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Tunisie: Décès du Président Essebsi, Mohamed Ennaceur président par intérim

jeudi, 25 juillet 2019 16:39
Tunisie: Décès du Président Essebsi, Mohamed Ennaceur président par intérim Crédits: DR

Selon la Constitution, c'est le président de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) qui remplace le président définitivement empêché. À 85 ans, Mohamed Ennaceur a 90 jours pour organiser le prochain scrutin présidentiel.

Le palais de Carthage connaît son premier deuil. Pour la première fois de son histoire, un président est mort alors qu'il était en fonction. Depuis le 27 juin, Béji Caïd Essebsi n'avait pas reparu en public. Un « malaise grave » avait été indiqué par communiqué. Depuis, les rumeurs couraient sur l'état de santé du nonagénaire, 92 ans.

Des propos rassurants étaient tenus, faisant savoir que BCE s'était entretenu avec le ministre de la Défense. Une photo des deux hommes, avec les quotidiens du jour, avait été publiée. En ce jour anniversaire de la République, le 62e, l'annonce de sa mort est intervenue aux alentours de 11 heures.

Une réunion s'est tenue entre Youssef Chahed, le président du gouvernement, et Mohamed Ennaceur, le président de l'Assemblée des représentants du peuple. Le second devient président de la République par intérim. Des élections, selon la Constitution, doivent intervenir dans un délai maximal de trois mois.

Un deuil national sera décrété pour une durée de plusieurs jours. Les obsèques du président se dérouleront en présence de très nombreux chefs d'État. Il était respecté dans le monde arabe tant par l'Arabie saoudite que par le Qatar.

En Europe, il incarnait la Tunisie devenue démocratique. Lui qui avait été ministre sous Bourguiba, député puis président de la chambre des députés sous Ben Ali, devint Premier ministre en 2011, deux mois après la révolution. Rien ne le prédisposait à cette nouvelle carrière. Il avait alors 84 ans.

L'absence de Cour constitutionnelle

La mort d'un chef d'État n'entrave en rien la continuité de l'État, à son sommet. Si la Constitution a prévu tous les cas de figure, il manque cependant un maillon essentiel : la Tunisie ne s'est pas dotée d'une Cour constitutionnelle.

Les députés avaient pour obligation de le faire en 2015, mais les partis au pouvoir (Nidaa Tounes de BCE, le parti islamiste Ennahdha puis le nouveau parti du président du gouvernement, Tahya Tounes) n'ont pas su faire abstraction de leurs ambitions partisanes pour doter la jeune démocratie d'un outil pourtant capital.

Le calendrier électoral sera-t-il chamboulé ?

La Tunisie arrive aux termes des mandatures législatives et présidentielle. Les futures échéances ont été fixées au 6 octobre pour le renouvellement de l'Assemblée et au 17 novembre pour le premier tour de la présidentielle. La mort de BCE devrait modifier le calendrier. Problème : sans Cour constitutionnelle, quelle sera la haute autorité qui fixera les règles ?

Ce décès intervient après des semaines de « guérilla » politique entre Carthage et la Kasbah. Au cœur du conflit : la nouvelle loi électorale votée par l'ARP que Carthage n'a pas signée. Cette loi vise à empêcher les candidatures de deux personnalités en tête des sondages : le magnat des médias Nabil Karoui, et Olfa Terras dont l'association Aïch Tounsi effectue un travail de terrain dans les régions défavorisées.

Ce conflit au sommet de l'État a pris le pas sur toute autre considération. Si les députés ont pu voter l'amendement de la loi électorale – à un mois du dépôt des candidatures auprès de l'ISIE, l'instance indépendante en charge des élections –, ils ont été en revanche incapables de trouver une majorité pour élire les membres de la Cour constitutionnelle.

BCE avait indiqué qu'il ne se représenterait pas. La course pour le pouvoir a déjà commencé en coulisses. Depuis plusieurs semaines. Selon la Constitution, article 85, Mohamed Ennaceur deviendra donc président de la République par intérim. Il est âgé de 85 ans. Il a connu des ennuis de santé il y a quelques semaines.

Source:  LE POINT