Élections et cohésion sociale en Afrique

Élections et cohésion sociale en Afrique

mercredi, 16 septembre 2015 13:10
Élections et cohésion sociale en Afrique Crédits: DR

La problématique des élections en Afrique avec son cortège de désolation et de psychose se pose dans la mesure où les conditions en amont, depuis les candidatures jusqu’à la proclamation des résultats en aval, en passant par l’organisation pratique du scrutin ne sont pas respectées.

Élections et cohésion sociale en Afrique

Faire de la politique, c’est gérer la cité pour le bien-être de ses concitoyens dans le respect des lois et des institutions dont on s’est doté librement. Et en démocratie, l’accès aux postes de direction et de gestion de la chose publique et même du pouvoir d’état passe par des élections qui sont hélas souvent mal organisées en Afrique. Toute chose qui met à mal la cohésion sociale qui est pourtant la condition nécessaire pour la mise en œuvre des programmes de gouvernement.

La problématique des élections en Afrique avec son cortège de désolation et de psychose se pose dans la mesure où les conditions en amont, depuis les candidatures jusqu’à la proclamation des résultats en aval, en passant par l’organisation pratique du scrutin ne sont pas respectées. Ce qui a pour conséquence de faire régner la suspicion et la méfiance qui sont des germes des conflits à l’avenir. Les acteurs violent délibérément les règles fixées par eux-mêmes.

Ils signent souvent des codes de bonne conduite en prenant à témoin les nationaux et la communauté internationale et les rangent dans les tiroirs quand le cas échéant ils doivent se soumettre à leur propre signature. Les exemples sont légions, surtout lorsque ceux qui ont déjà goûté aux délices du pouvoir voient filer sous leurs yeux belles voitures, gros chèques, réceptions fastes et autres honneurs du pouvoir.

Quand les acteurs politiques qui sont les faiseurs de la loi ne respectent pas la loi, quand les acteurs politiques tiennent des discours guerriers, quand ils empruntent les interstices du tribalisme en sachant où cela peut conduire le peuple pour la plupart analphabète, à quel résultat veut-on aboutir si ce n’est l’anomie ? C’est vrai que les élections sont souvent qualifiées de jeu par les créateurs de la démocratie d’où l’expression « jeu électoral » ou « jeu démocratique », mais, même quand les enfants jouent, ils veillent au respect des règles du jeu qui se résument non seulement à ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, mais aussi et surtout à l’acceptation des résultats des parties de compétitions.

Et souvent les bagarres et autres altercations au cours des jeux des enfants sont dues au non-respect des règles. Tant que les hommes politiques ne respecteront pas les règles du jeu électoral et n’accepteront pas les verdicts des scrutins électoraux, il est clair que la cohésion sociale en souffrira et l’Afrique enterrera toujours des cadavres d’innocents sous les objectifs hypocrites de caméras des chaînes étrangères dans la mesure où la dimension normative de ce jeu n’est pas respectée.

Tant que les hommes politiques africains seront prêts à tailler les Constitutions selon leurs mensurations personnelles, tant qu’ils ne comprendront pas que les bonnes choses ont une fin et que l’Afrique est un vaste chantier où l’on peut toujours être utile ailleurs que dans les fauteuils présidentiels après 2 ou 3 mandats, tant que les candidats aux élections s’autoproclameront vainqueurs de élections avant même la publication des résultats par les instances habilitées à le faire, tant qu’ils ne seront pas des modèles de comportement, de retenues et de tempérance, tant qu’ils n’envisageront pas l’éventualité de la défaite dans leurs calculs politiques, la cohésion sociale sera mise à mal. Et comme les électeurs africains sont pour la plupart des suiveurs d’hommes et non d’idées, ils seront toujours les victimes des choix souvent non judicieux de leurs mentors.

Ainsi, si la population est si facilement manipulable, c’est parce que les fondamentaux de la notion de nation tels que l’identité nationale, le patriotisme vrai à ne pas confondre avec le culte de la personnalité, ne sont pas encore encrés dans le quotidien et le comportement des africains. Il y a encore trop de confusion dans l’esprit des uns et des autres et comme ceux qui doivent les éclairer sont encore à la recherche de leurs marques, je crains que l’actuelle situation ne perdure. Mais disons nous une chose simple: si les autres y sont parvenus, pourquoi pas nous africains, descendants du berceau de l’humanité ? « Yes, We Can » !

Par KOUASSI YAO SERAPHIN
(La suite dans notre édition de demain)

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