Print this page

Rêves d’insurrection

lundi, 07 novembre 2016 23:03
Plume Plume Crédits: FM

Il y a un peu plus de deux ans, Blaise Compaoré, alors Président du Burkina Faso, pays voisin et frère, voulait changer la Constitution de son pays. Les choses se passèrent mal.

 

Des centaines de milliers de personnes, peut-être plus d’un million descendirent dans les rues, incendièrent le Parlement et le Président Compaoré dut abandonner le pouvoir qui finit par échoir à ses opposants.

Depuis cette affaire burkinabè, tous les opposants d’Afrique rêvent de rééditer le coup, faute de trouver d’autres moyens de faire tomber les pouvoirs dont ils veulent prendre la place sans être obligés de passer par la case élection.

Apparemment, c’est ce rêve que caresse une partie de notre opposition qui avait espéré se servir du référendum sur la nouvelle Constitution pour faire descendre le peuple dans la rue. On l’a vu, ses rassemblements ont rarement dépassé le petit millier de personnes lorsque l’on veut compter large.

Vraiment pas de quoi provoquer une insurrection ou inquiéter qui que ce soit. Alors, de rage, elle a demandé à ses partisans, non seulement de boycotter le référendum, mais aussi d’empêcher tout simplement sa tenue. Cela a marché dans quelques localités très isolées, mais le référendum s’est bien déroulé sur tout le territoire sans autre incident que des urnes cassées ou emportées.

Certes, nous n’avons pas assisté au déferlement d’électeurs que nous avions connu en 2010, mais le score, un peu plus de 42%, est fort honorable pour un référendum portant, non pas sur un choix de personnes, mais sur un texte aussi peu excitant qu’une Constitution. Un texte qu’à vrai dire, peu d’entre nous ont lu.

Apparemment, cela n’a pas suffi pour briser le rêve de nos extrémistes qui se couchent chaque soir et se rasent tous les matins en se passant le film de ce grand jour où des millions d’Ivoiriens défileront dans les rues pour faire tomber ce pouvoir qu’ils haïssent tant. Malgré l’adoption du texte par le peuple selon les règles de la démocratie qui veulent que ce soit la volonté de la majorité des personnes ayant voté qui s’applique, nos opposants ne démordent toujours pas. Et si l’on en juge par leurs propos, il y a de quoi avoir froid dans le dos. Jugez-en vous-mêmes:


Abel Naki: « Ouattara n’est plus le Président de la Côte d’Ivoire à cause du faible taux de participation au référendum. Il devra en tirer les conséquences. Ouattara doit être chassé dans les prochains jours. »

Martial Ahipeaud: « Ouattara ne pourra rien face à ce qui arrivera. Dans quelques jours Ouattara partira du pouvoir. »

Henriette Lagou: « La Constitution est mort-née. Les femmes de l’opposition doivent se mobiliser pour ‘’l’opération Ado dehors’’ qui sera lancée les jours à venir. »

KKB: « Ado et Bédié ne pèsent pas lourd. La Constitution de 2000 est toujours en vigueur… Le Front du Refus doit donner le coup fatal au pouvoir afin qu’il disparaisse…La peur a changé de camp… Dans quelques semaines il fera jour en Côte d’Ivoire. »

Abou Drahamane Sangaré: « Nous poursuivrons jusqu’au bout la contestation de cette nouvelle Constitution et nous irons, s’il le faut, devant la haute Cour de justice de la Cedeao. Restez à l’écoute pour les mots d’ordre à venir. »

Bamba Moriféré: « Nous n’accepterons jamais de nous soumettre à la Constitution de Ouattara… Le taux réel de participation est de 8% à Odienné. »

Boni Claverie: « Après le scrutin, les Ivoiriens ont compris que nous vivons sous une dictature. Je vous invite alors à vous insurger et à résister face à cette dictature. »

Mamadou Koulibaly: « Merci pour votre grande mobilisation. Restez toujours mobilisés et à l’écoute de vos leaders. Le pouvoir est au peuple et vive le peuple. »

Personne n’a besoin de lire entre les lignes pour comprendre que notre opposition radicale nous prépare un mauvais coup. Et elle a le chic d’annoncer toujours ce qu’elle prépare. Personne ne devra donc être surpris par ce qu’elle pourrait faire dans les jours à venir. La question est de savoir si nous, Ivoiriens, respectueux de notre démocratie devrons subir passivement cela sans réagir.

Dans toute démocratie qui se respecte, c’est la volonté du peuple telle qu’exprimée à travers le vote qui s’applique. Il n’y a qu’en Côte d’Ivoire, avec le Front populaire ivoirien, que l’opposition estime qu’elle peut refuser de se faire représenter au Parlement et dans toutes les institutions de la République, et vouloir cependant que ce soit sa volonté qui s’applique. Même lorsqu’il est évident que cette opposition, ultra minoritaire n’arrive même pas à mobiliser dans la rue.

Alors, au nom de quoi devrions-nous laisser des individus tels que Abou Drahamane Sangaré, Boni Claverie, Henriette Lagou, Mamadou Koulibaly, KKB, Ahipeaud Martial, Bamba Moriféré ou Abel Naki mettre en danger la paix sociale si chèrement acquise et la croissance économique que nous connaissons en ce moment et qui nous fait espérer en des lendemains meilleurs ? Au nom de quoi ? Au nom de quelles populations qu’ils représentent ? Il appartient aux autorités de prendre leurs responsabilités, si ces personnes ne veulent pas utiliser les voies démocratiques, afin que l’on n’assiste pas à nouveau à des scènes où des populations, excédées, chercheront à répondre à la violence par la violence.


Venance Konan

Read 3681 times Last modified on mardi, 08 novembre 2016 09:14