Obama et ses frères

mercredi, 26 juin 2013 01:03
Venance Konan Venance Konan Crédits: fratmat

Après sa visite historique au Ghana, en 2009, Barack Obama, le Président des états-Unis, revient en Afrique subsaharienne. Il est attendu,  aujourd’hui, à Dakar. à écouter les commentaires des uns et des autres, il y a comme un air de déception parmi bon nombre d’Africains. Pourquoi ? Je crois que pour certains d’entre nous, le premier Président noir ou demi- noir des états-Unis était considéré comme notre Président à tous, nous, Africains. Et, parce que son père était originaire du Kenya, nous pensions qu’il arroserait notre continent de dons, chasserait nos dictateurs de leurs fauteuils, arrêterait nos guerres, ferait tomber la pluie et disparaître les criquets, soignerait nos nombreuses maladies, nous donnerait à manger.

Bref, nous attendions de lui qu’il résolve tous nos problèmes que nous n’avions pas pu résoudre nous-mêmes. C’est ainsi que nous sommes. Nous attendons toujours de nos parents qui ont réussi à l’extérieur qu’ils nous apportent beaucoup de cadeaux, lorsqu’ils viennent nous rendre visite, et dans la foulée, qu’ils résolvent tous nos problèmes avant de s’en aller. Cela est si bien ancré dans nos esprits que de nombreux Africains vivant en Europe ou en Amérique se croient obligés de travailler comme des forcenés, de négliger leurs propres vies et celles de leurs enfants, afin d’envoyer de l’argent à des parents restés au pays qui, bien souvent, ne fournissent pas beaucoup d’efforts pour se prendre en charge. Combien de travailleurs de chez nous ne sont-ils pas sollicités à longueur de journée par des personnes avec lesquelles ils n’ont qu’un vague lien de parenté ? Obama, dans notre inconscient, c’est le parent qui a réussi aux États-Unis, le pays le plus puissant et le plus riche du monde, au point d’en devenir le Président et qui, de ce fait, ne pourrait, ne saurait, ne devrait nous laisser tomber. Nous savons bien qu’il est, avant tout, le Président des Américains, mais sa moitié de sang noir et surtout les origines kényanes de son père qui ne remontent pas à des siècles font forcément de lui notre parent, notre frère. Et pour cette raison, il devrait venir nous voir, au moins une fois par an, les bras chargés de cadeaux. C’est bien pour cela que nous avions fêté bruyamment son élection en 2008. Et c’est bien pour tout cela que nous sommes un peu déçus et que sa nouvelle visite ne soulève pas autant d’enthousiasme que la première. Et pourtant, lorsqu’il est venu à Accra, il nous avait tout dit. Relisons le discours qu’il nous avait tenu à cette occasion :

« Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de  responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez vaincre la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car, en ce moment précis, l’Histoire est en marche. Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci : l’Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire, en tant qu’amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs. Il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l’espoir que vous porterez dans votre cœur. »

Obama avait dit que l’Amérique nous accompagneraît tout le long du chemin. Nous, nous aurions voulu que l’Amérique nous porte sur le dos. Il a dit que ce ne serait pas facile. Nous, nous aimons ce qui est facile. Il a dit que cela exigerait du temps et des efforts. Nous, nous n’aimons pas l’effort et nous voulons tout, tout de suite. Il nous a demandé de saisir la responsabilité de notre avenir. Nous, nous estimons que ce sont les autres qui ont la responsabilité de notre avenir. Voilà d’où vient le malentendu entre lui et nous. Alors, si Obama vient à Dakar, pour nous répéter les mêmes choses sans nous apporter de cadeaux, nous ne lui adresserons plus la parole et le renierons comme frère.

Venance Konan

 

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