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Les Africains et leur continent

jeudi, 15 juin 2017 10:19
Les Africains et leur continent Crédits: DR

Sur les réseaux sociaux circule, en ce moment, une courte vidéo d’une intervention de Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères et actuel président de l’Institut panafricain de stratégies, lors d’un débat sur « Le panafricanisme et la renaissance africaine », à l’occasion du 50e  anniversaire de l’Union africaine.

Je ne vous cacherai pas l’admiration que j’ai pour cet homme, brillant intellectuel et panafricaniste convaincu et sincère. Que dit-il ? Des choses très simples, des évidences même que je l’ai plusieurs fois entendu proférer lors de colloques et autres rencontres intellectuelles, mais qui méritent de nous être régulièrement rappelées. Il a, par exemple, posé ces questions-ci dans cette vidéo: « Pourquoi ne construit-on pas un pont sur le fleuve Sénégal pour relier le Sénégal et la Mauritanie ? »

« Pourquoi n’en construit-on pas sur le fleuve Gambie pour assurer une continuité territoriale au Sénégal et régler du coup la question casamançaise ? » « Qu’attendons-nous pour construire ce barrage en Guinée dont on dit qu’il pourra permettre de fournir de l’électricité à toute l’Afrique de l’Ouest ? »

« Et celui d’Inga en République démocratique du Congo qui pourrait permettre d’éclairer tout le continent ? » « Et toutes nos micro compagnies aéronautiques, qui n’ont qu’une viabilité incertaine, alors qu’il suffirait que nous nous mettions ensemble pour en avoir une très grande et solide comme nous en avions eu avec Air Afrique ? »

Nous pourrions ajouter aux exemples cités par Cheikh Tidiane Gadio celui de Kinshasa et Brazzaville, les capitales de deux pays riches en matières premières qui se font face de part et d’autre d’un fleuve, et qui ne peuvent s’offrir un simple pont pour faciliter la circulation des populations. Et la conclusion de Cheikh Tidiane Gadio fut que si l’on devait chercher qui aime le plus l’Afrique, qui croit le plus au potentiel de l’Afrique, il y aurait de fortes chances que les Chinois, Américains ou Brésiliens passent devant les Africains.

Parce que, eux, c’est-à-dire ceux qui vivent sur d’autres continents, savent ce que vaut l’Afrique, à savoir qu’elle est le continent de l’avenir. Apparemment, seuls les Africains ne le savent pas. Aujourd’hui, le monde entier fait les yeux doux à l’Afrique parce que le futur du monde s’y trouve. Pourquoi ? Parce que c’est en Afrique que se trouvent les dernières terres arables, que l’on découvre chaque jour de nouvelles réserves de matières premières indispensables à l’industrie moderne, que se trouve le marché ayant la plus forte croissance et une main-d’œuvre abondante.

Pourquoi les Africains ne comprennent-ils pas qu’en se mettant ensemble, ils seraient plus forts pour exploiter eux-mêmes leurs ressources, plutôt que de les brader aux autres ? Prenons le barrage d’Inga dont on nous assure depuis des décennies qu’il serait de nature à fournir de l’électricité à toute l’Afrique. Il est évident que l’un des gros problèmes qui freinent notre émergence est l’absence d’électricité. Ce n’est pas un jeu de mots que de dire que l’Afrique noire est vraiment dans le noir. Alors, pourquoi donc depuis près de soixante ans, les États africains ne trouvent pas les moyens de construire ce barrage ? Combien peut-il coûter pour que plus de cinquante États africains ne puissent pas se cotiser ou se mettre ensemble pour emprunter ce qu’il faut pour sa réalisation ? Depuis combien de temps ne nous dit-on pas que la Guinée est le château d’eau de toute l’Afrique de l’Ouest.

Pourquoi ces pays d’Afrique de l’Ouest ne pourraient-ils pas se mettre ensemble pour y construire un barrage qui les éclairerait tous ? Depuis les indépendances, tous les pays d’Afrique subsaharienne évacuent leurs petits et grands malades en Europe. Depuis quelque temps, ils vont de plus en plus vers certains pays d’Afrique du Nord ou australe.

Qu’est-ce qui empêche les pays d’Afrique de l’Ouest ou du centre de créer ensemble des centres hospitaliers de référence dans leurs régions où ils soigneraient leurs malades ? Il y a quelques années, les médecins ivoiriens avaient une excellente réputation et leurs centres hospitaliers universitaires étaient des références. C’est dire que cela est possible.

Mais lorsque l’on sait que pour construire le siège de leur organisation commune qu’est l’Union africaine, les 54 États africains n’ont pas pu se cotiser et ont attendu que ce soit la Chine qui le leur construise, on peut réellement s’interroger sur leur véritable volonté de s’émanciper et d’émerger de leur sous-développement.

Les nations riches du monde se réunissent régulièrement à travers des forums baptisés G8 ou G20 pour discuter des affaires économiques du monde. Ils nous y invitent parfois, comme au dernier sommet du G20 qui s’est tenu il y a quelques jours à Berlin, et où notre Président était présent. Il serait sans doute temps que nos États africains se retrouvent aussi régulièrement pour parler de nos problèmes économiques et définir ensemble nos points de convergence qui nous permettraient d’aller tous de l’avant.

Venance Konan

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