Urgence écologique

Urgence écologique

mercredi, 18 novembre 2015 00:44
Urgence écologique Crédits: DR

Le ministère des Eaux et Forêts organise, depuis le 16 novembre, les états généraux de la forêt, de la faune et des ressources en eau. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le constat est alarmant.

Tenez : alors qu’à l’accession à l’indépendance de notre pays, nous disposions de 16 millions d’hectares de forêt, aujourd’hui il nous en reste à peine 2 millions. Il va de soi que si rien n’est fait, d’ici quelques années, nous n’aurons plus de forêt, laquelle constituait l’une des richesses de ce pays.                                         Les Abidjanais ont sous leurs yeux le spectacle de leur lagune, l’une des grandes richesses de la capitale économique, asséchée en partie et tellement polluée que c’est prendre de grands risques que d’y tremper ne serait-ce qu’un orteil. Il y a cette portion de la lagune que nous voyons du côté de la Polyclinique internationale Sainte Anne Marie (Pisam), mais il y a la lagune dans son ensemble qui ceinture la ville et qui est elle aussi dans un état tout aussi catastrophique. Que dire de la faune ? Bientôt, du fait des braconniers et de notre propre impéritie, les éléphants, emblème de notre pays, se compteront sur les doigts d’une main avant de disparaître, complètement. La Côte d’Ivoire abrite, dans la forêt de Taï, une population de chimpanzés que l’on ne trouve nulle part ailleurs au monde et dont le comportement est très proche de celui de l’homme. Des touristes payent très cher pour venir les regarder. Mais bientôt, il n’y en aura plus, parce qu’on les a livrés aux braconniers, quand ce ne sont pas les populations riveraines qui les ont mis tout simplement dans leurs sauces.

Comment en est-on arrivé-là ? Disons tout simplement par notre inconscience. Comme d’ailleurs, tout le reste de l’humanité qui, par inconscience, est en train de tuer la planète Terre. Nous ne sommes pas les seuls à avoir détruit nos forêts, à avoir laissé nos cours d’eau s’assécher. Partout, en Afrique, en Amazonie, en Asie, en Europe, aux États-Unis, les forêts se meurent, les glaciers fondent, les lacs s’assèchent sous l’action des gaz à effet de serre, de la pollution. Ainsi, le lac Tchad qui avait une surface de 26000 kilomètres carrés en 1960, n’en compte plus qu’environ 2000, aujourd’hui. De leur côté, les mers sont si polluées que bientôt l’on y trouvera plus de sachets plastiques que de poissons. Et ces poissons ont déjà, et de plus en plus, un goût de caoutchouc.

En Côte d’Ivoire, l’on a laissé chacun faire comme il voulait, l’on a pris des textes que personne ne s’est donné la peine de faire respecter. On a décrété des aires protégées, créé des parcs nationaux et l’on a fermé les yeux sur tous ceux qui les ont, par la suite, occupés illégalement et systématiquement détruits. Avoir une façade maritime est un privilège pour lequel beaucoup d’États nous envient. Mais qu’avons-nous fait de la nôtre ? Nous avons transformé notre bord de mer en bidonvilles insalubres dont les habitants font leurs besoins sur les plages. Pendant de longues années, nous avons abandonné tous nos parcs nationaux situés dans le nord du pays. Résultat, les braconniers et autres pillards y ont fait tout ce qu’ils voulaient. Je crois que les Ivoiriens ne s’imaginent pas le risque de catastrophe que court notre pays de ne plus avoir de forêt, de faune et de n’avoir que des cours d’eau pollués.

Faut-il, pour autant, désespérer ? Il y a quelques années, j’aurais répondu sans hésiter par l’affirmative. Mais la tenue de ces états généraux de la forêt, de la faune et des ressources en eau, en ce moment, à quelques jours de la conférence des Nations unies sur l’environnement, la fameuse Cop 21, démontre l’existence d’une volonté politique de prendre le problème à bras-le-corps. Et puis, tous ceux qui vivent à Abidjan constatent que la Corniche au niveau de laquelle la lagune s’était asséchée est en plein réaménagement. De même, l’on a vu la destruction des bidonvilles qui bordaient la mer. Tous les Ivoiriens ont apprécié ce retour d’une volonté de remettre les choses à l’endroit. Oui, il y a de très bonnes raisons d’espérer. D’abord, le mauvais traitement que subit notre environnement n’est pas irréparable. Il suffit de vouloir inverser les choses pour que la situation change. Oui, il est possible de reboiser la Côte d’Ivoire, de protéger notre faune et préserver nos ressources en eau. Et, cela est désormais évident ; le gouvernement a décidé d’assumer pleinement toutes ses responsabilités. Alors, félicitons le ministre des Eaux et Forêts pour l’initiative de ces états généraux, en espérant que les résolutions qui en sortiront ne resteront pas dans un tiroir.

Venance Konan

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