Notre miracle à tous

mardi, 02 juillet 2013 23:02

Il y a quelques jours, l’on m’a raconté qu’un Américain d’origine chinoise avait décidé d’investir dans la culture industrielle de riz dans l’ouest de notre pays. De nombreuses régions de l’ouest disposent de réelles potentialités pour développer du riz de très grande qualité. Notre investisseur avait donc obtenu toutes les autorisations et fait venir de grosses et coûteuses machines. Il avait réussi à cultiver une grande superficie de riz et à y faire travailler de nombreux jeunes des villages environnants.

C’est à ce moment que les villageois se rappelèrent à son bon souvenir en l’assaillant de tous leurs problèmes. Il devait financer tout ce qui se passait dans la région. Naissances, décès, maladies, matchs de football, mutuelles de développement, mariages, tout était désormais à sa charge. Lorsqu’il rechigna à payer, ses machines et même sa plantation furent saccagées. Il dut tout abandonner et s’en aller. On m’a aussi raconté l’histoire de l’usine Sicor à Jacqueville qui avait dû fermer, mettant ainsi au chômage des centaines de personnes, lorsqu’elle ne put plus supporter les exigences des habitants.

Une autre fois, c’est un industriel qui m’a relaté la galère des investisseurs qui veulent construire une usine chez nous. « Pour construire une usine, il faut un terrain. Mais lorsque vous en acquérez un, quand vous avez fini de payer, il y a trois autres personnes qui arrivent pour vous expliquer qu’elles en sont les vraies propriétaires et c’est le chemin de croix qui commence. Il y a de nombreux investisseurs qui, après avoir perdu de grosses sommes d’argent dans des histoires de terrain, sont repartis chez eux, complètement dégoûtés. » Avouons-le : une bonne partie de nos litiges fonciers en zone rurale vient de ce que des personnes qui n’aiment pas trop se fatiguer au travail cherchent à déposséder, au nom de supposés droits ancestraux, d’autres personnes qui, elles, ont mis des terres en valeur au prix de très grands efforts et sacrifices.

Aujourd’hui, nous attendons tous avec impatience qu’Alassane Ouattara crée les milliers d’emplois qu’il nous avait promis. Et nous commençons à grogner parce que nous estimons qu’il n’en fait pas assez. Dans le nord où je me trouve, en ce moment, j’ai été agréablement surpris de voir la route qui va de Bouaké à Ferké totalement refaite. Il y a quelques années, l’emprunter était un vrai calvaire. Ne dit-on pas que la route précède toujours le développement ? J’ai aussi appris que dans ce grand nord totalement abandonné par les pouvoirs précédents, des milliers de petits ponts et pistes, de forages pour l’eau potable, de salles de classe et centres de santé ont été réhabilités ou construits par le Chef de l’État durant les deux courtes années de son règne. J’ai pu circuler sur la piste qui conduit à Kong totalement refaite et qui, hier, était un vrai cauchemar, et eu ainsi l’occasion d’apercevoir quelques-uns des écoles et centres de santé dans les villages que nous avons traversés. Il est vrai que de tels travaux sont moins spectaculaires que le pont sur la lagune, mais ils soulagent la vie de milliers de nos compatriotes.

Nous attendons d’Alassane Ouattara qu’il réalise le second miracle pour notre pays et pour nous. Il ne pourra le faire que lorsque nous nous y mettrons tous. Lorsqu’il se ruine la santé en faisant le tour du monde pour faire venir des investisseurs et que, par notre comportement, nous faisons tout pour les repousser, le miracle n’aura pas lieu. Le miracle que nous attendons ne doit pas être celui d’Alassane Ouattara tout seul, mais le miracle que nous aurons tous réalisé ensemble. Oui, nous attendons d’Alassane Ouattara qu’il fasse son boulot. Et nous avons raison. Mais nous, faisons-nous le nôtre correctement ? C’est Houphouët-Boigny qui aimait répéter cette phrase : « Nous devons nous demander tous les jours, « ai-je fait, bien fait pour mon pays tout ce que je devais faire ? » Dans notre pays, il a toujours été de bon ton d’accuser les pouvoirs d’être corrompus. Mais combien d’entre nous, à quelque niveau où nous trouvons, sont capables de se regarder dans un miroir et dire avec honnêteté qu’ils n’ont jamais cédé à la tentation de la corruption, quelle qu’en soit la forme ?

Nous avons un pays totalement cassé à reconstruire. Nous sommes, en ce moment, à la phase de réhabilitation de nos infrastructures de développement. Nous avons trop de travail à faire pour, comme le disait Frantz Fanon, nous amuser à des jeux d’arrière-garde qui consistent à accuser tous les autres de tous les maux sans jamais se remettre soi-même en cause. Que chacun de nous y mette du sien afin de rassurer les investisseurs internationaux et encourager les nôtres qui veulent entreprendre, ceux-là sur qui nous comptons pour nous donner du travail.

Venance Konan

 

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