Le passé, le présent et l’avenir

dimanche, 30 mars 2014 23:35

Un Japonais a dit à peu près ceci un jour : « Lorsque nous avons été vaincus à la fin de la seconde Guerre mondiale, nous avons ravalé nos larmes et nous nous sommes mis à reconstruire notre pays, en nous fixant pour objectif de dépasser un jour notre vainqueur. » Moins d’un demi-siècle après, le Japon est devenu la deuxième économie du monde, battant les États-Unis, son vainqueur, sur plusieurs plans, notamment dans le domaine de l’informatique et la fabrication de voitures.

L’Afrique aussi a été vaincue. Par la déportation de ses bras les plus valides vers les Amériques, ensuite par la colonisation qui fut très cruelle en maints endroits. Depuis lors, nous ne cessons de pleurer, sans trop savoir quels rapports nous devrions entretenir avec nos vainqueurs. Nous proclamons partout que nous les haïssons, quand notre plus cher désir est d’aller vivre chez eux, ou, à défaut, vivre comme eux chez nous. Le bon Africain, celui qui a réussi, n’est-il pas celui-là qui vit comme un Européen ? Mais, collectivement, avons-nous vraiment envie d’atteindre le niveau de dévéloppement de nos vainqueurs ? Non. Notre rêve est celui d’une Afrique d’avant colonisation, idéalisée, mythifiée, une sorte de jardin d’Éden où nous aimerions nous retrouver. Nous sommes totalement accrochés au passé, sans jamais rêver notre avenir. C’est pour cela que nous n’avançons jamais.

En Côte d’Ivoire, nous avons le Front populaire ivoirien (Fpi) qui a dirigé ce pays pendant dix ans, avant de perdre le pouvoir dans les conditions que nous savons. Son leader, Laurent Gbagbo, et son homme de main, Blé Goudé, ont été envoyés devant la Cour pénale internationale (Cpi) pour répondre de leurs actes qui ont coûté la vie à plus de trois mille personnes, sans compter tous les traumatismes subis par les vivants. Et depuis le 11 avril 2011, cette formation politique ne cesse de pleurer un Laurent Gbagbo que nous connaissons tous, puisqu’il s’agit d’une histoire qui date de moins de trois ans ; un leader aujourd’hui idéalisé, mythifié. Le parti dirigé par Affi N’guessan s’est sorti de l’histoire en marche de notre pays pour s’arc-bouter sur un passé qui n’a jamais existé et  qu’il est le seul à entrevoir.

Tout comme l’Afrique qui s’était mise en marge de l’évolution du monde pour pleurer sur son passé, toute chose qui explique le grand retard qu’il a accusé par rapport aux autres continents, le Fpi s’est volontairement mis en dehors de l’histoire en marche de notre pays. Il ne voit rien, n’entend rien. Le parti à la rose ne voit rien du bond en avant effectué par notre pays. Il ne voit rien du retard qui est en train d’être comblé. Il ne réalise pas qu’en dix ans de pouvoir, il a fait reculer la Côte d’Ivoire de plus de vingt ans, qu’il a inversé toutes les valeurs de ce pays et sapé tous ses fondements.

Et parce que ce Fpi n’arrive pas à vivre son présent, encore moins à se projeter dans le futur, il appelle à boycotter le recensement de la population. N’importe qui sait que cette opération permet de savoir combien de personnes vivent dans le pays et dans les différentes localités, ce qui permet de planifier les actions de développement, de savoir, par exemple, où il est urgent d’envoyer de l’eau potable ou l’électricité, de construire des écoles ou des centres de santé, compte tenu de la densité de la population. Tout le monde le sait, sauf le Fpi qui vit dans une autre période, dans une autre dimension, et qui ne réalise pas tout le mal qu’il fait à ses militants qu’il exclut volontairement de la marche de notre pays. Mieux, il appelle à la dissolution de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr), au transfèrement de certaines personnes à La Haye, à des marches, sans que l’on sache trop pourquoi.

L’Afrique ne s’en sortira que le jour où elle aura définitivement ravalé ses larmes pour se projeter résolument dans le futur. Le Front populaire aussi. Il est temps pour ses militants de se réveiller pour rêver et bâtir leur avenir avec le reste de leurs compatriotes. On s’appuie sur le passé pour bâtir le présent, lequel conditionne le futur. Mais vivre exclusivement dans la passé est la meilleure façon de s’exclure de l’histoire.

Venance Konan

 

 

 

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