Faut-il "brûler" la Cpi ?

vendredi, 01 février 2019 13:51

La Cpi ou Cour pénale internationale, on en parle beaucoup en ce moment chez nous.

Le point sur lequel porte notre propos du jour est relatif au débat : " pour ou contre l’existence de cette juridiction pénale internationale ?" En un mot : la question se ramène à peu près à ceci : faut-il détruire, "brûler"  la Cour pénale internationale, Cpi, eu égard à ses multiples et intolérables errements, erreurs et lenteurs ?

Pour toute réponse, nous partirons tout d’abord des objectifs assignés le 17 juillet 1998 par le Statut dit de Rome qui crée cette cour. Ses buts et objectifs à savoir juger les auteurs du crime de génocide,  de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de crime d’agression ( Chapitre I, article 5 ), sont nobles et louables. En effet, on le voit, il s’agit là d’infractions particulièrement graves et révoltantes contre les droits humains et la dignité humaine. Il était donc impérieux d’en traquer les auteurs, quels qu’ils soient, pour en répondre devant les juges. Chemin faisant, cahin-caha, la Cpi a jugé bien de dirigeants et d’acteurs importants. Nous nous garderons de les citer ici. Mais ses méthodes, ses procédures et surtout sa saisine ont fait l’objet de critiques récurrentes, persistantes, acerbes et quelquefois, malveillantes.

Discrimination?

Beaucoup ont en effet accusé la Cpi de ne faire que la traque aux seuls dirigeants africains la transformant ainsi en un instrument au service de l "’impérialisme judiciaire occidental". Soit ! Mais questions : 1)-Si la Cpi ne vaut rien, comme la vie elle-même, rien ne vaut la Cpi. En effet, par quoi devrait-elle être remplacée pour sauvegarder des vies humaines, la dignité humaine aux 4 coins du monde ? Motus et bouche cousue des détracteurs de la CPI qui ne disent toujours rien de ce qui pourrait la remplacer.

Autre question d’importance : 2) Si donc les dirigeants africains sont les seuls ou les plus grands violateurs des droits humains, faut-il les laisser courir et couler des jours tranquilles sous nos cieux ? 3) Ultime interrogation : où a-t-on déjà vu la Cpi mettre en cause ou  poursuivre un seul citoyen ou dirigeant qui n’a absolument  rien fait de mal, qui n'a commis aucune violation des droits de l’homme ? Ou, alors, pour ses détracteurs, les dirigeants ou personnalités africaines de haut rang, devraient-ils, impunément avoir un droit de vie et de mort sur leurs semblables, leurs concitoyens ? En réalité, la Cour pénale internationale (Cpi) n’est pas parfaite.

Mais elle est perfectible, à condition qu’elle revoie certaines de ses règles et certaines de ses procédures mais le principe même d'une lutte pénale internationale contre l’impunité  afin de contourner ou suppléer les insuffisances de nos pays africains ou non, est bon et positif. Nous le partageons.

Au plan interne de nos états, les lenteurs procédurales, les lourdeurs de nos juridictions n’ont jamais fait d’elles des juridictions à supprimer ou à "brûler".... En définitive, la lutte contre l’impunité, la lutte contre les graves et intolérables violations des droits de la personne, à savoir assassinat, meurtres, actes de torture, transcendent toutes les insuffisances et toutes les critiques contre la Cpi. Elle n’est certes pas meilleure mais la Cpi reste un rempart sûr, perfectible et protecteur des droits humains.

YAO NOEL

Journaliste, ancien Vice-président de Cndhci

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