Chronique : La « maladie » reprend

mardi, 10 juillet 2018 21:50

Quelque chose de curieux se passe dans le landernau politique burkinabè.

Comme un tourbillon qui agite la savane arborée de Takikro, une épidémie de démissions à la pelle touche les partis et formations politiques. Mises en scène ? Du sérieux ? Des taupes placées par des "officines" ? L’on ne sait que dire pour le moment. L’on assiste seulement à des vas et vient où chacun défend ses intérêts.

Mais ce qui est évident, c’est que les uns et les autres se positionnent pour 2020, de fort belle manière. Et le parti qui se frotte les mains dans cette affaire semble être le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ancien parti au pouvoir.

Eh oui, pourquoi ne pas se réjouir quand jusqu’à 708 militants démissionnent d’autres  partis pour le vôtre ?  En tous les cas, c’est ce spectacle qui s’est produit, le samedi 7 juillet 2018.  Et c’était tout comme si l’on assistait au retour de l’enfant prodige, tant ces anciens nouveaux militants du CDP ont été accueillis dans l’allégresse.

Le secrétaire national, chargé du secteur informel, Moussa Nikiema de les rassurer qu’il n’y a pas de honte à retourner dans sa famille d’origine après une aventure infructueuse. Pour finir, les démissionnaires dont les chefs de file sont Issouf Sédégo (il a été Directeur de campagne du MPP, parti au pouvoir,  à la présidentielle de 2015 pour le secteur 35) et El Hadj Moussa Ouédraogo (il était secrétaire général de l’arrondissement 8 pour le MPP) ont affirmé, la main sur le cœur, la sincérité de leur démission. Ils ont promis de se battre désormais corps et âme pour le retour du CDP au pouvoir.

Le vent des démissions souffle vraiment très fort, ces temps-ci, au Faso et dans tous les sens. Quelques jours avant les 708  démissionnaire avec fracas, Maître Bouba Yaguibou, ancien député de la province du Nahouri et jusque-là secrétaire général national de l’Alliance pour la démocratie et la Fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA), a rendu le tablier pour rejoindre l’ex-parti au pouvoir, sans bruit. « Pour le moment, je ne compte pas m’étaler là-dessus. Le moment venu, je ferai une sortie pour dire pourquoi la démission et la raison de mon adhésion au CDP », a-t-il confié, en substance.

Du côté du CDP, l’on ne sous-estime pas cette arrivée. « C’est avec une très grande joie que nous accueillons cette adhésion, cela va nous permettre de nous « armer » davantage pour les échéances de 2020 », se résout un responsable de l’ex-parti au pouvoir.

Mais déjà, l’on pointe du doigt le manque de bonne gouvernance à l’ADF/RDA. « Gilbert Ouédraogo gère son parti comme si c’était son champ de cacao. Même dans un champ de cacao, tu demandes souvent l’avis de ceux avec qui tu travailles. C’est cela le problème. Tout tourne autour de lui seul », dénonce un militant qui ne semble pas loin de jeter aussi l’éponge.

Ces démissions à la pelle posent un problème. C’est le retour d’une vieille maladie. Le nomadisme et la transhumance en politique. Et le phénomène touche même des élus  à l’Assemblée nationale. Des députés hybrides. Pour sauver leur mandat, ils trouvent le moyen pour ne pas démissionner officiellement de leur parti, mais utilise le nom du parti à d’autres fins.  Ces cas se répertorient à l’Union pour le progrès et le changement (UPC), au parti pour la renaissance national (PAREN), à l’Union pour la renaissance, parti sankariste (UNIR/PS)…

Le cas de l’UPC  est même devant les tribunaux car le parti a esté en justice contre ses députés frondeurs qui ont créé le groupe parlementaire UPC-RD. Ces derniers sont  accusés d’utiliser les symboles du parti pour mener leurs activités.

Il est temps, probablement, de trouver le moyens pour mettre définitivement fin à cette transhumance politique pour ramener un peu de morale dans le jeu politique burkinabè, déjà que la population fait de moins en moins confiance aux politiques.

En attendant,  beaucoup parlent de réveil du CDP avec l’arrivée de nouveaux militants, de plus en plus nombreux et des mobilisations constatées lors des sorties de son président. L’on peut déjà déduire le suspens qui se profile pour les prochaines échéances électorales de 2020.

Par TAKIKRO M. YAYA

Correspondant permanent à Ouagadougou

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