Faut-il sortir de la coopération monétaire avec l’euro (3)?

lundi, 22 juin 2015 16:44

Si l’inflation est d’origine monétaire, cela veut dire que l’offre de monnaie est supérieure à la demande exprimée par la production. Cela arrive quand l’Etat accumule des déficits publics sans contrepartie dans la production, qu’il finance par la création monétaire.

 

 

 

Faut-il sortir de la coopération monétaire avec l’euro (3)?

Nous revenons au fond sur le débat ouvert depuis quelque temps par un groupe d’intellectuels africain sur les performances économiques et sociales de la zone FCfa et sur l’opportunité de continuer la coopération monétaire avec l’euro. Nos amis ont relevé dans leur diagnostic sept points d’insuffisance qui sont suffisants pour fonder notre décision de sortir de la coopération monétaire.

La stabilité macroéconomique dans la zone du fait de l’arrimage à l’euro.

Ces économistes disent que la stabilisation macro-économique dans la zone Uemoa n’est pas un avantage en soi. Nous sommes d’accord. Mais l’objectif de toute politique économique c’est le plein emploi des facteurs de production. Le plein emploi est un équilibre, donc la stabilité. Leur conclusion d’un piètre bilan économique et social vient conforter la position qu’ils défendent car nous serions dans un équilibre de sous emplois.  Pour eux, les pays en développement qui adoptent des politiques monétaires ciblant de faibles taux d’inflation y étouffent la croissance et nuisent à leur développement économique et social. Il faut donc laisser filer l’inflation qui ne serait pas un frein à la croissance. Nous répondons ceci :

Qu’est-ce que c’est que l’inflation
L’inflation (hausse continue des prix) indique que l’économie est en déséquilibre. Quand les marchés sont en équilibre de plein emploi, le taux d’inflation est stable ou proche de zéro. Comme la fièvre l’est pour le corps humain, l’inflation persistante est le signe d’une maladie du système économique. Une des conséquences de l’inflation est de rendre les taux d’intérêts réels négatifs. Si tel était le cas, les épargnants, pour se couvrir, affectent leurs épargnes à des placements et investissements dont la valeur augmente avec l’inflation (immobilier, transfert à l’étranger, pierres précieuses). Ce faisant, ils réduisent l’offre de financement à la production. Celle-ci baisse donc. Les facteurs de production (main-d’œuvre et capital technique) sont mis en chômage. Le chômage associé à l’inflation entraîne l’économie dans une profonde léthargie, « stagflation » qu’il faut anticiper par des politiques déflationnistes.

Pour apprécier l’équilibre général d’une économie libérale, il faut suivre le comportement des  prix sur les différents marchés. C’est ce que fait la banque centrale. Et quand apparaissent les déséquilibres macro-économiques qui peuvent provenir de l’offre ou de la demande ou des deux simultanément, il faut stabiliser l’économie. C’est ici que les économistes divergent. Les uns pensent que c’est la monnaie qui commande les autres marchés, et privilégient ainsi les politiques monétaires. Les autres soutiennent que l’Etat est en dernier ressort le régulateur des marchés, et par conséquent il doit intervenir  par la relance pour sortir de l’enlisement. Les politiques de stabilisation utilisent deux instruments : (i) les politiques budgétaires et (ii) les politiques monétaires.

Si l’inflation est d’origine monétaire, cela veut dire que l’offre de monnaie est supérieure à la demande exprimée par la production. Cela arrive quand l’Etat accumule des déficits publics sans contrepartie dans la production, qu’il finance par la création monétaire. Les prix des biens et services augmentent. Pour revenir à l’équilibre, la banque centrale va adopter à court terme une politique de contraction monétaire en augmentant le loyer de l’argent d’une part et en vendant des obligations d’Etat d’autre part. Nous sommes  huit Etats qui partagent la même monnaie. Nous devons donc avoir des politiques budgétaires similaires. C’est pourquoi les Etats membres de l’Uemoa ont adopté des critères de convergence en termes de déficit public et de taux d’inflation. Notre coopération avec l’euro nous assure la convertibilité du FCfa avec les autres monnaies fortes (euro, dollar, yen..) du commerce international, par la garantie donnée par le Trésor français.

A nous d’en profiter pour mettre à niveau nos économies pour qu’elles puissent compétir dans le commerce international.
Si l’inflation provient des coûts de production des biens et services, (l’augmentation des prix des facteurs de production est répercutée sur les coûts), l’économie sera moins compétitive et ne pourra pas exporter. Les exportations étant faibles, le pays ne génère pas suffisamment de revenus pour couvrir ses importations. Il est tenté alors de circonscrire les importations, ce qui est contraire à l’éthique du libre-échange. En l’absence de contingentement des importations, il se pose alors des problèmes de balance de paiement donc de taux de change.

Si le pays est dans un régime de change fixe, il va falloir ajuster le taux de change  par une dévaluation ou maintenir le taux en l’état et la monnaie est surévaluée, ce que l’économie ne pourra pas supporter à long terme. Si l’on est dans un régime de change flexible, la monnaie va se déprécier et le marché imposera un taux de change ajusté. Si l’économie répond, elle retrouve sa compétitivité et peut reconquérir ses parts perdues sur les marchés des exportations.


Par CAMARA  LOUKIMANE

EXPERT FINANCIER, DIRECTEUR GENERAL DE LA SICOGI AUTEUR DE L’OUVRAGE « MARCHES, GOUVERNANCE ET PAUVRETE » LE CAS DE LA COTE D’IVOIRE (HARMATTAN 2013)

.

 

 

 

Read 1994 times Last modified on samedi, 24 juin 2017 00:46