Le cœur, la raison et la passion

Le cœur, la raison et la passion

vendredi, 31 octobre 2014 00:29
Venance Konan Venance Konan Crédits: Frat-Mat

Quelle peut avoir été la motivation profonde d’Henri Konan Bédié en lançant son « Appel de Daoukro » ? Un esprit de renonciation, ou une volonté d’inféodation du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda) au Rassemblement des républicains (Rdr), comme l’affirment certains de ses contempteurs ?

Comment un parti aussi vieux que le Pdci-Rda, le parti qui a libéré le pays de la colonisation et l’a gouverné pendant plus de trente ans ne présenterait-il pas de candidat à l’élection présidentielle de 2015 ? », entend-on ici et là. Et l’on assiste à divers types de proses débitées dans certains journaux pour clouer au pilori celui que l’on accuse de vouloir « assassiner » son propre parti, et aussi à des tentatives de susciter des candidatures au sein du Pdci-Rda.

Je crois qu’il s’agit ici de dépasser les passions, qui sont le plus souvent guidées par des envies de régler de vieux comptes, et d’aller plus en profondeur dans les choses. En recevant une délégation du Rdr à Daoukro, le 13 octobre, le président du Pdci-Rda a indiqué lui-même que son appel était à la fois celui du cœur et de la raison. Expliquant le sens des différents appels qu’il a lancés, notamment en 2010 à Yamoussoukro et ce dernier-ci, à Daoukro, le 17 septembre, il a déclaré ceci : « Vous constaterez qu’à chaque fois, il s’agit du même fond, de la même orientation. Il s’agissait de reconnaître le mérite de notre jeune frère. Il s’agissait de reconnaître les effets de sa politique, économique et sociale. » Cela, c’est l’appel du cœur. En 2010, Henri Konan Bédié avait demandé à ses partisans de soutenir Alassane Ouattara parce qu’il connaissait les qualités de cet homme d’état. Et l’homme d’expérience qu’il est savait que Ouattara était capable de réaliser de grandes choses pour son pays. Les partisans de Bédié l’ont suivi et Ouattara a été élu. Et depuis trois ans, malgré les conditions très difficiles dans lesquelles celui que l’on a surnommé Alla Gnissan a pris le pouvoir, malgré l’état de délabrement très avancé de notre pays que personne ne soupçonnait, les résultats sont là et parlent d’eux-mêmes : Alassane Ouattara a véritablement remis la Côte d’Ivoire sur les rails et la perspective d’une émergence à l’horizon 2020 est une réalité. Bédié ne pouvait que laisser parler son cœur.

Mais au-delà de l’émotion, il y a la raison. Henri Konan Bédié, nous l’avons dit, est un homme d’expérience. Ambassadeur, ministre de l’économie et des Finances, banquier international, président de l’Assemblée nationale, Président de la République, le moins que l’on puisse dire est qu’il a un riche parcours. Aujourd’hui, il est quelque peu éloigné de la gestion quotidienne de l’état; ce qui lui donne le temps de la réflexion et de la projection. Par l’expérience accumulée, par les épreuves qu’il a subies, par son âge, et de par la position qu’il occupe aujourd’hui dans le pays, l’on peut dire que Bédié est  à un poste où il voit plus loin que n’importe lequel d’entre nous. Essayons de partager quelques-unes des réflexions qu’il a peut-être eues avant de lancer son appel.

Pourquoi le Pdci-Rda aurait-il son candidat ? Présenter un candidat contre Alassane Ouattara signifierait pour le Pdci-Rda qu’il ne soutient plus la politique du Chef de l’état. Est-ce le cas ? Si tel l’était, le Parti de l’éléphant devrait aller jusqu’au bout de sa logique en quittant le Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie (Rhdp) qui exerce le pouvoir. Est-ce ce que souhaitent les Kouadio Konan Bertin (Kkb)  et autres Kouassi Yao ? Probablement, puisqu’ils ne figurent pas parmi les personnes qui participent à l’exercice du pouvoir. Mais en toute logique, on ne peut pas féliciter Alassane Ouattara pour le travail qu’il accomplit et se présenter contre lui. De plus, Bédié, pour avoir exercé le pouvoir suprême, sait que dans nos pays, un seul mandat de cinq ans est insuffisant pour réaliser de grandes choses. Nous voyons tout ce qu’Alassane Ouattara a déjà réalisé. L’intelligence consiste à le laisser terminer ce qu’il a commencé.

Qui serait le candidat du Pdci-Rda s’il devrait en présenter un ? Une des fausses idées véhiculées au sein du vieux parti est que, quel que soit le candidat qui se déclarera, dès lors qu’il porte l’étiquette du Parti vert et blanc, il est assuré de l’emporter. Vraiment ? Face à Alassane Ouattara et son bilan ? Il serait temps que le Pdci-Rda regarde la réalité en face et que certains égos surdimensionnés en son sein apprennent la modestie. Au risque de se prendre une branlée historique.

Mais au-delà de ces réflexions que je qualifierais de basiques, je crois que ce qu’il faut percevoir dans l’Appel de Daoukro est sa portée historique, en ce sens qu’il s’inscrit dans l’histoire à venir de notre pays. Depuis une quinzaine d’années, Bédié est accusé d’être celui sous le règne duquel la famille des enfants d’Houphouët-Boigny s’est divisée. Et l’on peut parier qu’à l’automne de sa vie politique, son ambition est de laisser comme héritage aux générations actuelles et à venir une famille réunifiée par ses soins, et d’avoir ainsi apporté la paix à la Côte d’Ivoire. Il faut donc regarder plus loin que l’élection présidentielle de 2015 pour voir l’union des enfants d’Houphouët-Boigny, gage d’une paix durable et d’un développement soutenu de notre pays.

Venance Konan

 

 

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