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Tunisie : Le gouvernement d’Ennahda déclare la guerre au groupe salafiste

lundi, 20 mai 2013 22:42

Les violences de dimanche ont été la goutte d’eau de plus qui a amené le pouvoir à hausser le ton après des mois de tergiversation.

Accusé depuis quelques mois par des partis politiques de l’opposition et la presse de tolérer le mouvement salafiste jihadiste Ansar Ashariaa, auteurs de nombreux rassemblements qui se sont soldés par la violence, le gouvernement tunisien a décidé de réagir par la fermeté. En visite au Qatar, le Premier ministre Ali Larayedh a promis une guerre totale au mouvement qui a décidé de braver les lois de la République et l’autorité. « Nous allons faire face (aux salafistes jihadistes) avec une extrême fermeté, mais dans le cadre de la loi. Nous serons inflexibles », a déclaré M. Larayedh au journal arabe Al-Hayat, propos rapportés par l’Afp. Le Premier ministre traitant, dimanche, pour la première fois, ce mouvement de poser des actes de « terrorisme ».

A l’origine du bras de fer qui a dégénéré, l’interdiction par le gouvernement, pour des raisons de sécurité, du rassemblement annuel de Kairouan (centre), la ville sainte, qui devait réunir, dimanche dernier, 40.000 personnes.

Le gouvernement, dirigé par les islamistes d’Ennahda et le président de ce parti, Rached Ghannouchi, étaient jusque-là plus prompts à combattre les islamistes qui opèrent à la frontière algérienne et contre qui l’armée a été mobilisée avec des moyens logistiques impressionnants. La raison étant d’empêcher ces terroristes en provenance, pour certains, de la Libye, de la Syrie, voire du nord Mali et pour d’autres en rapport avec  Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), de s’installer sur le territoire et d’y perpétrer des attentats. Bien que de nombreux citoyens se plaignent des agissements d’Ansar Ashariaa, notamment sur les campus  universitaires, dans les mosquées et face à l’administration, notamment les incidents avec la police, aucun signal fort n’avait été donné.  Rached Ghannouchi, contredisant ses adversaires, avait même affirmé la semaine dernière, que le pays n’était pas plus confronté à une situation d’insécurité que sous le règne du Président renversé par la révolution du 17 décembre 2010, Ben Ali. L’autre preuve de la tolérance de ce mouvement par le pouvoir, c’est que le chef du parti Ennahda était accusé de traiter les hommes d’Ansar Ashariaa comme ses « enfants ». Cependant, l’interdiction de la rencontre annuelle a été l’élément déclencheur de la violence survenue dimanche à Kairouan et dans la capitale, Tunis, où les affrontements avec la police auraient fait un mort ; deux selon d’autres sources et plusieurs blessés dont des policiers. Le Premier ministre a annoncé l’arrestation de 200 manifestants.

Au-delà de répondre aux nombreuses plaintes internes, cette décision du gouvernement était essentielle pour rassurer les milieux d’affaires et les partenaires au développement de la Tunisie. Lesquels ont besoin d’un environnement stable pour la relance de l’économie. De même, il fallait donner un gage de crédibilité aux organisations des Droits de l’homme.

Paulin N. Zobo