Vox populi…

Vox populi…

lundi, 02 mai 2016 22:47
Plume Plume Crédits: Frat-mat

Diriger un peuple, c’est d’abord être à son écoute. Et répondre à ses attentes. Depuis quelque temps, tous les Ivoiriens avaient remarqué une augmentation anormale de leurs factures d’électricité et des prix de nombreux produits de grande consommation tels que l’attiéké, la banane ou les divers condiments que sont le piment ou l’aubergine, entre autres.

Ils avaient aussi remarqué que les prix des transports n’avaient pas diminué, malgré la baisse importante du prix du carburant consentie par le gouvernement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Ivoiriens n’étaient pas contents. Et pour grogner, ils grognaient.

Surtout sur les réseaux sociaux qui sont devenus les nouveaux moyens d’expression des peuples. Et c’est dans ces conditions que le ministre des Transports a eu l’étrange idée de changer les permis de conduire sans que l’on comprenne bien la raison profonde qui sous-tendait une telle décision. Évidemment, chacun y est allé de son interprétation. Cette mesure aurait pu être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les peuples ont la mémoire courte. Ils oublient, en effet, très vite tout ce qui est fait de positif pour eux. Ce qu’ils retiennent, c’est ce qu’ils estiment être négatif. Au fond, ils n’ont pas tort. La normalité dans tout pays devrait être que tout aille bien.

Pour ce qui nous concerne, qu’Alassane Ouattara reconstruise le pays, le repositionne comme l’un des plus attractifs sur le continent et la locomotive de l’Uemoa, qu’il augmente le Smig, les revenus des paysans, fasse revenir les investisseurs et la Bad, en créant au passage des milliers d’emplois, est ce qu’il y a de plus normal, compte tenu des compétences qui lui sont reconnues. Et c’est la raison pour laquelle il a été réélu. On n’en attendait pas moins de lui. Mais que les prix flambent et réduisent ainsi leurs pouvoirs d’achat est quelque chose que les Ivoiriens ont du mal à supporter.

Ceux-ci avaient oublié que le Président de la République, aussi puissant et compétent fût-il, ne peut décider de tout, surtout en matière de prix. Si le gouvernement peut jouer sur certains mécanismes pour faire baisser les prix, il y a d’autres facteurs qui peuvent jouer dans le sens contraire. Il y a notamment le marché international, les conditions climatiques, les spéculateurs.

Lorsque le prix du carburant a baissé, les associations de consommateurs auraient dû faire pression sur les transporteurs, au lieu de rester silencieux et s’en prendre par la suite au gouvernement. Ces associations de consommateurs connaissent aussi le monde vivrier. Le Chef de l’état a parlé de cartels. D’autres parlent de vraies mafias qui font la pluie et le beau temps dans le secteur et font grimper les prix pour leurs seuls intérêts.

Le combat des associations de consommateurs devrait être aussi de lutter contre ces mafias. Il y a également notre ruée vers l’hévéa qui est aussi en train de nous tuer. Il y a quelques années, nous avons tout abandonné pour planter de l’hévéa partout où cela était possible, sans penser à ce que nous allions manger. Nous avons détruit des plantations de cacao, de café, de banane ou de manioc pour planter de l’hévéa. Non seulement le prix du latex s’est effondré, mais aujourd’hui, nous n’avons presque plus rien à manger.

Le Président de la République, a entendu les grognements des Ivoiriens. Cela lui était d’autant plus facile qu’il vit les mêmes réalités que ses compatriotes. Si nous pouvons douter que lui, Président de la République, ait des problèmes pour payer ses factures d’électricité, il a cependant des parents, des amis, des connaissances, des compatriotes qui ne sont pas logés à la même enseigne que lui et qui lui font part de leur ressenti. Alassane Ouattara a entendu tout cela. Il a entendu la voix du peuple. Il a pris le temps de vérifier toutes les informations qui lui étaient parvenues.

Le 1er mai, au Palais présidentiel, les représentants des travailleurs n’avaient pas pris de gants pour lui dire ce que les Ivoiriens ressentaient et attendaient de lui. C’est d’ailleurs à ce moment que l’on a entendu le mot racket à propos du renouvellement du permis de conduire. Le Président non plus n’a pas pris de gants pour dire ce qu’il pensait. Il a dit clairement qu’il était en désaccord avec ceux qui font la grève parce que les postes de directeurs des régies financières sont soumis à un appel à candidatures.

Il a parlé de chantage et prise en otage. Il s’est aussi insurgé contre ceux qui veulent appeler « prisonniers politiques » des individus qui ont tenté de déstabiliser le pays et ont été arrêtés pour ce motif. Mais il a surtout clairement répondu aux attentes des Ivoiriens concernant la cherté de la vie, notamment la hausse des factures d’électricité, la sécurité des biens et des personnes, la cohésion sociale et le fameux nouveau permis de conduire. Il a aussi assuré l’avenir en décidant de libéraliser les secteurs de l’électricité et de l’eau afin que, la concurrence jouant, les prix ne puissent plus grimper de manière anarchique.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Président de la République a rassuré et convaincu ses compatriotes sur sa volonté de toujours œuvrer pour leur bien-être. Il reste désormais à chacun de jouer sa partition en demeurant vigilant et en réfléchissant par deux fois avant de prendre certaines décisions.


Venance Konan

Lu 3048 fois Dernière modification le mardi, 03 mai 2016 08:32