Foyers de la division : Cette Afrique que je n’aime pas !

mercredi, 06 février 2019 07:51
Foyers de la division :  Cette Afrique que je n’aime pas ! Foyers de la division : Cette Afrique que je n’aime pas ! Crédits: DR

La semaine dernière, j’ai vu et revu, désolé, attristé et écœuré même, les images de l’ambassade du Cameroun saccagée par des Camerounais, visiblement furieux contre le régime du président Paul Biya.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase de leur colère : dans une manifestation, des policiers ont, dit-on, tiré sur des manifestants. Je les revois dans leur fureur, ternissant, sans le savoir sans doute, l’image de leur pays aux yeux du monde.

Je renvois, dos à dos, la double sauvagerie. Celle d’un pouvoir, avec des hommes en armes qui tirent, comme le montre si bien une vidéo, sur des hommes marchant pour protester mains nues contre un pouvoir. Celle de ceux, des Camerounais, qui vont saccager leur ambassade, déchirant et le titre et le diplôme de leur ambassadeur. Qu’avait-il à y voir dans cette escalade de la violence née au Cameroun, loin de sa zone de fonction ? Son tort ? Il représentait un pays, un pouvoir dont l’appareil répressif a confondu ( ?!) les hommes avec les animaux, les hommes de chair avec les bétons de protection.

Je revois encore la scène, l’arme de la bêtise humaine et la marche de la… brute en treillis, progressant vers son… animal, un homme de chair, pour tirer dans ses jambes. Comme ça ! Scène horrible, inadmissible qui heurte et choque la raison. Il n’y a qu’en Afrique que l’on peut voir ces genres d’ignominie, à part, sans aucun doute aussi, dans les États ségrégationnistes et racistes. Comme hier, aux États-Unis, comme hier en Afrique du Sud. Mais était-ce une raison suffisante pour aller à de tels débordements, jusqu’à la mise à sac de l’ambassade ? Á Berlin, l’ambassadeur a été « demis de ses fonctions ; le parchemin de son grade et qualité d’ambassadeur a été déchiré avec délectation. Á Bruxelles, l’ambassade a été sauvée, précise-t-on, grâce à la porte blindée qui mène aux locaux. C’est, disent les organisateurs de ces temps de gilets en furie, leur manière de se faire… entendre. Moi, j’y ai vu la manière on ne peut plus sauvage de ne pas se faire entendre, ou ce qui revient au même, de ne pas être compris. Pauvre Cameroun ! Pauvre Afrique !

Dans mon pays, la Côte d’Ivoire, nos actualités ne sont pas aussi roses. C’est le temps des palabres avec la fureur des mots que je n’aime pas, qui refait surface. Comme si hier, cette dose de haine accumulée qui nous a entrainés à être possédés par Satan (pour employer la rhétorique de Yao N’Dré), ne nous aura servi à rien dans ce pays où l’on invoque Dieu en permanence. Et d’un. De deux : des enfants d’une même (?) famille politique, qui ont fumé le calumet de la paix et de la réconciliation, des années durant, s’entredéchirent à nouveau. Qui nous sauvera de cette guerre dont on aurait pu faire l’économie ?

J’ai écouté, l’amertume au cœur, les paroles des uns et des autres, de chaque camp de cette famille divisée aujourd’hui : elles ne sont pas bonnes dans les manières de régler le conflit. Ni pour aujourd’hui, ni pour demain. Des pères et des enfants, sans retenue, se tirent dessus, à coups de balles de mots. Qui « tuera » l’autre, dans son lexique chargé de tant de rancœurs ? Nous assistons à la guerre des mots, et aux silences d’une chambre qui ne bronche, et d’une Médiature en mode silence. Mais pourquoi veulent-ils s’entretuer, ces enfants, grands ou petits et pourquoi donc en sont-ils arrivés à ce degré de discours ; eux si heureux (?) depuis huit ans et plus d’être ensemble, pour construire, œuvre de longue haleine, la nation qui avait été défigurée par des maladresses de tous ordres. Á coups surtout de mots vilains ?

« Par amour du pays », disent leurs voix antagonistes désormais. Il va bien falloir s’interroger sur cet amour du pays, qui commence tout simplement par être fatiguant, à force de donner l’impression d’être un éternel jeu à recommencement.

Comment peut-on aimer et adorer un pays et regarder voir se construire, en même temps, des foyers de la division ? Qui peut bien m’expliquer cette résurgence de cette violence des mots ? Dans un an, tout au plus, sonnera l’heure des soleils de l’élection présidentielle.

Le peuple, à nouveau convoqué, choisira celui qui aura mérité de le représenter. Que les prétendants ne nous fassent revivre ce que toute notre âme apeurée ne voudrait voir renaître : les palabres qui ont retardé le développement de ce pays dont souffrent encore des régions de notre pays.

La Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, dont tous se réclament de la pensée, en voulant suivre ses traces, toutes ses traces, ne mérite pas ce présent de déchirure. Elle rêve de rassemblements vrais porteurs de visions nouvelles ; elle refuse de vivre dans cette énervante situation qui donne des raisons d’avoir peur. Même pour aujourd’hui et pour demain.

Á moins que… Mais, quand des femmes s’y mêlent, avec rage, avec des discours au ras des pâquerettes, avoir peur pour demain n’est plus un réflexe de peureux, mais une attitude de celui qui a vu comment tout cela a commencé. Et comment sifflaient les canons et les mitraillettes ; comment tonnaient les obus sur nos têtes apeurées.

Combien sont-ils morts ? 3000 mille, dit-on. Moi, je dirais plus. On a, semble-t-il, oublié ce chiffre que l’on resurgit à l’occasion. Sinon, il aurait servi à tous de point-repère à ne plus franchir. Comme d’un besoin d’en découdre, certains pensent sans aucun doute aussi qu’en être sortis leur garantit une seconde chance.

Ce n’est pas une garantie. Des balles qui sifflent sont toujours aveugles. D’autres, en revanche, sans aucun doute aussi, la multitude, ne souhaite qu’une seule chose : la fin de cette vaste cacophonie. Mais qui donc mettra fin à cette folle récréation ?

Par Michel KOFFI