Amélékia : La sous-préfecture malade de ses infrastructures

dimanche, 26 janvier 2014 11:45

[26-01-2014  11H00]Les 2 minicars de transport de passagers et de marchandises, qui acceptent toujours de desservir la localité dictent leur loi aux populations. Pour capter le plus grand nombre de passagers et marchandises les minicars aussi appelé « Badjan » ont décidé de...

Amélékia : La Sous-préfecture malade de ses infrastructures

Distant d’une quarantaine de kilomètres d’Abengourou le pays rural de Tahakro est malade de ses infrastructures. Cette localité productrice de café et de cacao, mais surtout de la Banane plantain a dû mal à évacuer sa production agricole vers les grands centres urbains de la région du Moyen-Comoé. 

Comment se déplacer et /ou évacuer facilement ses productions agricoles sur la capitale du moyen Comoé , Abengourou et les autres régions voisines ? C’est à ce dilemme que les planteurs et populations du pays rural de Tahakro est  confronté chaque jour.

Située à une quarantaine de kilomètres la localité est joignable par voie terrestre par l’axe qui part d’Abengourou à Anougbakro. En cette saison de pluie la piste villageoise se dégrade progressivement. Alors que, grâce à un concours financier du FDPCC cette route très sollicitée a été totalement refaite l’année dernière. Il s’agissait pour cette structure de voler au secours de ces producteurs qui n’arrivaient plus à acheminer leurs différentes productions sur la ville d’Abengourou. La voie était devenue impraticable. De sorte qu’aucun véhicule ne voulait s’hasarder dans cette zone au risque de s’embourber.  « La plupart des  camions s’arrêtaient à Amélékia . Les producteurs étaient contraints de porter sur des vélos ou sur leur tête leurs différentes productions de café et de cacao. Alors qu’Amélékia est à plus de 25 kilomètres de Tahakro ».

Les 2 minicars de transport de passagers et de marchandises, qui acceptent toujours de desservir la localité dictent leur loi aux populations. Pour capter le plus grand nombre de passagers et marchandises les minicars aussi appelé « Badjan » ont décidé de programmer un seul départ part jour à partir de Tahakro.

Chaque matin, à partir de 7h le véhicule commence par prendre les passagers à partir de Tahakro. Il fait un détour sur Anougbakro et « ratisse » tous les villages qui sont sur la ligne. Il s’agit d’Elinso, Améakro, Kouadiokro, Koitienkro et Amélékia. Pendant la colonisation et ce jusqu’à l’indépendance de la Côte d’Ivoire,  l’axe Abengourou-Tahakro était la principale voie qui menait à Bouaké. Des vestiges de cette période sont toujours présentent dans cette localité (voir encadré).

Les passagers des campements Konan konankro, N’dri kouassikro, Sialoukro et Koffikro, situés à une dizaine de kilomètres de route sont contraints de se lever entre 3 H et 2H du matin pour joindre la grande voie pour le « ramassage » du Badjan . « Il faut aussi se lever très tôt le matin si vous espérer avoir une place assise dans le véhicule. Au quel cas,  vous prendrez place sur le véhicule » explique un villageois.

C’est donc en situation de surcharge que le « Badjan » s’ébranle lourdement vers la ville chaque matin et revient au alentour de 17h . « Sans exagérer, il arrive que nous nous  retrouvons à 50 passagers dans le véhicule, en plus des bagages » relève  M. Benié Tanoh Emmanuel ex-comptable à FOREXI, aujourd’hui planteur et notable à Tahakro.

En effet, en plus des sièges occupés à l’intérieur du  « Badjan » des passagers prennent places sur les bagages au dessus du véhicule. D’autres s’accrochent à l’arrière du mini car. « En tout cas, il faut voir le Badjan en question en situation pour y croire » insiste M.Kouamenan Koffi d’Elinso.

Le titre de transport, lui ne tient pas compte de la place occupée dans la voiture. « Que vous soyez dans le véhicule, au dessus ou accrochez c’est le même tarif de 1100 Fcfa » soutien le chef du village.

Ainsi pour parcourir la quarantaine de kilomètres entre Anougbakro et Abengourou le mini car « met parfois 3 heures de temps » relève le chef du village d’Améakro Nanan Kanga Fils Nazaire.

La situation est plus dramatique, si après le départ du « Badjan » ou la nuit il y a une urgence qui nécessite un voyage sur Abengourou. Il s’agit plus souvent des évacuations sanitaires. Le centre de santé de Tahakro ne disposant d’ambulance. Du moins, celui remis par le conseil général de d’Abengourou n’étant pas encore disponible.

Les parents du patient sont obligés de louer les services d’un des « Badjan ». Les prix du transport se négocient entre 40 et 70.000 Fcfa. « Avant même la consultation et les ordonnances médicales vous êtes ruiné » se plaint M. Etienne Joseph d’Anougbakro.

