Que le détail ne tue pas l’ensemble

jeudi, 14 avril 2016 23:50
Plume Plume Crédits: Frat-mat

Après avoir doublé les capacités de production de son usine de ciment de Yopougon, le groupe marocain Cimaf en a ouvert une autre à San Pedro.

Dans le même temps, un groupe turc a ouvert son unité de production de ciment, pendant que l’homme d’affaires nigérian Dangote a, lui aussi, annoncé son intention d’ouvrir la sienne dans notre pays. Est-ce à dire que tout va bien dans le domaine du bâtiment ? à voir toutes les maisons qui se construisent entre Abidjan et Bingerville, à tous les alentours de Bingerville, entre Abidjan et Grand-Bassam, entre Abidjan et Anyama en passant par la Maca, disons pour simplifier dans toute la ville d’Abidjan, sans compter les opérations immobilières dans plusieurs villes du pays, les routes et autoroutes qui se construisent un peu partout, l’on peut comprendre cette floraison d’ouvertures de cimenteries. Le groupe Carrefour, de son côté, fort du succès de son magasin Playce sur le boulevard Giscard d’Estaing, envisage d’en construire un autre sur la route de Bingerville. Le vieil adage dit que quand le bâtiment va, tout va. Est-ce vraiment le cas ? Le pays est en pleine reconstruction, cela est indéniable. Il est certain que tous ces investissements que nous voyons arriver, ces cimenteries, ces hôtels qui s’ouvrent, ces grands magasins, ces travaux de construction, que ce soit de bâtiments ou de routes, créent forcément de l’emploi. Pourquoi donc, à en croire les réseaux sociaux, à entendre certains propos tenus dans certains salons, le pays serait au bord de l’explosion sociale ?

 

à notre avis, deux raisons peuvent expliquer cela. D’un côté, il y a la propension des peuples à ne voir que ce qui ne va pas. Mettons, par exemple, qu’il y ait un million cent mille chômeurs. Ils se plaindront tous. Si vous trouvez du travail pour un million d’entre eux, ceux-là ne diront plus rien. Par contre, les cent mille autres continueront à se plaindre, avec raison, de leur situation, et ce sont eux qui seront entendus. Comme dans notre pays, il n’existe pas d’organisme indépendant et fiable qui donne régulièrement des informations sur l’état de l’emploi, personne ne sait exactement comment se porte la lutte contre le chômage. Et comme notre confiance en nos dirigeants est faible, bien souvent nous ne les croyons pas lorsqu’ils disent que la situation va mieux. De l’autre côté, il y a ce que nous pourrions appeler le déficit de communication. Deux décisions font beaucoup jaser en ce moment sur les réseaux sociaux. Il y a celle relative au dédouanement de toutes les marchandises d’une valeur supérieure à 100 000 francs Cfa qu’avait prise la douane et celle de changer les permis de conduire. Concernant la décision de la douane, elle est appliquée dans le monde entier et ne date pas d’aujourd’hui. Elle a pour objet, tout simplement, de protéger l’industrie et le commerce de notre pays. Ceux qui se plaignent ne parlent que du parfum ou de la chemise qu’ils ramènent de leurs voyages. Ils ne voient pas, ou feignent de ne pas voir ceux, ou plutôt celles, car il s’agit en majorité de femmes, qui profitent de tous leurs voyages pour se livrer à un véritable commerce de chaussures, de sacs, d’habits, et divers articles. Qui, revenant d’Europe, n’a jamais été abordé à l’aéroport par ces dames pour transporter une de leurs innombrables valises ? Qui ne connaît pas ces dames qui passent de bureau en bureau pour placer leurs marchandises sans supporter les charges des commerçants reconnus ? Une vidéo postée par une jeune dame fait beaucoup de bruit en ce moment sur Internet à propos de cette histoire de dédouanement. Mais en réalité, combien de personnes sont concernées par cette mesure de la douane ? Combien d’entre nous prennent régulièrement l’avion pour se rendre hors du pays ? Et, en quoi demander de dédouaner des marchandises que l’on fait venir de l’étranger est une mesure qui va contre les intérêts du peuple ? C’est peut-être une question de timing. Si cette mesure avait été prise tout juste après la prise du pouvoir en 2011, nous l’aurions sans doute saluée, en disant que le temps de la rigueur était de retour. Aujourd’hui où chacun cherche une raison pour s’estimer déçu, soit parce qu’il commence à être rassasié, soit parce qu’il a toujours faim, on reçoit différemment une telle décision. Dans une autre vidéo, une autre dame se présentant comme commerçante s’adresse au Président de la République pour se plaindre de ce que le commerce ne marche plus. Que doit faire le Président ? Peut-être demander que les faux commerçants dédouanent leurs marchandises pour ne pas faire une concurrence déloyale aux vrais… Concernant le changement de permis, j’aimerais, comme tout le monde, savoir si c’est vrai, et comprendre le problème qu’il y a sur les permis que nous avons en ce moment qui justifie que l’on les change. Ce changement sera-t-il gratuit ? Depuis un certain temps, les étudiants des facultés de médecine et de pharmacie se plaignaient du manque de matériel de travail dans leurs laboratoires. La somme nécessaire à l’équipement de ces laboratoires a finalement été débloquée. N’y avait-il vraiment pas moyen de le faire plus tôt ? Fallait-il vraiment attendre que les étudiants se fâchent d’abord ? En tout état de cause, tous les décideurs doivent veiller à ce que certaines décisions, qui sont en réalité des détails, ne viennent pas, faute d’une bonne communication, gâcher l’ensemble du travail réalisé par le Chef de l’état dont tout le monde se plaît à reconnaître qu’il est immense.

Venance Konan

 

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