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Le nouveau contrat social

mercredi, 05 octobre 2016 22:21
Plume Plume Crédits: Frat-mat

Quelle est la finalité d’une Constitution ? Régler des problèmes ponctuels ou organiser la vie de la Nation sur la durée ? Il va de soi que la seconde réponse est celle que l’on attend de la part d’un État civilisé.

Parce qu’une Constitution est un contrat social que les membres d’une société signent pour régir leurs relations entre eux, et avec les sociétés similaires. Une société civilisée ne se gère pas seulement au quotidien, mais elle se projette sur le long terme. C’est pour cela qu’une bonne Constitution doit avoir pour ambition de durer dans le temps, sur la plus longue période possible, mais en se donnant la possibilité de s’adapter aux inévitables évolutions de l’environnement. On cite toujours l’exemple de la Constitution américaine vieille de plus de deux siècles, mais qui subit quelques amendements pour tenir compte de l’évolution de la société américaine.

En 2000, nous nous sommes donné une nouvelle Constitution pendant que nous étions sous un régime militaire qui venait de renverser le pouvoir légal. Et sur la base de cette Constitution, nous avons empêché deux hommes, en l’occurrence Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, qui représentaient pourtant des parties très importantes de la population ivoirienne, de participer à l’élection présidentielle. Laurent Gbagbo, qui avait largement inspiré cette Constitution, n’avait pas hésité par la suite, à dire publiquement que ce texte avait été rédigé pour barrer la route à Alassane Ouattara et à Henri Konan Bédié. Dès lors, quelle légitimité avait cette Loi fondamentale ? Aucune. Elle n’avait pas été adoptée pour réguler les rapports entre les membres d’une société donnée, mais pour régler des comptes à des individus. Des individus qui, on l’avait perdu de vue, représentaient des millions d’autres. Fallait-il alors s’étonner que cette société en arrive à se déchirer ?

Nous avons été plongés dans une grave crise politique, militaire et sociale pendant une dizaine d’années, avec au bilan des milliers de morts, un pays divisé, et un recul sur le plan économique de plusieurs dizaines d’années. Dès que la crise avait éclaté, TOUS les acteurs politiques ivoiriens, sans exception, avaient reconnu à l’issue de la grande concertation qu’ils avaient eue à Linas-Marcoussis, que notre Constitution en  avait été une des causes. Et, TOUS avaient décidé de changer cette Constitution. Nous nous souvenons TOUS de toutes les manœuvres utilisées par le Front populaire ivoirien (Fpi), dirigé alors par Affi N’Guessan, pour empêcher la rédaction de cette nouvelle Constitution. Tant et si bien que pour aller à l’élection présidentielle de 2010, puisque notre texte fondamental ne nous permettait pas d’y aller sans nous battre, nous dûmes nous baser sur un accord signé à Pretoria par nos principaux leaders politiques.

Qui peut croire que nous tournerons définitivement la page de cette partie sombre de notre histoire avec cette même Constitution ? Y-a-t-il à s’étonner qu’Affi N’Guessan et Mamadou Koulibaly, les inspirateurs de la Constitution actuelle, refusent de renier leur enfant et acceptent de le regarder mourir sans pleurer ? Laissons-les s’agiter et pensons à notre pays. Relisons calmement le texte qui nous est proposé, sans penser aux acteurs politiques actuels. Lisons-le en pensant à notre pays, à nos enfants et petits-enfants dans vingt, trente ou cinquante ans. Vouloir le lire en l’appliquant à des acteurs politiques actuels est une erreur. Parce qu’en le faisant, on se situe dans le très court terme, alors que cette Constitution a été pensée pour traverser le temps. Quelle est l’espérance de vie politique de nos principaux leaders, pour que l’on veuille se focaliser sur eux, sans regarder plus loin que l’horizon 2020 ?

J’entends aussi parler du coût de certaines institutions. Il faut savoir ce que l’on veut. Si nous voulons dépenser le moins possible, nous n’avons qu’à nous faire diriger par un dictateur qui concentrerait tout entre ses mains, qui supprimerait l’Assemblée nationale et toutes les autres institutions, et nous économiserions ainsi beaucoup d’argent. La démocratie a un prix qu’il faut accepter de payer si on la veut. La stabilité des institutions aussi. Tout comme la représentativité des différentes couches de la société. Malheur au peuple qui veut se projeter dans la modernité sans prendre sa source au préalable dans ses propres traditions.

Le Sénat et la Vice-présidence nous coûteront de l’argent ? Oui. Mais que représentera cette somme par rapport au renforcement de notre démocratie, à la stabilité de nos institutions et de notre pays ? Relisons attentivement le texte qui nous est proposé, sans a priori, sans écouter ceux qui parlent de ce qu’ils ne savent pas, ceux qui s’opposent par principe idéologique, ceux qui s’opposent parce que c’est leur métier de s’opposer et parce que c’est la seule façon pour eux d’exister. Relisons-le et nous verrons que le nouveau contrat social qui nous est proposé allie ce qui se fait de mieux dans les pays anglophones et francophones.


Par Venance Konan

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