Imprimer cette page

Préserver notre pays

mardi, 09 août 2016 01:53
Plume Plume Crédits: Frat-mat

 

Nous avons célébré le dimanche dernier le 56e anniversaire de l’indépendance de notre pays. 56 ans, dans une vie humaine, c’est beaucoup. C’est l’âge de la maturité, de la sagesse même. Il devrait en être de même pour un pays. Ces dernières années, nous avons connu des crises qui ont mis à mal notre cohésion nationale, voire la survie de notre pays.

Normal 0 21 false false false FR JA X-NONE

Les crises de la quarantaine et de la cinquantaine sans doute. Ou peut-être de la jeunesse, car des pays beaucoup plus anciens que le nôtre ont connu des crises plus graves, plus destructrices. Souvenons-nous des deux dernières guerres mondiales qui ont ensanglanté l’Europe et l’Asie et coûté la vie à des millions de personnes. Nous avons triomphé de nos crises et aujourd’hui, bien que certaines personnes aient encore de l’amertume dans le cœur, nous nous acheminons vers la réconciliation totale des fils de ce pays. Faisons en sorte qu’elle soit vraie. Nous y parviendrons lorsque personne n’aura le sentiment d’avoir été exclu. N’oublions jamais que l’origine des différentes crises que nous avons connues dans ce pays vient du sentiment d’exclusion d’une partie de la population. L’exclusion peut être politique ou sociale, mais elle peut aussi être économique. Les mineurs délinquants que l’on a surnommés « microbes » qui sévissent dans certains quartiers ne se sentent-ils pas marginalisés par notre société ? D’autres couches de la société  que l’on entend grogner ces temps-ci ne se sentent-elles pas laissées-pour-compte au moment où nous vantons notre forte croissance économique ? Beaucoup de choses sont faites au niveau du social, ne serait-ce que par les constructions d’écoles,  de centres de santé, de pistes rurales, de l’électrification, de l’adduction d’eau. Cet effort doit être maintenu et amplifié. Lorsque l’on dit cela, tous les regards se tournent vers le gouvernement et le chef de l’Etat. Nous devrions les tourner aussi vers certains de nos maires qui pourraient faire preuve d’un peu plus d’imagination pour rendre la vie de leur population moins difficile, en leur offrant, par exemple, des cadres de vie plus propres, plus salubres. Aujourd’hui, nous en sommes réduits à organiser des concours pour espérer pouvoir vivre dans des quartiers propres. Lorsque M. Ouattara a pris le pouvoir, en 2011, une de ses premières actions a été de nettoyer nos villes qui croulaient sous les ordures. La ministre Anne-Désirée Ouloto avait sorti ses bulldozers pour détruire les constructions anarchiques. Nous avions tous applaudi. Et voici que cinq ans plus tard, nous reprenons tout à zéro. Quel est ce peuple qui est autant réfractaire à la propreté, à l’ordre ? Quel est donc ce peuple qui aime autant vivre dans la saleté, au milieu des ordures, des moustiques, de la puanteur, dans l’anarchie, dans le désordre ? Où se situe notre problème ? Est-ce parce que nous ne savons pas comment disposer de nos ordures que nous les laissons traîner partout? Est-ce parce que cela nous coûte cher de les faire ramasser ? Pendant que l’on organise des concours du quartier le plus propre, il serait temps, dans le même élan, de prendre aussi des sanctions contre ceux qui salissent la ville et ceux qui ne font rien pour la rendre propre. En son temps, le président tunisien Ben Ali avait limogé le maire de la ville balnéaire de Hammamet parce qu’il avait trouvé la ville sale. Ne pouvons-nous pas, nous aussi sanctionner les maires qui ne sont pas capables de maintenir leurs communes propres ? Soyons convaincus d’une chose : ce n’est pas en vivant au milieu des ordures que nous émergerons. Ni en 2020, ni jamais. De la même façon, si nous n’entretenons pas nos forêts, nous détruirons ce pays et nous pourrons dire aussi adieu à l’émergence. L’histoire du mont Péko, avec ses milliers d’occupants illégaux nous a montré le risque que nous prenons à laisser certaines situations perdurer. L’année dernière, le ministère des Eaux et Forêts avait organisé les états généraux de la forêt et le constat était clair. Si nous ne faisons rien, la Côte d’Ivoire ressemblera bientôt à un pays sahélien, avec tout ce que cela implique comme conséquences. Nous ne réalisons peut-être pas que la relative réussite économique de ce pays a reposé en grande partie sur sa forêt. Nous ne réalisons pas encore que le changement climatique que nous connaissons en ce moment dans ce pays, avec ces pluies qui deviennent de plus en plus rares, vient de la disparition de sa forêt. Nous pouvons reboiser notre pays. Faisons-le. Mais surtout arrêtons, dès à présent, de massacrer ce qui nous reste de forêt. Obligeons ceux qui coupent le bois à replanter des arbres. Cela est-il impossible ?

Venance Konan

Lu 931 fois