Pour changer le pays

lundi, 21 avril 2014 23:27

Seigneur, protège-moi de mes amis. Mes ennemis, je m’en charge.» Félix Houphouët-Boigny.J’étais le week-end de Pâques à l’intérieur du pays, comme la plupart des Ivoiriens, pour fêter avec les parents et les amis. Et à Yamoussoukro, j’ai rencontré un vieux copain qui n’a jamais raté une fête de Pâques au village.

Selon lui, il n’y a jamais eu autant d’affluence dans les villages que cette année. Et il n’y a pas que les Baoulé qui soient retournés fêter dans les leurs. Sa conclusion a été celle-ci : « Les Ivoiriens respirent mieux maintenant. Ils n’ont plus peur. Cela veut dire que le pays va mieux. ». Et il m’est revenu ces propos de

M. Charles Konan Banny, tenus il y a quelques jours, lors d’une cérémonie de remise de dons à la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr): « Nous avons pris le temps d’écouter le peuple ivoirien, et ce que nous pouvons affirmer avec certitude, c’est qu’il est fatigué de vivre dans cette société de la peur ; il ne veut plus se réveiller le cœur battant, parce qu’il est dans l’incertitude. Il souhaite vivre dans un pays en paix ; il veut voir son niveau de vie s’améliorer ; il veut retrouver sa dignité... Chacun de nous doit faire son introspection, et nous devons tous raboter nos égo ». Nous sommes effectivement en train de vaincre la peur, et nous travaillons à améliorer nos niveaux de vie. Nous ne disons pas que la Côte d’Ivoire est subitement devenue un pays de cocagne où tout le monde est heureux et n’a aucun problème. Nous avons encore beaucoup d’efforts à faire, beaucoup de sillons à creuser, et davantage de sueur à verser pour fertiliser nos champs. Oui, nous avons encore beaucoup de travail à faire pour changer notre pays. Et la chose la plus importante à faire est sans doute de tuer en nous le vieil homme.

Chacun de nous doit être porté à l’introspection, et se demander s’il fait bien, très bien le travail qui lui est confié ; s’il n’a pas conservé les pratiques pas très anciennes qui ont conduit notre pays vers le chaos. Ces pratiques ont pour noms : jalousie, culte de la médiocrité, recherche effrénée de l’enrichissement facile, lâcheté, prévarication, violence, goût pour l’insulte gratuite… Tous ceux qui ont en charge la gestion des biens publics le font-ils vraiment dans l’intérêt du public ? Toutes les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ont-elles arrêté certaines de leurs pratiques qui jetaient le discrédit sur le pouvoir ? Tous les magistrats rendent-ils vraiment la justice comme il se doit ? Livrons-nous à l’introspection. Si nous voulons changer notre pays, nous devons commencer par changer nous-mêmes en tuant le vieil homme qui sommeille toujours en nous.

Les chrétiens ont célébré, ce week-end, la fête de Pâques qui commémore la résurrection de Jésus. Mourir et renaître. N’est-ce pas une invitation adressée à chaque homme et femme ? Perdre une position, c’est ce qui arrive souvent à chacun de nous. Et cela peut être considéré comme une mort symbolique. Mais en tirer la leçon pour mieux rebondir ailleurs est une forme de renaissance. Lisons ces vers de Rudyard Kipling tirés de son célèbre poème Si… : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot, te remettre à rebâtir, ou perdre en un seul coup le gain de cent parties, sans un geste et sans un soupir…Si tu peux supporter d’entendre tes paroles travesties par des gueux pour exciter des sots, et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles, sans mentir toi-même d’un mot…Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front, si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres la perdront…Tu seras un homme mon fils ! » 

Notre pays était mort. Il y a trois ans, dans ce même mois d’avril, un déluge de feu s’abattait sur la ville d’Abidjan. Nous vivions tous dans la peur et croyions voir détruit l’ouvrage de toute la vie d’Houphouët-Boigny et de tous ceux qui avaient contribué à bâtir ce pays. Cette fête de Pâques nous montre que notre pays est en train de renaître. Sans un mot, sans un soupir, mettons-nous à le rebâtir. Mettons-nous y tous pour recueillir les fruits de cette renaissance ou, tout au moins, les laisser en héritage aux futures générations.

 

 

 

 

 

 

 

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