Croire en l’Afrique. Appel à la jeunesse africaine

mercredi, 23 août 2017 15:15
Croire en l’Afrique. Appel à la jeunesse africaine Crédits: DR

En 2004, Stephen Smith donnait comme sous-titre à son livre Négrologie « Pourquoi l’Afrique se meurt ? ». A peine quelques années après qu’un autre livre en l’occurrence celui de l’expatron de l’Agence française de développement était intitulé « Le Temps de l’Afrique ».

Croire en l’Afrique. Appel à la jeunesse africaine

Ironie et paradoxe pourraient résumer l’actualité du destin africain. Ironie en ce sens que le continent « maudit » et « mal parti » est aujourd’hui le continent de l’avenir et de toutes les promesses.

À tel point que des sénateurs français ont cru bon d’intituler en 2013 un volumineux rapport (n°104) du Sénat de 501 pages « L’Afrique, notre avenir » sous la supervision des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel. Le projet de nos deux sénateurs cité ci-dessus est sans ambigüité : « Ce rapport est né d’une interrogation: d’abord sur l’évolution de l’Afrique, hier présentée comme un continent perdu, aujourd’hui louée comme le prochain continent émergent, ensuite sur la présence de la France dans ce continent hier ignoré, aujourd’hui convoité » (p.19). Mais plus loin nos deux sénateurs s’interrogent encore plus explicitement « Sont-ce les regards qui ont changé ou la réalité ? »

En 2004, Stephen Smith donnait comme sous-titre à son livre Négrologie « Pourquoi l’Afrique se meurt ? ». A peine quelques années après qu’un autre livre en l’occurrence celui de l’ex-patron de l’Agence française de développement était intitulé « Le Temps de l’Afrique ».

Ce dernier se demandait si l’Europe et la France n’étaient pas en train de rater le train du décollage africain. On se souviendra également de « L’Afrique notre Avenir » de l’ancien ministre français de la Coopération, Jacques Godfrain. Qui n’a pas en mémoire cette Une du 13 mai 2000 du très célèbre et réputé hebdomadaire anglais The Economist, parlant de l’Afrique, « The hopeless continent » (Le continent sans espoir).

Mais qui, en à peine une décennie, se ravisait en titrant cette fois-ci en décembre 2011 « Africa rising » (le réveil ou l’éveil africain). Moins de 2 ans après, précisément le 2 mars 2013, le même hebdomadaire britannique récidivait en titrait « Emerging Africa: a hopeful continent » vantant ainsi un continent plein d’espoir: « En dix ans, d’énormes progrès ont été accomplis, et les dix prochaines années seront encore meilleures.»

Ce virage à 180 degrés n’est pas un cas exceptionnel. L’émergence africaine fascine et enthousiasme beaucoup plus la presse hexagonale. A telle enseigne que Le Point, hebdomadaire français, dans son édition du jeudi 20 mars 2014 (n° 2166), titrait aussi « Spécial Afrique : le grand réveil » et voyait le continent comme « la chance de la France qui ne sait plus trop où elle en est ». On peut lire sous la plume des journalistes Romain Gubert, Claire Meynial ces quelques lignes « Malgré ses innombrables défis, c’est le nouvel eldorado de la planète.

L’Afrique sidère le monde. Chinois, Américains, Indiens… tout le monde y va faire des affaires.» C’est cette même Afrique, aujourd’hui très convoitée, que toutes les grandes et moyennes puissances courtisent. Sommets France-Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique, Ue/Afrique, Afrique-Monde Arabe, États-Unis-Afrique, Turquie-Afrique, Brésil-Afrique, Amérique du Sud-Afrique…et la liste s’allongera sans doute à l’avenir. A tel point que Jean-Philippe Rémy, journaliste au quotidien Le Monde parle de « guerre des sommets Afrique » qui a commencé et Patrick Ndungidi, journaliste congolais dans un article sur huffingtonpost.fr parle de « bal des sommets ou l’Afrique pour tous ».

Tous ces rendez-vous plus politiques mais surtout économiques placent le continent au cœur de luttes entre puissances et d’enjeux géostratégiques. Les chiffres quant à eux sont éloquents. En 2012, le Pib du continent s’est envolé à 5,5 % contre 3,4 % 2011. En 2014, il est reparti à 5,3 % contre 4,8 % 2013.

À l’évidence l’Afrique est le nouvel Eldorado. Malgré cette embellie, paradoxalement la situation africaine laisse à réfléchir. Le 16 juin de cette année, alors même que c’était la Journée de l’enfant africain, 34 migrants parmi lesquels 20 enfants ont été retrouvés morts de soif dans le désert nigérien.

Le 7 juin à Genève, un porte-parole du Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés a déclaré que depuis 2014, ce sont 10 mille personnes au total qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Selon plusieurs observateurs, la classe moyenne africaine a augmenté mais concomitamment les pauvres augmentent. Ce qui provoque un accroissement des inégalités sociales.

En effet, la croissance africaine si enviée est tirée par les exportations de minerais et l’investissement dans les grands chantiers et non par la consommation des ménages. Espérons que la richesse ainsi crée à long terme sera redistribué à travers divers mécanismes. Nous pouvons tirer deux leçons de tout cela : d’une part, c’est qu’il n’y a pas de fatalité et que le développement n’est pas une course de vitesse. D’autre part c’est que la jeunesse africaine ne doit pas désespérer de son avenir sur cette terre hier déclarée « maudite » et aujourd’hui très convoitée

PAR SOSSIEHI ROCHE
JEUNE AFRICAIN