Abidjan: QUAND LES ANIMAUX ABATTUS SONT DÉCAPÉS AUX PNEUS ENFLAMMES
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Abidjan: QUAND LES ANIMAUX ABATTUS SONT DÉCAPÉS AUX PNEUS ENFLAMMES

lundi, 04 août 2014 17:26
QUAND LES ANIMAUX ABATTUS SONT DÉCAPÉS AUX PNEUS ENFLAMMES QUAND LES ANIMAUX ABATTUS SONT DÉCAPÉS AUX PNEUS ENFLAMMES Crédits: DR

L’une des pratiques de plus en plus en cours en Côte d’Ivoire et précisément à Abidjan, est de décaper les cabris et moutons abattus avec des feux faits à partir des pneus usagés. Cette façon de faire ne met-elle pas en danger la santé des consommateurs de cette viande ?

C’est la cérémonie de baptême du petit Cissé Ismaël. Il vient juste d’avoir une semaine ce jeudi de novembre. Pour la restauration, son père, M. Cissé Mamadou a acheté un bélier pour que ses parents et amis, qui sont venus nombreux pour la circonstance, puissent se régaler convenablement. Ainsi au menu du jour, du « méchoui champêtre », et en second plat une soupe de boyaux et triples de mouton accompagné de couscous et de riz.

En tous cas, tous les convives ont apprécié ces plats succulents. Cependant, ils sont très peu les invités à savoir l’itinéraire emprunté par la viande de mouton pour se retrouver dans leurs différentes assiettes.

En effet, après avoir immolé la bête, le chef de la famille Cissé a confié l’animal abattu à ses grands fils. Pour faire le feu qui doit servir à décaper le mouton, les enfants se sont servis d’un pneu usagé qui traînait dans la cour familiale. Le pneu en flamme, ils vont l’utiliser pour brûler tous les poils de l’animal.

Comme la famille Cissé, ils sont de plus en plus nombreuses les personnes qui utilisent à Abidjan les pneus usagés pour faire le feu devant servir à décaper les moutons et cabris. Ainsi que les têtes, les pattes et la peau de bœuf.

« Nous avons l’habitude d’utiliser ce moyen pour rendre les animaux que nous abattons propres avant de les dépecer », confie Amidou Fomba, un jeune vendeur de viande braisée à Yopougon Toit-rouge.

Installé derrière le centre de santé communautaire de Yopougon Sicogi, non loin du marché dudit quartier, Abdramane Sangaré s’est spécialisé dans le décapage des têtes, des pattes et de la peau des bœufs.

« Le bois coûte cher. J’en ai besoin en grande quantité pour faire mon travail. Alors qu’avec 4 ou 5 pneus usagés, je peux faire mon travail journalier qui consiste à décaper la peau, les pattes et les têtes d’une dizaine de bœufs. Si je devrais utiliser le bois de chauffe je ne m’en sortirais pas », explique-t-il.

En effet, découpée en quatre ou cinq morceaux, la peau du bœuf est placée sur la braise faite par les pneus. Après quelques minutes, les morceaux de peau noircie par la fumée sont retirés du feu. Ainsi à l’aide d’un couteau, Abdramane Sangaré et ses amis vont nettoyer les poils restants jusqu’au dernier. Les pattes et les têtes suivent le même processus.

Par la suite, les pattes, les têtes et les morceaux de peau seront plongés dans un grand fût d’eau pour être lavés de façon sommaire par d’autres membres du groupe. Seulement, l’eau du fût ne sera pas changé. Il va servir toute la journée.

C’est donc, ces parties avec une très forte odeur de fumée de pneu, très prisées par les Ivoiriens qui vont être vendues sur les différents marchés de la capitale économique ivoirienne.

 

Des pneus enflammés comme brasier

 

Le hic, c’est que ces bêtes abattues sont exposées pendant des heures sur des pneus enflammés qui laissent échapper des produits chimiques et toxiques. D’où la question : ces pratiques ne contaminent-elles pas les animaux ? En d’autres termes, la consommation de cette viande n’est-elle pas dangereuse pour la santé de l’homme ?

