Algérie : l'état de santé incertain de Bouteflika sème le trouble 18:30 20/05/2013

lundi, 20 mai 2013 18:22

En Algérie, le silence est imposé par les autorités sur ce sujet tabou. Deux quotidiens annonçant une déterioration de l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika ont ainsi été saisis. "Le pouvoir veut imposer le silence" sur la santé du chef de l'Etat, titre le quotidien francophone El-Watan pour expliquer l'interdiction de parution dimanche de Mon Journal et de son pendant arabophone Djaridati.

Algérie : l'état de santé incertain de Bouteflika sème le trouble 18:30 20/05/2013

Trois semaines après avoir été hospitalisé en urgence à Paris, le flou reste entretenu sur la santé du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Deux journaux qui voulaient publier un dossier alarmant sur son état ont été saisis.


Dans un pays où le secret fait partie des méthodes de gouvernement, personne ne connaît exactement l'état de santé du chef de l'Etat. Malgré un bulletin officiel publié la semaine dernière annonçant qu' Abdelaziz Bouteflika était en train de récupérer après une attaque mineure, la plupart des Algériens estiment qu'il doit être gravement malade pour être soustrait si longtemps aux yeux du public. Certains de ses organes vitaux seraient très touchés, selon le magazine français Le Point qui cite des sources médicales. Selon le journaliste algérien Hichem Aboud, Bouteflika, qui a survécu à un cancer en 2005, est dans un coma profond. A Alger, personne ne sait même où se trouve le président. Certains le disent toujours en France, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. D'autres affirment qu'il se trouve en Suisse. Selon Hichem Aboud, il a été ramené en Algérie.


En Algérie, le silence est imposé par les autorités sur ce sujet tabou. Deux quotidiens annonçant une déterioration de l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika ont ainsi été saisis. "Le pouvoir veut imposer le silence" sur la santé du chef de l'Etat, titre le quotidien francophone El-Watan pour expliquer l'interdiction de parution dimanche de Mon Journal et de son pendant arabophone Djaridati.

Ils annonçaient que Bouteflika avait été ramené à Alger mercredi dernier à l'aube dans un "état comateux". Un autre quotidien privé, El Khabar, généralement critique envers le pouvoir, affirme en Une que "le Peuple veut l'apparition du président". "Les communiqués de Abdelmalek Sellal (le Premier ministre), les déclarations des proches (du chef de l'Etat), la censure des médias n'ont pas réussi", à faire taire les rumeurs, affirme le quotidien arabophone, l'un des plus forts tirages en Algérie.


En France et en Algérie, les autorités se refusent à tout commentaire, mais, selon la presse, le pays se prépare à une nouvelle ère. La mort de Bouteflika priverait l'Algérie du dernier membre de la vieille garde qui a dirigé le pays à partir de l'indépendance en 1962, pour passer par la guerre civile contre les islamistes dans les années 1990 et revenir à une période de stabilité que lui autorisent ses vastes ressources en hydrocarbures.

Dans ce qui apparaît comme un effort de préparation du terrain à un transfert du pouvoir, le journal El Khabar a publié samedi une photo pleine page de Bouteflika à côté de l'article 88 de la constitution qui prévoit que le président du Sénat assure la présidence par intérim en cas de décès ou d'incapacité du président. D'autres journaux ont publié des photos du Premier ministre Abdelmalek Sellal, 65 ans, considéré comme un candidat probable à l'élection présidentielle de l'an prochain, en train de promettre le développement économique.

En effet, la campagne semble avoir été lancée. Depuis des semaines, certaines personnalités se sont déclarées candidates à la présidence, mais les journaux ne les considèrent pas susceptibles de l'emporter. Dernier en date, samedi, l'ancien militaire Seddik Menassel durant le congrès constitutif de son parti l'Union des nationalistes algériens.


Entrés en campagne avant l'hospitalisation du président

La presse se perd en conjectures pour choisir un candidat susceptible de l'emporter, en tenant compte du pouvoir de décision de l'armée sur l'avenir du pays: d'abord l'ancien Premier ministre Ali Benflis qui s'était déjà porté candidat contre le président en 2004 dont il était un proche. L'économiste Ahmad Benbitour est également cité, de même que l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia et son successeur Abdelmalek Sellal

Preuve pour certains qu'on est entré en campagne bien avant l'hospitalisation du président: la presse s'est emparée depuis des semaines des scandales de corruption qui secouent en Algérie les proches de Bouteflika. Même son frère, Saïd, devenu son conseiller à la présidence, a été cité. Et un autre proche aussi, l'ancien ministre de l'Energie Chakib Khelil, dans un scandale international de corruption au sein de la société nationale des hydrocarbures Sonatrach.


Né le 2 mars 1937, Abdelaziz Bouteflika était un protégé de Houari Boumédiènne, figure de la guerre d'indépendance devenu président. En tant que ministre des Affaires étrangères dans les années 60, Abdelaziz Bouteflika a accueilli entre autres de nombreuses personnalités révolutionnaires dont Che Guevara en Algérie. Elu en 1999, Bouteflika a mis fin à la guerre civile, offrant l'amnistie à ceux qui déposaient les armes. Il a été réélu en 2004 et 2009.

Les Echos

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Écrit par  Les Echos