Union, discipline, travail

lundi, 12 août 2013 08:21

Notre déclin, lui, a commencé lorsque nous avons commencé à nous diviser, à nous battre pour monter dans les bus, à ne plus respecter qui que ce soit, surtout les aînés et les enseignants, à mépriser la vie humaine et à courir comme des forcenés derrière le dieu argent, à le vouloir à toute vitesse, sans trop regarder aux moyens de l’avoir.

Union, discipline, travail

Qu’est-ce qui a fait que la Côte d’Ivoire  a, pendant trois décennies environ, été le pays phare de la région ? Il n’y avait pas de miracle à la base, même si, à cette époque, on parlait de « miracle ivoirien.» Cette expression indiquait simplement que nous avions réalisé quelque chose d’inattendu, compte tenu du contexte qui était le nôtre. Cela a été possible parce que nous étions unis, disciplinés et travailleurs.

Ce n’est pas par hasard que les pères fondateurs de notre pays indépendant ont choisi comme devise pour notre pays, Union, Discipline, Travail. Ils voulaient que nous soyons un peuple uni, discipliné et travailleur. Nous l’avons été et nous en avons reçu la récompense.

Notre déclin, lui, a commencé lorsque nous avons commencé à nous diviser, à nous battre pour monter dans les bus, à ne plus respecter qui que ce soit, surtout les aînés et les enseignants, à mépriser la vie humaine et à courir comme des forcenés derrière le dieu argent, à le vouloir à toute vitesse, sans trop regarder aux moyens de l’avoir.

Il n’y a pas de fatalité au déclin ou à la misère. De nombreux pays ont connu des situations pires que la nôtre et ont remonté la pente. Le meilleur exemple est celui de notre voisin de l’est, le Ghana, qui, après être « tombé », a réussi à se relever, au grand bonheur de ses habitants. La Côte d’Ivoire pourra réaliser son second « miracle » lorsque nous serons redevenus le peuple uni, discipliné et travailleur que nous étions. La crise politico-militaire nous avait profondément divisés. Mais allions-nous rester indéfiniment dans cette division ?

Le camp des perdants de notre dernière bagarre avait ses rancœurs et ses exigences, notamment la libération de ceux des siens qui se trouvaient en captivité, tandis que celui des gagnants avait son arrogance de vainqueur qui allait de pair avec son mépris du vaincu. Nous en étions à un point où l’un des camps, à défaut de saboter le travail de l’autre - ce que certains ne se sont d’ailleurs pas privés de faire - se contentait de regarder les choses se faire en priant pour que tout aille de travers.

Un pays ne peut avancer ainsi, avec deux camps dressés l’un contre l’autre, chacun macérant dans sa haine de l’autre. Il fallait sortir de ce face-à-face porteur de lourdes menaces pour la paix dans le pays. Un pas a été fait avec la libération de quatorze prisonniers  du camp des perdants. Ils en exigent d’autres. C’est tout à fait normal. Mais il serait bien qu’eux aussi fassent, à leur tour, un pas, afin que, de pas en pas, nous nous retrouvions dans les bras les uns des autres, pour reformer notre unité perdue.

Mais il ne nous suffira pas d’être à nouveau unis pour retrouver notre prospérité d’antan. L’union est nécessaire, mais pas suffisante. Il nous faut apprendre, à nouveau, à travailler, mais surtout à aimer le travail. Il nous faut apprendre à nos enfants que seul le travail enrichit l’homme, qu’il n’y a pas de mal à chercher à s’enrichir et à y réussir, mais que seul l’enrichissement acquis à force de travail ennoblit l’homme et lui attire le respect. Ceux qui s’enrichissent en volant n’attirent que du mépris sur eux et, en réalité, ne font rêver que ceux de la même engeance qu’eux.

Je me souviens d’une époque où, pour monter dans un bus, il fallait avoir de bons muscles, car il fallait se bagarrer pour y arriver. Et un jour, il a été décidé qu’il fallait se mettre en rang pour monter dans les bus. Tout le monde a constaté que c’était mieux ainsi. Lorsque nous redécouvrirons les vertus de la discipline, nous verrons que les choses iront encore mieux.


Venance Konan

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