Le nouvel élan

Le nouvel élan

mercredi, 09 novembre 2016 23:26
Plume Plume

Avec la promulgation de la nouvelle Constitution, nous sommes entrés dans la IIIe  République depuis hier. Qu’est-ce que cela signifie exactement, être dans une nouvelle République ? La Côte d’Ivoire n’a pas changé depuis le mardi, jour de la promulgation de la nouvelle Constitution.

Elle a toujours la même superficie, la même population, le même Président, le même gouvernement et les mêmes gbakas, wôrô-wôrô et taxis qui conduisent toujours aussi mal et continueront à le faire malgré le permis à points. Alors, qu’est-ce qui a changé entre cette IIIe République et la seconde qu’elle est censée avoir remplacée ? Rien n’a encore changé, mais beaucoup de choses vont changer.

D’abord, bientôt nous aurons un vice-Président qui remplacera le Président de la République en « cas de cas », comme on dit à Treichville, un Sénat qui renforcera notre arsenal législatif, ce qui en français facile peut se traduire par « adopter des lois encore plus élaborées, parce que désormais, aux personnes élues, qui parfois n’ont pas, toutes, les outils nécessaires pour élaborer un texte législatif, vont s’adjoindre des personnes non élues, mais sélectionnées en fonction de leurs compétences. »

Il y aura aussi la Chambre des chefs traditionnels qui nous permettra de mieux prendre en compte la profonde sagesse que contiennent nos traditions et cultures. Mais il y aura également de nouvelles conditions pour accéder au poste de Président de la République, et surtout, de nouvelles libertés dont nous jouirons, de même que de nouveaux droits accordés à plusieurs catégories de citoyens, dont les femmes, les enfants, les handicapés notamment. Chacun de nous devrait se procurer ce texte et le lire pour savoir ce qu’il lui offre ou, éventuellement, lui retire.

Quel que soit ce qu’en diront les Abou Drahamane Sangaré, Mamadou Koulibaly, Henriette Lagou, Boni Claverie, KKB, Affi N’Guessan et autres, cette Constitution, depuis sa promulgation par le Chef de l’État, leur est opposable, comme elle l’est à tous les Ivoiriens et toutes les personnes vivant sur notre sol. Personne, opposant ou pas, ne peut dire « moi je ne reconnais pas cette Constitution, je ne reconnais que celle qui me plait, à savoir celle de 2000. » Le dire, c’est se mettre hors de la République et défier l’État.

Le tout n’est cependant pas d’avoir une nouvelle Constitution. Son adoption s’inscrit bien évidemment dans la volonté du Chef de l’État de faire émerger notre pays. On ne peut réaliser une telle ambition en s’appuyant sur une Loi fondamentale qui a déjà montré son caractère nocif en plongeant le pays dans une grave crise dont il peine encore à se relever. Mais une fois ce texte adopté et promulgué, il est nécessaire de donner un nouvel élan à notre pays afin qu’il reste sur sa trajectoire de croissance. Cet élan viendra des changements que nous opérerons dans nos comportements. Il a depuis quelques années été question de l’avènement de « l’Ivoirien nouveau ».

À texte nouveau, il faut effectivement un Ivoirien nouveau, à moins que ce ne soit le contraire. L’Ivoirien nouveau n’est pas un extraterrestre que l’on créera, ou des femmes et des hommes que l’on importera d’ailleurs. L’Ivoirien nouveau est celui-là qui pense à son pays avant tout, qui place l’éthique au cœur de toutes ses actions, mais qui s’intéresse surtout au sort de ceux qui sont moins nantis que lui. Certains collaborateurs du Chef de l’État avaient vivement été critiqués pour la distance qu’ils avaient mise entre eux et bon nombre des personnes qui ont contribué, ne serait-ce que par leur vote, à changer le cours de l’histoire en 2010.

L’Ivoirien nouveau est aussi celui-là qui trouve le temps de tendre une oreille attentive, à défaut d’une main, aux mots et maux des autres qui, souvent, ne demandent qu’à être simplement écoutés. Faute de cette écoute, l’appareil pourrait se gripper et provoquer l’indifférence des administrés à l’égard de certaines portions du pouvoir. Le pays a besoin d’un nouvel élan, d’une nouvelle dose d’adrénaline. Tout coureur de fond connaît, à un moment ou un autre de la course, une baisse de son rythme. Pour l’accélérer, soit il se motive tout seul, soit il se concentre sur le coureur devant lui en se fixant pour objectif de le dépasser, soit il regarde par-dessus son épaule pour voir le rythme de celui qui le suit. Nous avons besoin de nous remotiver pour retrouver notre rythme. Les législatives arrivent bientôt et personne ne peut dire ce qu’elles nous réservent. Voici l’élection présidentielle américaine qui vient de nous faire comprendre qu’il ne faut jamais trop s’accrocher à ses certitudes.

Le mardi soir, au moment où nous nous endormions, nous étions nombreux à avoir la certitude que nous nous réveillerions avec Mme Clinton élue Présidente des États-Unis. Alors, si nous ne nous remobilisons pas maintenant, si nous n’opérons pas les changements qu’il faut, aussi bien au niveau des hommes qu’au niveau de nos comportements individuels, ou si nous ne procédons pas aux bons choix, les semaines, les mois et les années à venir pourraient nous réserver de grosses surprises.


Venance Konan

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Lu 4169 fois Dernière modification le jeudi, 10 novembre 2016 08:14