Enfants en conflit avec la loi : incongrue et monstrueuse absurdité d’Éburnie !

mardi, 10 octobre 2017 20:39
Enfants en conflit avec la loi : incongrue et monstrueuse absurdité d’Éburnie ! Crédits: Archives

 Comment, par extraordinaire, un enfant, dans le sens obvie du terme, peut-il être en conflit avec la Loi ?

Enfants en conflit avec la loi : incongrue et monstrueuse absurdité d’Éburnie !

Aberration, Absurdité, Accusation, Bâtardise, Incongruité, Indignation et Révolte ! Les termes ne sont pas assez forts pour qualifier à la fois les sentiments éprouvés vis-à-vis du fléau et le phénomène social nouveau en lui-même qui magnétise toutes les énergies ces derniers temps en Eburnie. Phénomène qui a inspiré -à tort ? - certains esprits à baptiser les acteurs clefs « microbes », « enfants en conflit avec la loi » et, mutandis mutandi, depuis quelques jours, « enfants en rupture sociale.

Or, les « mots sont des bombes » comme le soulignaient respectivement Jean-Paul Sartre et Karl Marx. Dans l’incipit ou le prologue de l’une des Évangiles (Évangile selon Jean, chapitre I, 1, Louis Second) du livre le plus lu de l’histoire humaine, La Bible, il est mentionné, « Au commencement était le Verbe (Parole) », qui s’est fait Chair ou Action. En outre, les linguistes de première heure, (De Saussure, Baily, Séchehaye et Benveniste, Martinet, in Didactique de l’expression, B. Cocula et C. Peyroutet, Delagrave, 1978, Paris, p.9 ;40 ; 41 ) stipulent que les mots ou signes sont constitués de signifiant et signifié. D’autres, ont ajouté le « référent » (Ogden et Richards, ibid), qui renvoie à « la réalité objective ».

Pour dire concrètement qu’avant de « nommer », il importe forcément une bonne dose de jugeote à l’amont. Par conséquent, je le dis péremptoirement, il ne devrait pas exister de « nomination » au pied levé ni hasardeuse encore moins anodine. J’ai souvenance que des plumes plus intuitives et visionnaires, à travers ces mêmes colonnes, avaient, en son temps, attiré l’attention des décideurs sur cette gangrène embryonnaire. Ils avaient, par analogie, évoqué les cas du Brésil, du Congo et d’autres pays, en explorant les modus operandi des autorités de ces pays pour éradiquer le phénomène d’insécurité et de violence aveugle induit par lesdits "enfants".

Le ton de l’admonestation n’avait-il pas été pris à son diapason ? Avait-on cru à un épiphénomène ou à des caprices d’adolescents en crise pubertaire chronique ? Tout porte à le croire ! Alors, je m’interroge : Est-ce désespérément vrai que « pour cacher quelque chose à un Noir, il faut le mettre dans un livre » ? Nos autorités lisent-elles (assez) ces colonnes qui sont une vraie perche tendue d’informations, de propositions, d’orientations, de recommandations...? Là, est un autre sujet.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, il a fallu que la goutte d’eau de la « microbégite» débordât le vase insécuritaire pour tenter de sauver le contenant et le contenu. Toutefois, au-delà de l’aspect émotionnel que cela suscite, je voudrais bien démontrer hic et nunc l’absurdité de ce groupe de signes « enfants en conflit avec la loi » qui charrie un ensemble d’incongruités et d’antinomie. Bref, un salmigondis ! Les mots » étant « des bombes ».

En effet, j’ai bien voulu savoir à qui revenait la paternité de cette expression « enfants en conflit avec la loi » et sa genèse ? Malheureusement, contrairement à son synonyme-associé au forceps, « microbes », antérieur qui est daté et traçable, elle a jailli ex abrupto- soit par abus de langage, soit pour minimiser les auteurs- un matin sur les lèvres d’Untel et a fait tache d’huile avec le relais classique des médias. Et toute la doxa s’en délecte sans modération !

Changer de syntagme et de paradigme

Qu’est-ce qu’un enfant ? Qu’est-ce qu’un conflit ? Qu’est-ce que la Loi ? Comment, par extraordinaire, un enfant, dans le sens obvie du terme, peut-il être en conflit avec la Loi ? Un minus contre un Manus, un Lilliputien contre un Gulliver ? Il faut changer la donne syntagmatique et paradigmatique. « Des « individus », des « personnes », des « jeunes », des « citoyens », « des divorcés sociaux » en conflit avec la loi », serait plus judicieux et décent que de dire « des enfants en conflit avec la loi.» Cela étant, selon le dictionnaire Larousse 2017, « l’enfant », du latin classique, « infans », signifie, « ne parle pas encore ».

µIl ajoute que « c’est un individu de l’espèce humaine qui est dans l’âge de l’enfance ». Enfance, entendu comme la période de la vie humaine qui s’étend de la naissance à la puberté ou à l’adolescence (14, 15 ans). L’enfant, c’est aussi une personne qui se passe ou à qui l’on passe tous ses caprices. On associe à cet âge un corpus synonymique : naïveté, candeur, inconscience, insouciance, docilité, jeu, amusement, tolérance, compréhension, patience, etc. Quant au vocable « conflit », du latin « conflictus », signifie « lutte ». Il s’agit donc de la rivalité, du choc, de la guerre, de la mésentente.

De la Loi, « lex, legis », l’on retiendra qu’elle est « la règle établie par une autorité souveraine ». C’est la force en théorie. La force théorique en droit. La norme suprême qui fait force et autorité dans une société humaine de droit et différente de l’état de nature. Sans la loi, c’est l’animalité, donc l’inhumanité. Alors, comment un enfant peut-il triompher de la loi ou dicter sa loi ? Si l’enfant triomphe, cela sous- entend que la loi et ceux qui l’incarnent et sont censés l’appliquer ou la faire respecter n’ont pas le bagout psychosomatique nécessaire.

Toute chose qu’on ne saurait valider. Un État normal, une République moderne ne saurait s’auto émasculer ou être émasculée par des « marmots » armés ou non. Un « enfant » qui se rebelle violemment contre son géniteur et lui dicte sa loi n’a le soutien d’aucune loi spirituelle ni physique. Même la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1945) et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (1989) se trouveraient désarmées. Halte donc à l’incongrue « terreur enfantine et infantile » !

JEAN -CLAUDE UM-MAHOB

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HOMME DE LETTRES ET DE MÉDIAS. COACH-CONSULTANT-FORMATEUR

EN PÉDAGOGIE-ÉDUCATION ET COMMUNICATION .

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