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En Afrique, ces dirigeants indéboulonnables" qui ont quitté le pouvoir depuis 2011

mardi, 23 avril 2019 14:44
Omar el Béchir Omar el Béchir Crédits: DR

Depuis la révolution tunisienne, une dizaine de pays africains ont vu leurs dirigeants, pourtant considérés comme indéboulonnables, quitter le pouvoir. Retour sur des changements de régime obtenus le plus souvent sous la pression de la rue.

En neuf ans, plusieurs autocrates d'Afrique ont cédé leur fauteuil présidentiel. Sur dix dirigeants, sept ont été renversés sous la pression populaire, deux ne se sont pas représentés, et un a été défait dans les urnes. Chronologie de la fin des régimes autoritaires depuis 2011.

  • Janvier 2011 : la chute de Ben Ali en Tunisie

La révolution tunisienne est le fer de lance des printemps arabes qui a abouti à la chute de Zine el-Abidine Ben Ali au pouvoir depuis 1987, mais aussi à celle de plusieurs dictateurs dans le monde arabe. Les manifestations contre le chômage et la répression policière démarrent le 17 décembre 2010 dans la ville de Sidi Bouzid, après l’immolation d'un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes de 26 ans, Mohamed Bouazizi dont le matériel de travail avait été confisqué par les autorités. Très vite, un mouvement de contestation embrase le pays. Les manifestations sont sévèrement réprimées par la police, mais l’armée s’interpose et lâche finalement Ben Ali malgré des concessions au bout de quatre semaines de révolte. Ben Ali s’exile en Arabie Saoudite, le 14 janvier 2011.

  • Février 2011 : renversement de Moubarak en Égypte

Dans le sillage de la révolution tunisienne, des mobilisations débutent le 25 janvier 2011 en Égypte dirigée d’une main de fer par le président Hosni Moubarak au pouvoir depuis 1981. Au Caire, manifestations, grèves et occupations de l’espace publique s’enchaînent. En quelques jours, la contestation contre les inégalités et la corruption au sommet de l’État grandit. Les populations manifestent aussi contre les dérives d’un État policier de plus en plus liberticides. Tout comme en Tunisie, des personnes s’immolent pour dénoncer le chômage subi par la jeunesse. Les protestations s’intensifient dans la deuxième semaine du mois de février. Acculé devant plusieurs milliers de personnes qui manifestent place Tahrir, le président Moubarak jette l’éponge après une répression sanglante. Le 11 février, le vice-président Omar Souleiman annonce la démission du président.

  • Octobre 2011 : fin de règne de Kadhafi en Libye

Au pouvoir depuis 1969, Mouammar Kadhafi comptabilisait le plus grand nombre d'années de règne dans le monde arabe, mais aussi en Afrique. La révolution libyenne démarre le 15 février 2011 par des mouvements de protestations. Les populations réclament plus de libertés et de démocratie, et aussi une meilleure répartition des richesses du pays dont la principale est le pétrole.

Les protestations commencent à l’est à Benghazi et s’étendent aux grandes villes comme Tripoli. La répression est terrible. Mais contrairement à la Tunisie et à l’Égypte, ce vent de contestation se transforme au fil des semaines en conflit armé. Un Conseil national de transition – très vite reconnu par la France et par la communauté internationale – qui regroupe les rebelles se forme à Benghazi. Tandis qu’à Tripoli [à l'ouest du pays], l’armée régulière libyenne reste loyale à Kadhafi. Avec l’appui d’une coalition militaire internationale à laquelle prennent part la France, le Royaume-Uni, le Canada et l’Italie, le Conseil national de transition avance vers Tripoli. La capitale libyenne est prise le 23 août. Capturé et lynché par la foule, Kadhafi meurt en octobre 2011 à Syrte, dernier bastion tenu par ses partisans.  

  • Octobre 2014 : chute de Compaoré au Burkina-Faso

Le capitaine Blaise Compaoré accède au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’État militaire contre son ami Thomas Sankara. Il est élu une première fois en 1991 et réélu en 1998 pour un deuxième mandat. Après une révision constitutionnelle en 2000 qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux et qui réduit la longueur du mandat de sept à cinq ans, il parvient à se représenter une troisième et une quatrième fois en 2005 et 2010.

En 2014, dans la perspective d’un cinquième mandat lors de la présidentielle de 2015, Blaise Compaoré tente une seconde fois de réviser la Constitution pour faire sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats. Des manifestations éclatent dans les grandes villes du pays ainsi que dans la capitale Ouagadougou. Et le 29 octobre, jour où le projet de révision doit-être débattu à l’Assemblée nationale, les syndicats appellent à une grève générale.

Les jours qui suivent, les bâtiments officiels, parmi lesquels l’Assemblée nationale, sont pris d’assaut par la population. La police disperse les manifestants. Sans succès. Le 31 octobre, Blaise Compaoré démissionne et est exfiltré par la France vers la Côte d’Ivoire où il est accueilli par Alassane Ouattara

  • Janvier 2017 : défaite dans les urnes de Yahya Jammeh en Gambie

Après vingt-deux ans au pouvoir, Yahya Jammeh est battu le 1er décembre dans les urnes par l'opposant Adama Barrow, alors qu’il se représente pour un cinquième mandat. Situation ubuesque : s’il reconnaît sa défaite dès le lendemain des résultats de l’élection, il la conteste une semaine après et demande un recomptage des voix. Trop tard. La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) exige que le choix des urnes soit respecté. Le 18 janvier, alors que son mandat a officiellement expiré, Jammeh annonce son intention de garder le pouvoir. Mais soutenu par l’institution régionale, Adama Barrow prête officiellement serment le 19 janvier à l’ambassade de Gambie au Sénégal. Lâché par son armée, Yahya Jammeh accepte finalement de quitter le pouvoir le lendemain. Lire la suite