Selon les experts, un pneu est composé de caoutchouc. Pour renforcer ses fonctions, de nombreux produits chimiques (noir de carbone, silice, soufre) et d'antioxydants s’ajoutent à sa fabrication.

C’est donc ce caoutchouc composé de produits chimiques qui sert de … « bois de chauffe » pour décaper les animaux qui seront consommés par les populations.

Selon Dr. Kouadio Hervé, chimiste dans un laboratoire de recherche de la place, l'incinération d'un objet plastic dégage des substances toxiques comme la dioxine.

« Les dioxines constituent un groupe de composés chimiquement apparentés qui sont des polluants organiques persistant dans l’environnement. Elles peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire, principalement dans les graisses animales », soutient-il.

En effet, selon les experts, les dioxines sont très toxiques et peuvent provoquer des problèmes au niveau de la procréation, de la croissance, léser le système immunitaire, interférer avec le système hormonal et causer des cancers.

Dans un rapport du Centre international de recherche sur le cancer (Cicr), l'agence de l'Organisation mondiale de la santé (Oms) a évalué la Tcdd -- la dioxine a pour appellation chimique tétrachloro-2, 3, 7, 8 dibenzo-para-dioxine (Tcdd) -- en 1997.

Sur la base des données épidémiologiques chez l'homme et des informations sur l'animal, le Cicr l'a classée dans les «cancérogènes pour l'homme».

Ainsi, il ressort qu’une exposition brève de l'homme à de fortes concentrations en dioxines peut entraîner des lésions dermiques, comme la chloracné (ou acné chlorique), la formation de taches sombres sur la peau et une altération de la fonction hépatique.

L'exposition de longue durée s'associe à une dégradation du système immunitaire, du développement du système nerveux, du système endocrinien et des fonctions génésiques.

 

Groupes humains plus sensibles

 

Le fœtus en développement est le plus sensible à l'exposition aux dioxines. Le nouveau-né dont les systèmes organiques se développent rapidement, pourrait également être plus vulnérable à certains effets.

Certaines personnes ou groupes de personnes peuvent être exposés à de plus fortes concentrations en dioxines à cause de leur régime alimentaire (par exemple, ceux qui consomment beaucoup de poisson dans certaines régions du monde) ou de leur profession (les personnes travaillant dans le papier et la pâte à papier, sur les sites d'incinération ou de traitement des déchets dangereux, pour n'en citer que quelques-uns).

Une étude explique que plus de 90% de l'exposition de l'homme aux dioxines proviennent de l'alimentation, principalement de la viande, des produits laitiers, des poissons et des crustacés. Il est par conséquent essentiel de protéger l'approvisionnement en denrée alimentaire.

Des systèmes de surveillance des contaminations des aliments doivent être mis en place pour veiller au respect des niveaux tolérés. Il revient aux gouvernements nationaux de garantir la sécurité sanitaire de l'approvisionnement alimentaire et de prendre des mesures pour protéger la santé publique.

Selon les experts, lorsque les pays soupçonnent des contaminations, ils doivent avoir des plans d'urgence pour repérer, consigner et éliminer les denrées contaminées. La population exposée doit être examinée pour déterminer l'exposition (ex.: dosage des produits contaminants dans le sang ou le lait maternel) et les effets (ex.: surveillance clinique pour déceler les signes de problèmes de santé).

 

Que doit faire le consommateur pour réduire le risque d'exposition?

 

Il pourrait réduire l'exposition à la dioxine en dégraissant la viande et en consommant des produits laitiers allégés en matières grasses. Un régime équilibré (comprenant des quantités suffisantes de fruits, de légumes et de céréales) permettra aussi d'éviter une exposition excessive à une source en particulier.

Il s'agit d'une stratégie sur le long terme pour réduire la charge corporelle et elle est probablement plus intéressante pour les jeunes filles et les jeunes femmes afin de diminuer, à un stade ultérieur, l'exposition des enfants pendant la grossesse et l'allaitement. La possibilité qu'ont les consommateurs de réduire leur exposition reste cependant assez limitée.

 

Théodore Kouadio

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