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Rassembler ce qui est épars

dimanche, 21 février 2016 23:22
Plume Plume Crédits: Frat-Mat

Il semble, selon ce qui nous est parvenu, que des jeunes et des moins jeunes du Parti démocratique de Côte d’Ivoire- Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) sont très furieux en ce moment contre le président de leur parti.

Et la raison de leur courroux est qu’il a proposé le nom de Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) pour le parti qui doit englober le Pdci-Rda, le Rassemblement des républicains (Rdr), l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Udpci), le Mouvement des forces d’avenir (Mfa) et l’Union pour la Côte d’Ivoire (Upci). Le Pdci-Rda serait donc, pour ces militants, mort, tué par Bédié. Simplement parce que le sigle Pdci-Rda, ou Pdci tout simplement, n’apparaît plus dans le nom du nouveau parti. De notre point de vue, plutôt que de se plaindre du fait que leur parti perde son nom, les militants du Pdci-Rda devraient être fiers de leur président qui vient de leur donner, enfin, un parti plus grand, plus fort. Ces militants fâchés auraient-ils oublié leur histoire ? Le Pdci, rappelons-le, était à l’origine une section du Rda, ce mouvement créé et présidé par Houphouët-Boigny à Bamako, capitale du Mali actuel que l’on appelait alors Soudan français, et qui couvrait pratiquement toutes les colonies françaises d’Afrique. à cette époque, il y avait plusieurs partis en Côte d’Ivoire. C’est peu de temps avant l’indépendance que tous ces partis se fondirent en un seul, le Pdci, et que nous vécûmes jusqu’en 1990 sous le parti unique.

En 1990, l’histoire du monde et de nos pays commanda que l’on s’ouvrit au multipartisme. Il se créa alors une centaine de partis politiques en Côte d’Ivoire dont le plus emblématique fut le Front populaire ivoirien (Fpi) de Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara qui était alors le Premier ministre d’Houphouët-Boigny fut le numéro deux du Pdci. Après le décès du premier Président de notre pays, il y eut de l’incompréhension entre ses héritiers, et des membres du Pdci partirent créer le Rdr qu’ils mirent à la disposition de M. Ouattara. Anaky Kobéna, qui fut l’un des membres fondateurs du Fpi, fit dissidence et créa le Mfa avec des membres déçus du Fpi. à la fin de 1999, il y eut le coup d’état et Robert Guéi devint Chef de l’état. Lorsqu’il perdit le pouvoir en 2000, il créa l’Udpci qui fut composée essentiellement de membres du Pdci. En 2010, Gnamien Konan, qui ambitionnait d’être Président de la République, créa l’Upci, avec des membres du Pdci. Ainsi, en dehors du Mfa, le Rdr, l’Udpci et l’Upci furent créés par démembrement du Pdci. Avouons qu’entre le Rdr et le Pdci, et entre l’Udpci et le Pdci, il y eut beaucoup de rancœurs et d’animosités. Oui, la séparation se fit dans la douleur, et l’on ne peut bâtir l’histoire nouvelle en faisant fi de cela.

En 2005, le Pdci, le Rdr, le Mfa et l’Udpci enterrèrent la hache de guerre et créèrent le Rhdp en se réclamant de l’héritage d’Houphouët-Boigny, pour faire un bloc commun face à Laurent Gbagbo. Cette alliance a réussi en 2010 à bouter Gbagbo hors du pouvoir qu’il ne voulait plus lâcher, et à diriger ensemble le pays. En 2015, ce regroupement a porté encore, sans coup férir, au pouvoir son candidat Alassane Ouattara, après que Bédié a proposé que tous ces partis se rassemblent à nouveau pour former un même parti. Cette proposition a été favorablement accueillie par tous les militants de ces partis, la discussion ne portant que sur le nom que ce grand parti devait porter.

Quel est le plus important aujourd’hui ? Le fait que ces partis se remettent ensemble, après avoir été divisés, ou le nom que cette union doit porter ? Certes, Bédié avait, dans un premier temps, proposé que ce nouveau grand parti porte le nom de Pdci-Rdr, puis, dans un second temps, tout simplement Pdci, puisque c’est de ce parti que les autres étaient partis. Mais cette proposition passa difficilement auprès des autres formations politiques, notamment le Rdr. Fallait-il s’y arcbouter ? Le Rdr faisait valoir qu’il avait en 20 ans, développé une personnalité propre et une histoire particulière qu’il ne voulait pas perdre en se fondant dans le Pdci. Il en était de même pour les autres partis de l’alliance des houphouétistes. C’est sous Bédié que le Pdci fut divisé. Et depuis, il ne cesse de tenter de réunir de nouveau ce qui était épars, avant de quitter définitivement la scène politique. Il y est parvenu, et ses militants devraient lui en être reconnaissants. Qu’est-ce que le Pdci tout seul sans les autres ? Qu’est-ce que le Rdr tout seul sans les autres ? Aujourd’hui les héritiers d’Houphouët-Boigny, hier divisés, se sont retrouvés, et, encore plus important, ont décidé de perpétuer son nom dans leur nouvelle union. Le nouveau grand parti portera le nom de Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix. Y-a-t-il meilleur hommage rendu à celui dont ils se réclament tous ? Dans le sigle Pdci, il n’y avait aucune référence à Houphouët-Boigny. Pourquoi certains militants de ce parti ne veulent-ils pas que l’histoire évolue, et que l’on fasse comme si, entre 1994 et aujourd’hui, rien ne s’était passé ?

Je suis désolé, mais il s’est passé des choses qui ont fait que certains sont partis du Pdci. Que les militants de ce parti l’assument. Aujourd’hui, tous ont décidé de taire les rancœurs, dans l’intérêt supérieur de la nation. C’est le plus important. Ne l’oublions pas, les défis sont toujours énormes pour notre pays, et seule une union des héritiers du père de la nation peut permettre d’y faire face.

Venance Konan

Lu 3696 fois Dernière modification le lundi, 22 février 2016 08:35