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Politiquement correct

lundi, 25 avril 2016 00:33
Plume Plume Crédits: Frat-mat

Le politiquement correct veut que l’on dise que la réconciliation en Afrique du Sud a été une grande réussite, grâce au génie du grand Nelson Mandela. Oui, grâce à lui, Blancs et Noirs ne se sont pas entretués.

On avait oublié que Xhosas et Zoulous s’étaient étrillés à la fin de l’apartheid et que les morts s’étaient comptés par milliers. Mais le plus important était que Blancs et Noirs se soient serrés la main. Il ne faut surtout pas dire qu’en ce moment Blancs et Noirs se détestent à mort, au point que les Blancs vivent barricadés derrière de grandes clôtures électrifiées et ne se hasardent plus dehors à la nuit tombée, et au point même que certains observateurs se demandent si ce pays ne connaîtra pas une guerre civile.

Le politiquement correct veut que l’on dise qu’en Côte d’Ivoire la réconciliation a été un échec. Parce que Laurent Gbagbo est en prison et que ses partisans ne sont pas contents, et aussi parce qu’une bonne partie d’entre eux vivent en exil. Qu’est-ce qui les empêche de revenir au pays quand certains d’entre eux sont rentrés et que rien ne leur est arrivé ? La semaine dernière j’ai entendu mon ami Tiburce Koffi déclarer sur Rfi qu’il est contraint de vivre en exil, alors notre Constitution affirme qu’aucun citoyen ne doit être contraint à l’exil. Par qui, et par quelle décision Tiburce Koffi est-il contraint à l’exil ? Mon ami a juste été limogé de son poste de directeur général d’une grande école, comme cela est déjà arrivé à des directeurs généraux et arrivera sans doute encore à d’autres. En quoi être limogé d’un poste de directeur contraint-il quelqu’un à vivre en exil ? Il n’est ni poursuivi, ni menacé en quoi que ce soit. C’est vrai qu’auprès des médias français, c’est très chic de se présenter comme exilé politique. Mais c’est politiquement malhonnête de présenter ainsi son pays. Tous les partisans de Laurent Gbagbo qui refusent de rentrer ont chacun une raison qui n’a strictement rien à voir avec une quelconque volonté des dirigeants de notre pays de les voir vivre à l’extérieur. Il y a ceux qui détestent tellement ce pouvoir qu’ils préfèrent vivre ailleurs que sous son règne. Il y a aussi ceux qui, après avoir milité dans le parti de M. Ouattara, ont rejoint Laurent Gbagbo par opportunisme lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Aussi, lorsque M. Ouattara parvient finalement au pouvoir, ils refusent, par orgueil ou par honte, de vivre dans le pays. Je crois que l’on pourrait classer feu Ben Soumahoro dans cette catégorie. Et puis il y a « ceux qui savent eux-mêmes ce qu’ils ont fait », comme on dit. Je connais une dame qui, dans son quartier de Yopougon, indiquait les maisons des partisans de M. Ouattara aux miliciens de Gbagbo. Certains de ses voisins ont ainsi été tués. à la fin de la crise, elle a quitté son quartier et n’y a plus remis les pieds. Parmi tous les exilés de la crise, il y en a beaucoup qui ont commis des actes répréhensibles, et qui, de ce fait, redoutent de revenir dans leur pays. J’en connais au moins un qui a profité de la crise pour vider les caisses de son entreprise. Il sait ce qui l’attend s’il revient au pays.

Que peut faire le Président de la République, que l’on veut rendre responsable de « l’échec » de la réconciliation, pour toutes ces personnes qui, pour les raisons que nous venons d’évoquer, ne veulent pas revenir au pays ?

Au Rwanda, le politiquement correct veut que l’on dise que ce sont les Hutu seuls qui ont tué. Il ne faut surtout rien dire des milliers de personnes massacrées au Rwanda même, et dans les camps de réfugiés en République démocratique du Congo par les forces du pouvoir actuel. Qui, parmi ces forces, a été jugé, que ce soit par un tribunal international ou local ? Mais là-bas il n’y a pas de justice des vainqueurs. C’est en Côte d’Ivoire seulement qu’il y en a.

Depuis quelque temps nous sommes tous fâchés contre la hausse des tarifs de l’électricité et l’idée du ministre des Transports de renouveler nos permis de conduire. Personne dans aucun pays du monde n’apprécie de devoir payer plus. Mais de grâce, veillons à ce que notre sainte colère ne nous amène pas à remettre en cause tout ce que nous avons acquis au cours de ces cinq dernières années et qui a fait faire un énorme bond en avant à notre pays. Soyons honnêtes et n’oublions pas d’où nous venons. Depuis quelques jours le politiquement correct sur les réseaux sociaux veut que l’on dise que plus rien ne va dans ce pays. Gaoussou Touré nous énerve avec son histoire de permis, mais restons quand même lucides.

 

Venance Konan

 

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