Investissement étranger et investissement national

mercredi, 17 avril 2019 19:10
Investissement étranger et investissement national Crédits: DR

Dans plusieurs pays du monde, et surtout en Afrique, le sentiment est que l’investissement a une seule empreinte: celle de l’investissement étranger.

En effet, tant au plan local que national, toutes les politiques développées pour faire face au besoin d’investissement visent ce type d’investissement. Pourtant, le déficit d’investissement dans nos pays demeure et persiste. Ce qui témoigne que ce type d’investissement n’est pas la panacée.

Or, celui-ci est considéré comme la solution ultime pour ces pays dépendants. Ainsi, lorsque ce type d’investissement est en crise pour des raisons structurelles ou conjoncturelles, exogènes ou endogènes, ces pays sont totalement bloqués, leurs besoins d’investissement sont dans la tourmente. Ce qui pourrait expliquer le retard d’industrialisation qu’ils accusent et donc le manque de dynamisme et de performance de leur économie.

Avec ces pays, tout porte à croire que l’investissement étranger serait la seule alternative pour régler la problématique d’investissement qui mine nos différentes sociétés. Dès lors, on pourrait se poser les questions suivantes : l’investissement a-t-il une seule empreinte ? Son efficacité ne dépendrait-elle pas d’une empreinte endogène et exogène ? N’existe-t-il pas d’autre alternative pour mieux fortifier son dynamisme et sa performance ?

En réalité, pour la vitalité de l’investissement dans toute société, il faut privilégier deux tendances : l’investissement endogène et l’investissement exogène. L’investissement exogène incarne l’investissement étranger et l’investissement endogène, l’investissement national. En effet, pour la mutualisation, la consolidation, la résilience et l’efficacité de l’investissement, ces deux types d’investissement doivent inéluctablement être pris en considération. L’un ne doit être privilégié au détriment de l’autre, puisque chacun a ses particularités – forces et faiblesses – fortifiant leur complémentarité pour le succès de l’investissement.

Bien entendu, avec l’investissement étranger, le pays pourrait mobiliser de grands moyens financiers qu’il n’aurait pu mobiliser au plan local. En effet, l’étranger capitalisant des investisseurs ou des sources d’investissement considérables, peut fournir un investissement important au pays ou à la localité. Il suffit de savoir tirer profit de cette manne d’investissement de l’étranger.

De même, avec l’investissement national, le pays pourrait mobiliser des investissements locaux autant que les investissements directs étrangers, voire plus. Outre sa capacité à contribuer fortement à la réduction du déficit d’investissement, l’investissement national garantit ce que nous appelons l’économie de sécurité.

L’économie de sécurité est un concept économique que nous avons développé et traduit par une économie indépendante de l’initiative extérieure, mais surtout qui demeure forte et fidèle quels que soient les aléas de l’environnement économique. Elle repose sur des fondements solides pour la cause.

C’est une économie qui résiste parfaitement aux chocs et aux perturbations économiques. C’est un fondement de résilience économique qui permet à toute économie une résilience extraordinaire. Ce concept est largement développé dans notre ouvrage intitulé Afrique de demain, quels remèdes pour enrayer le sous-développement ?

Ainsi, vu l’importance des deux types d’investissement, les politiques de financement des différents pays doivent immanquablement les prendre en considération. Un accent particulier doit être mis sur chaque type d’investissement. Car, en vérité, c’est au moyen des deux types d’investissement que nous pourrions inverser le déficit d’investissement accusé dans nos différents pays. Nos politiques d’investissement doivent ainsi consister en l’attractivité des deux types d’investissement.

C’est à juste titre que dans notre ouvrage sur le financement[1], nous avons développé plusieurs modèles de financement devant dynamiser l’investissement, dont des modèles pour l’attractivité des investissements directs étrangers et des modèles pour l’attractivité des investissements nationaux.

Avec ces différents modèles, on admettra un écosystème de financement déterminant pour la pétulance de l’investissement dans l’économie. Ainsi, la prise en compte des deux types d’investissement dans l’élaboration des politiques de financement, permettra à l’investissement d’amorcer sa vitalité dans les différentes économies.

Ceci dit, les dirigeants doivent comprendre que l’investissement actif dans une économie dépendrait des politiques d’investissement exogène et endogène. Surtout, ils doivent faire confiance à l’investissement endogène, car celui-ci regorge d’énormes potentialités. Il suffit de mettre en œuvre des mécanismes pour tirer largement profit de ses avantages.

Avec des modèles bien introduits, ce type d’investissement permettra d’affronter les manquements que nous inflige très souvent l’investissement étranger. Ainsi, nos économies auront une alternative pour garantir leur performance. On pourrait considérablement réduire nos déficits d’investissement sans se référer obligatoirement à l’extérieur. On pourrait combler le forfait d’industrialisation de nos économies.

On pourrait garantir de meilleures performances à nos économies. On pourrait se passer des aléas de l’investissement étranger et compter sur les atouts de l’investissement national pour amorcer le développement de nos économies. On pourrait renouer avec la croissance pour sortir nos sociétés de la précarité. On pourrait enfin permettre le bien-être et le bonheur dans nos sociétés.

Alors, comprenons que l’investissement ne peut se résumer en un seul type d’investissement. Pour sa performance, il doit reposer sur plusieurs types d’investissement, notamment l’investissement étranger et l’investissement national.

C’est pourquoi, nos politiques d’investissement doivent s’intéresser à ces deux types d’investissement. Des mécanismes bien structurés doivent être développés et mis en œuvre pour assurer leur attractivité. Surtout, des efforts doivent être entrepris pour développer l’investissement national, car celui-ci a beaucoup de potentialités et d’avantages qu’on pourrait explorer pour garantir la santé de nos économies et le bonheur de nos sociétés.

Pacôme Kouamé Oi Kouamé
financementologue, écrivain, chercheur interdisciplinaire en développement
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[1] Intitulé Pour en finir avec la problématique du financement en Afrique et ailleurs/ Vers une théorie de l’efficacité du financement. Cet ouvrage a été édité en février 2018 par les Nouvelles Éditions Balafons, en Côte d’Ivoire.