retour sur la symbolique de la ville sainte de Jérusalem.  

Pour les juifs, Jérusalem est la capitale du roi David, où son fils Salomon avait élevé un temple à Dieu. Le plus important vestige de ce temple détruit par les Babyloniens puis les Romains est le Mur occidental (Mur des lamentations), qui soutenait l’esplanade où se situait l’édifice. Aujourd’hui propriété de l’État d’Israël, c’est un lieu de prière pour les juifs du monde entier, géré par la Fondation du patrimoine du Mur occidental. Le décret de 1967 par lequel le ministre israélien de la Défense Moshe Dayan en transfère la gestion aux musulmans en interdit d’ailleurs l’accès aux juifs. Car selon le Grand Rabbinat d’Israël, marcher sur ce lieu serait sacrilège pour un juif. Ce qui fonde l’interdiction de pénétrer sur l’esplanade pour tout juif.

Pour les musulmans, le mont du Temple est d’abord l’Esplanade des mosquées où s’élève le Dôme du Rocher, bâti à l’emplacement d’où, selon la tradition musulmane le prophète Mohammed amorça son ascension astrale pour sa rencontre avec Dieu. La sourate 17 du Coran rappelle ce voyage nocturne de La Mecque à la « mosquée la plus éloignée » (« al-Aqsa »), identifiée par la tradition musulmane avec Jérusalem. La mosquée Al-Aqsa se situe aujourd’hui au sud de l’esplanade gérée par une fondation musulmane (Waqf) contrôlée par la Jordanie.

Pour les chrétiens, Jérusalem est le lieu où Jésus a pris son dernier repas, a veillé dans le jardin des Oliviers, a été crucifié sur le Golgotha puis enterré avant d’apparaître à ses disciples. Il compte une multitude de lieux saints protégés par des communautés religieuses. Les deux principaux sont la basilique de la Nativité, située dans la ville toute proche de Bethléem, en Cisjordanie, et le Saint-Sépulcre, dans le quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem.

À l’analyse de ces derniers incidents, on note la confirmation d’une tendance à l’affaiblissement de la force de coercition légendaire d’Israël. En effet, des années en arrière, Israël n’aurait pas reculé d’un iota. Cette réalité nouvelle, s’explique premièrement, par le fait que les rapports de forces ont changé dans la sous-région, voire dans le monde. Par exemple, la Turquie est devenue une puissance régionale très influente dont la voix porte et compte.

Deuxièmement, ayant pendant longtemps donné l’impression d’avoir été assommée par la défaite arabe, lors de la guerre des Six jours, la rue arabe semble reprendre du poil de la bête. La résistance du Hezbollah au Liban et celle du Hamas ont dû convaincre qu’Israël n’était pas qu’invincible. Troisièmement, il y a l’impact considérable de nouveaux médias, en particulier Al Jazeera, dont le traitement de l’information moyen-orientale tranche nettement avec ceux des médias occidentaux, qui en ont jusqu’ici eu l’exclusivité. D’ailleurs, au mépris de la liberté de la presse, le GI a menacé d’expulser Al Jazeera parce qu’« ayant contribué à attiser la violence durant cette crise ».

Quatrièmement, à travers cette fermeté affichée par les entités palestiniennes (la rue, le Clergé, l’Autorité palestinienne et les partis d’opposition) soutenue par le monde musulman, dont la colère était à peine contenue, le GI a vite compris qu’il venait de franchir là, le Rubicon à ne point effleurer. Au fond, cette stratégie d’installation des portiques métalliques et de caméras est interprétée par le monde musulman comme une nouvelle étape de la volonté israélienne d’annexion de l’Esplanade des mosquées. Une offense qui risquait d’occasionner des conséquences incalculables. Pour une fois, le GI a su vite reconnaitre qu’il y a une ligne rouge à ne pas transgresser.  

NURUDINE OYEWOLE

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Expert-consultant en communication     

 

 

 

À l’analyse de ces derniers incidents, on note la confirmation d’une tendance à l’affaiblissement de la force de coercition légendaire d’Israël. En effet, des années en arrière, Israël n’aurait pas reculé d’un iota. Cette réalité nouvelle, s’explique premièrement, par le fait que les rapports de forces ont changé dans la sous-région, voire dans le monde.

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