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Savoir ce qu’on veut dans la vie

dimanche, 21 août 2016 21:46
Plume Plume Crédits: Frat-mat

À quel jeu morbide sommes-nous encore en train de jouer ? En 2000, sous la houlette des militaires qui nous gouvernaient, nous avons voté, dans la passion et l’hystérie, une Constitution qui a profondément divisé notre pays.

Deux ans plus tard, lorsque la guerre a éclaté dans ce pays, tous les acteurs politiques ivoiriens réunis à Linas-Marcoussis ont reconnu que notre Constitution y avait une grande part de responsabilité, en ce sens qu’elle excluait une partie importante de notre population. À Linas-Marcoussis, tous les partis politiques ivoiriens ont décidé de changer cette Constitution afin que notre pays puisse avancer.

Après la signature de cet accord, nous avons tergiversé, louvoyé, roulé les uns et les autres dans la farine, au point que, lorsque le moment est arrivé d’aller à l’élection présidentielle, nous avons dû contourner cette Constitution et nous référer à un autre accord, signé celui-là à Pretoria. Mais bien avant que l’on n’arrive à cette présidentielle, chacun des candidats significatifs, à savoir Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, avait annoncé son intention de changer cette Constitution une fois élu.

Gbagbo avait même précisé lors de son discours de fin d’année, en 2009, qu’il fallait changer l’article 35 de notre Constitution. D’où vient-il donc qu’aujourd’hui, les partis d’opposition qui ont pour mentor ce même Laurent Gbagbo, et une certaine plateforme de la société civile s’interrogent sur l’opportunité de cette réforme ? Que devons-nous comprendre? Que finalement, il n’est plus nécessaire de changer la Constitution que nous avons, parce qu’au fond, elle n’est pas si mauvaise que ça ? Est-ce cela que ceux qui nous parlent d’opportunité veulent dire ? Nous voulions une nouvelle Constitution hier et aujourd’hui nous n’en voulons plus ? Ou, veut-on nous dire que le moment est mal choisi ? Si c’est le cas, pourquoi ne nous indique-t-on pas le moment qui serait le plus propice ?

La plate-forme de la société civile qui parle d’opportunité nous dit qu’après une enquête auprès des Ivoiriens, ces derniers estimeraient qu’il y a d’autres priorités dans le pays, telles que la lutte contre le chômage, la corruption, la vie chère, la nécessité de la réconciliation, etc. Sont-ils sérieux, ceux qui ont déclaré cela ? En quoi le processus d’adoption de la nouvelle Constitution, qui devrait s’achever au plus tard à la fin du mois d’octobre, nuit-il à la lutte contre le chômage, la vie chère, etc. ?

Si je comprends bien, nous devrions donc attendre d’avoir réalisé le plein emploi, réconcilié tout le monde, y compris les couples qui sont fâchés, éradiqué la corruption, la faim, le paludisme, le sida et toutes les autres maladies, bouché tous les trous de nos rues et routes et ramassé toutes nos ordures avant de songer à changer la Constitution ! Est-ce bien cela, messieurs et dames de la Plate-forme de la société civile pour l’observation des élections (Poeci)?

Quels Ivoiriens vous ont-ils dit que la nouvelle Constitution ne les intéressait pas ? Pouvez-vous nous expliquer la méthode que vous avez utilisée pour recueillir leurs opinions? Quel est votre problème avec le projet de changement de la Constitution ? Voulez-vous nous dire que la Loi fondamentale que nous avons en ce moment est si parfaite qu’il est inopportun d’y toucher ? Que le Front populaire ivoirien (Fpi) et ses satellites ne veuillent pas toucher à la Constitution actuelle cela peut se comprendre. Ce sont eux qui l’on inspirée en 2000, et ils soutiennent toujours son contenu, à savoir qu’une catégorie d’Ivoiriens ne doit pas accéder à certaines fonctions, en raison de leurs origines ou de celles de leurs parents.

J’entends des personnes dire que nous avons organisé deux élections présidentielles avec cette Constitution, ce qui veut dire qu’elle n’est pas si mauvaise que ça. En clair, nous dit-on, « Alassane Ouattara a été élu deux fois malgré cette Constitution ! Donc où est le problème ? » Désolé, nous avons organisé deux élections présidentielles sans cette Constitution.

À chaque fois nous avons dû la contourner. Et puis, même si Laurent Gbagbo a soutenu que la Constitution a été taillée sur mesure contre Alassane Ouattara, nous sommes-nous posé la question de l’après Ouattara ? Pendant combien de temps allons-nous jouer à ce jeu ? Un pays sérieux peut-il se complaire à avoir une Constitution, mais que l’on n’applique pas au moment du choix du Président, parce que tout le monde sait que cela pourrait entraîner une guerre ? Combien de guerres nous faudra-t-il faire avant de nous comporter en peuple responsable ? La solution intelligente ne consiste-t-elle pas à changer enfin cette Constitution dont nous connaissons tous la nocivité ?

Bien entendu, il n’y a pas que l’article 35 qui fixe les conditions d’éligibilité du Président de la République dans le texte actuel. Le Président Ouattara a fait des propositions pour la création d’un Sénat et d’un poste de vice-Président. Rappelons que le Sénat avait été proposé en son temps par Bédié et Gbagbo. La vice-Présidence avait aussi été proposée par le Pdci-Rda. Si d’autres Ivoiriens ont d’autres propositions à faire, qu’ils les fassent et que l’on avance. De nombreux autres défis nous attendent.


Venance Konan

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