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RD Congo : Les défis qui attendent le 1er gouvernement de l’ère Tshisekedi

mardi, 27 août 2019 16:01

L’équipe de 65 membres nommée finalement hier par le Chef de l’Etat, attend le quitus de l’Assemblée nationale pour se mettre au travail dans un pays où tout paraît urgent.

Ouf ! Que la gestation a été longue ! Plus de sept mois de tractations, d’aller-retour entre QG des deux formations politiques constituant la majorité au pouvoir ( le FCC de l’ancien Président Joseph Kabila et Cash de l’actuel Chef de l’Etat), puis de va-et-vient du Premier ministre Sylvestre Illunga Ilunkamba, chez le Président de la République, Félix Tshisekedi. Avant qu’au bout de la nuit du dimanche au lundi 26 août, ne surgisse la fameuse fumée blanche.

L’accouchement laborieux du premier gouvernement de coalition de la République démocratique du Congo contemporaine baptisé pompeusement « premier gouvernement de l’alternance démocratique » s’est fait à l’aube, à 5h du matin, au moment où les Congolais sortaient à peine de leur sommeil pour vivre une autre semaine de tractations politiques en tous genres.

Mais, comme souvent en pareille circonstance, mieux vaut tard que jamais. La première équipe gouvernementale de l’ère Tshisekedi compte 76,9% de personnalités n’ayant jamais pris part à un gouvernement, une innovation majeure dont se réjouissent, à juste titre, le Chef de l’Etat et son Premier ministre qui tenaient à des visages nouveaux, symbolisant le changement tant proclamé par le nouveau locataire du Palais de la nation, siège officiel de la Présidence congolaise.

Dans l’opinion toutefois, ces personnalités nouvelles ne font pas l’unanimité. Si bon nombre de Congolais interprètent cette nouveauté comme un signal fort de la rupture d’avec un ordre ancien tenu par des caciques massivement récusés en raison de leur gouvernance erratique, une autre partie de la population l’accueille avec une certaine réserve redoutant l’amateurisme et ses conséquences potentielles, alors que le pays fait face à une multitude de défis économiques, politiques, sociaux et sécuritaires de grande ampleur nécessitant une bonne dose d’expérience de gestion des affaires de l’Etat.

Au total, ce nouveau gouvernement compte 65 membres : 42 sont issus des rangs du Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme pro-Kabila et 23 du Cap pour le changement (Cach). Les Congolais qui ont vécu tantôt lassitude l’interminable feuilleton des négociations pour la formation d’une équipe gouvernementale, attendent quant à eux, de pied ferme ce gouvernement censé relancer un pays qui vivait au ralenti depuis l’avènement du nouveau Président, l’exécutif en place étant alors confiné à l’expédition des affaires courantes.

Sans surprise, dans ce vaste pays de 2,3 millions de km2 et de 85 millions d’habitants à l’histoire constamment tourmentée par des guerres et conflits divers, la première urgence est d’ordre sécuritaire.Près de huit mois après l’investiture du Président Tshisekedi, et en dépit de la bonne volonté affichée par celui-ci d’ouvrir un chapitre de paix et de sécurité sur l’ensemble du territoire congolais, les défis sécuritaires restent entiers principalement dans la zone orientale du pays en proie à l’insécurité. L’Est de la RDC reste en proie à une guerre parfois asymétrique imposée par des rebelles suspectés ougandais de l’Alliance Defense Force (ADF) auxquels s’ajoutent des groupes armés locaux hétéroclites comme les différentes obédiences Maï-Maï.

Au moins 1 900 personnes ont été tuées par les groupes armés de juin 2017 à juin 2019, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon un décompte officiel. De ces questions qui seront désormais co-gérées à la fois par le nouveau ministre de l’Intérieur (proche de Tshisekedi) et celui de la Défense (un pro-Kabila). Dans l’intervalle, la visite du Secrétaire général de l’Onu en RDC, qui devrait intervenir du 31 août au 2 septembre reste très attendue, la présence sur place de plus de 20 000 Casques bleus n’ayant pas apporté la sécurité, nourrissant des crispations cycliques entre classe politique congolaise et milieux onusiens.A ce défi sécuritaire quasiment endémique est venu se greffer celui de la santé avec l’épidémie de la fièvre à virus Ebola qui a migré des zones de Beni-Butembo-Ituri pour s’étendre jusqu’à Goma, une mégalopole de 2 millions de Congolais qui redoute une aggravation de la situation face à la modestie des moyens étatiques de riposte. Le ministre en charge de la santé, un proche du Chef de l’Etat aura la lourde tâche de gérer ce dossier brûlant qui avait déjà provoqué la démission de son prédécesseur.

Alors que la rentrée scolaire de septembre point à l’horizon, les Congolais scrutent les gestes du nouveau ministre en charge de l’Education, qui devra mettre en œuvre la gratuité de l’école primaire prônée par la constitution et fermement soutenue par l’exécutif, qui coûterait au Trésor public environ 2,5 milliards de dollars (1 dollar Us= environ 600 FCfa) cette année. Les urgences économiques sont nombreuses dans ce pays où trois quarts de la population sont réputés vivre sous le seuil de pauvreté, avec un chômage frappant jusqu’à 80% de la population active selon certains chiffres.

L’adoption d’une loi des finances rectificative pour intégrer les exigences du programme présidentiel d’urgence est urgente, et pour en rajouter à la pression pesant sur les épaules du nouveau ministre en charge du Budget, le processus d’élaboration du projet de budget pour 2020 devant dépasser les 8 milliards de dollars américains (au lieu des 5,5 milliards de dollars du budget actuel de l’Etat congolais, une misère) doit être rapidement enclenché pour aboutir dans les délais. Sur ce chapitre économique, la plus grande préoccupation des milieux d’affaires reste la suite que l’actuelle équipe gouvernementale compte donner à la réforme du Code minier intervenue l’année dernière, et qui avait fortement mécontenté les multinationales.

Cette réforme censée faire bénéficier davantage le Congo et les Congolais des vastes ressources minières du pays par la diminution des privilèges faramineux consentis aux consortiums occidentaux et l’instauration de nouvelles taxes est en partie à l’origine de l’ostracisme des Occidentaux à l’égard de Joseph Kabila.

L’ancien Président ayant réussi à imposer un de ses proches à la tête du ministère chargé des Mines, les milieux miniers redoutent un nouveau bras-de-fer. Mais, les deux têtes de la coalition au pouvoir, le Président Tshisekedi et son prédécesseur ont déjà accompli tant des miracles en parvenant à se mettre d’accord autour d’un gouvernement (alors que tout semblait les séparer), que transcender les contradictions du secteur minier, principal pourvoyeur de devises du pays, ne devrait pas être un obstacle insurmontable.

Valentin Mbougueng

 

Nançrdine cinthia