La réhabilitation de l’axe Abengourou–Anougbakro l’année dernière n’a pas pour autant résolu le problème de transport des marchandises et des hommes dans la localité. Qui se pose toujours avec acuité. Malgré la relative « bon état » de la route aucun autre véhicule de transports n’est venu s’ajouter aux deux « Badjan » qui desservent le pays rural de Tahakro. De sorte que, les deux  mini cars continuent de faire la loi .Cette situation de surcharge provoquait de façon constante sur cette voie des accidents de circulation.

Les populations excédées par cette pratique des chauffeurs avaient décidé d’agir. Ainsi l’année dernière ils ont barré la route entre Elinso et Améakro et forçant le conducteur du Badjan à réduire ne nombre de ses passagers. « Mais qui allait descendre et ne plus avoir de véhicules pour aller sur la ville ? ». Le chauffeur n’était pas prêt à effectuer deux voyages pour le même nombre de personnes. Surtout qu’il à déjà encaissé les titres de transport.

De longues heures de discussions houleuses ponctuées de menaces n’ont pas fléchie la détermination du chauffeur du « Badjan » à céder sous la pression des populations.   Il a forcé  le « barrage » pour passer.

Aujourd’hui,  le « badjan » de service ne prend plus 50 passagers par voyage. Mais fait toujours de la surcharge. En tout cas, le 25 juin dernier c’est un «Badjan » qui roulait à vive allure qui a été  aperçu avec sur son toit une dizaine de passagers dont des femmes. Alors que l’intérieur du véhicule avait fait son plein à craquer.

Avec la saison de pluie qui a repris ses droits dans la région, les populations de la localité craignent de voir leur route se retrouver dans l’état d’avant la réhabilitation. Surtout que des rigoles se signalent à plusieurs endroits de cette route. Qui était devenue presqu’une « Autoroute ». De sorte que tous les véhicules empruntant l’Axe Abengourou-Tahakro ont fini par faire la vitesse sur cette route qui ne pouvait pas admettre 20 Km/H, il y a un an de cela.

La route réhabilitée à grand frais par le FDPCC l’année dernière se dégrade très rapidement, sous l’action conjuguée des camions de transports de marchandises, de passagers et des grumiers. Ainsi que la pluie qui bat en ce moment son plein dans la région. 

Les populations n’hésitent pas à attribuer la dégradation rapide de la route en grande partie aux exploitants forestiers. Selon eux, les cartepillards et les grumiers qui transportent les billes de bois sont nombreux à emprunter chaque jour cette voie en direction des exploitations ou de la ville d’Abengourou. « Quand ils passent ils laissent toujours des traces. Alors qu’ils (exploitants) ne nous aide pas à reprofiler nos routes quand elles sont dégradées, » affirme un villageois.

L’autre gros problème du pays rural de Tahakro lié à la route, est l’écoulement de ces cultures vivrières. Avec l’Etat de la route il n’y a pas de beaucoup de commerçants et de camions qui arrivent dans les villages situés au bord du fleuve Comoé.

De sorte que les cultures vivrières difficilement stockable comme la banane se détériore dans la brousse. Très souvent pour minimiser les pertes les planteurs bradent les productions aux commerçants.

En clair, avec moins de 100.000 Fcfa les commerçantes peuvent charger un camion de 10 tonnes de bananes plantain. Pour 1000 Fcfa le commerçant a en moyenne 6 régimes de bananes. « Pendant la saison de grande production de banane de juillet à décembre 10 à 15 régimes de bananes se vendent à 1000 Fcfa » relève M. Tanoh Beni

 

Le souhait des villageois est que la région soit doté d’un Bac pour traverser le fleuve Comoé afin de proposer les produits sur d’autres marchés. Afin de tirer un meilleur revenu de leur travail.

En effet, la ville de Daoukro est située à moins d’une trentaine de kilomètres du pays rural de Tahakro. Les Taxis-brousses de ladite ville viennent même charger des passagers sur l’autre rive du fleuve Comoé. Les passagers du pays rural de Tahakro après avoir traversé le fleuve en pirogue prennent le véhicule pour 500 Fcfa à destination de Daoukro .

Le sous-préfet d’Amélékia de passage dans la localité à conseillé aux population le regroupement en coopérative afin de mieux vendre leur production.

 

Théodore Kouadio

Envoyé spécial à Amélékia.

 

Encadré

Ancienne principale route vers Bouaké.

L’axe Abengourou-Tahakro était la principale voie qui menait à Bouaké pendant la période coloniale, et ce,  jusqu’à l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

 

Selon les anciens de la région les premiers colons Français qui ont débarqué dans la région se sont installés à Zaranou et Tahakro. Ainsi pour joindre le poste de Bouaké au centre de la colonie de Côte d’Ivoire, ils ont créé la voie allant de Zaranou à Bouaké en passant par Tahakro.

La France a ouvert un poste à Tahakro. Le colon qui crée le poste se nommait M. Wetterwald. Il était un commis des affaires indigènes du gouverneur Binger. Il est mort dans le village la même année. M. Wetterwald a été enterré à Tahakro.

Une  épitaphe sur sa tombe indiqu’il est mort en 1895, la même année qu’il a ouvert le poste de Tahakro.

Sa tombe abandonnée au bord du fleuve Comoé est aujourd’hui envahie par la  brousse.

 

T.K

 

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