Opportunité historique

Opportunité historique

dimanche, 18 mai 2014 22:28

Dans la vie des hommes comme des peuples, il y a les actions que l’on mène soi-même pour évoluer, les fruits du hasard et les moments d’opportunité. Lorsque ceux-là se présentent, il faut les saisir aussitôt, sinon ils disparaissent pour longtemps et souvent pour toujours. Le temps d’opportunité de l’Afrique est arrivé.

Longtemps vilipendé, méprisé, marginalisé - au point qu’un éditorialiste français avait, une fois, écrit que, si par suite d’une catastrophe, il arrivait que l’Afrique disparaisse, le reste du monde ne s’en porterait pas plus mal - notre continent est, aujourd’hui, en train de faire rêver. Un magazine britannique d’influence qui l’avait qualifié, il y a une dizaine d’années, de continent du désespoir a, aujourd’hui, viré sa cuti pour voir en l’Afrique la nouvelle terre d’espérance. Que s’est-il passé ?

Il s’est passé que la vieille Europe est devenue vraiment vieille et se trouve actuellement, en panne, économiquement et moralement. L’Amérique aussi. Certains analystes croient assister, en ce moment, au déclin et, bientôt, à la fin de la civilisation occidentale. Il reste l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique. Les nouveaux pays émergents s’appellent bien Brics, à savoir, Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. L’Asie, notamment la Chine, a progressé très vite, peut-être même trop vite, au point d’être, aujourd’hui, confrontée à de sérieux problèmes écologiques et à la fronde d’une partie de sa population qui réclame plus de démocratie et de liberté ; et puis, elle a vite vieilli, elle aussi. Notre continent, dont les ressources tirent la croissance des nouveaux pays émergents, a toutes les opportunités pour lui. Son avantage est qu’au-delà des matières premières dont il regorge, il a une population encore jeune et tout y reste à faire, à construire. La particularité de la jeunesse africaine est que, même au fin fond des brousses, malgré les faibles taux d’alphabétisation, elle reste connectée au reste du monde. Pour “ parler ivoirien’’, elle n’est plus « gaou ». En  plus, malgré nos systèmes éducatifs plus qu’approximatifs, de plus en plus d’Africains sortent des plus brillantes universités et écoles du monde et occupent des places prépondérantes dans le système économique et décisionnel mondial. Et bon nombre de ces grands cerveaux retournent sur le continent pour se mettre à son service. Voilà les opportunités qui s’offrent à nous aujourd’hui.

Bien sûr, il reste encore sur notre continent des dinosaures accrochés à des systèmes totalement dépassés, de jeunes militaires qui rêvent de rééditer les coups des Samuel Doe ou Amin Dada, mais que l’histoire balaie très vite, à l’instar des Moussa Dadis Camara, Amadou  Haya Sanogo ou Michel Djotodia ; des centaines de migrants dont les embarcations chavirent chaque jour dans la Méditerranée, des Boko Haram, des Shebabs, des Mujao, des guerres ici et là, etc. Mais ce qu’il faut prendre en compte, c’est la dynamique qui est en marche. Il y a un nouveau leadership qui éclot un peu partout sur le continent, qui est de plus en plus conscient de son rôle historique, de plus en plus compétent et au fait des problématiques mondiales et qui sait s’entourer d’esprits brillants. Reconnaissons que nous avons un tel leadership dans notre pays. Certes, certains d’entre nous auraient des choses à dire sur telle ou telle personne dans l’équipe gouvernementale ou dans son entourage, mais nous devons nous garder des opinions qui ne reposent sur aucun fait démontrable et tenir compte aussi du contexte particulier de l’avènement de ce pouvoir. Nous avons encore beaucoup de choses à améliorer. Travaillons à le faire sans jamais aspirer au repos.

Une opportunité historique s’offre, en ce moment, à l’Afrique. Mais seuls les pays qui sauront la saisir en profiteront. Certains de nos compatriotes ont des raisons de haïr ce pouvoir. Mais mijoter ses rancœurs n’a jamais fait avancer qui que ce soit. Ni un homme, ni un Etat. Des pays tels que la France et l’Allemagne, l’Allemagne et la Russie, l’Allemagne et Israël, ou le Japon et les États-Unis avaient de bonnes raisons de se détester à vie. Mais lorsqu’ils ont surmonté leurs rancœurs et décidé de marcher ensemble, ils ont fait des pas de géant. Dans l’histoire récente de notre pays, si nous remontons à nos indépendances, en marquant des arrêts à certaines dates clés telles que 1962-1963, 1970, 1999, 2000, 2002, 2004, 2010-2011, chacun de nous, pris sous le prisme des partis politiques, de l’ethnie ou de sa  simple individualité,  a eu son lot de souffrances. Il nous appartient, aujourd’hui, de choisir entre retourner sans cesse le couteau dans nos plaies ou les refermer pour toujours afin de saisir l’opportunité qui s’offre à nous aujourd’hui.

Depuis qu’Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara ont surmonté leurs rancœurs légitimes, notre pays a retrouvé la paix et est en train de faire des pas de géant. Que nos frères du Front populaire ivoirien  taisent, eux aussi, leurs rancœurs, afin que nous ne rations pas ce que des Ivoiriens appelleraient “ le temps de notre temps ’’.

 

 

 

 

 

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